(2024-10) Haïti : L'augmentation des déplacements internes accroît les besoins alimentaires et sanitaires dans la région du Grand Sud (Note anticipée du 3 octobre 2024)
Resume — Cette note d'anticipation d'ACAPS évalue la pression que l'augmentation des déplacements internes exerce sur la région du Grand Sud (Grande-Anse, Nippes, Sud et Sud-Est), qui accueillait en septembre 2024 près de la moitié des quelque 703 000 PDI du pays, fuyant pour la plupart la violence des gangs dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Elle anticipe l'aide alimentaire comme besoin prioritaire, avec plus d'un million de personnes de la région projetées en insécurité alimentaire aiguë, et avertit qu'un système de santé fragile et les pluies liées à La Niña accroissent les risques de maladies hydriques pour les déplacés et les communautés d'accueil.
Constats Cles
- Les déplacements en Haïti ont augmenté de 60 pour cent en 2024, de 362 000 PDI en mars à 702 973 en septembre, plus de 90 pour cent provenant du département de l'Ouest et 85 pour cent de la zone métropolitaine de Port-au-Prince.
- Près de la moitié des déplacés (315 200) ont cherché refuge dans le Grand Sud, et le seul département du Sud a reçu environ 116 000 PDI alors qu'il ne dispose d'aucun site officiel, poussant les arrivants vers des communautés d'accueil déjà sous pression.
- L'aide alimentaire est le besoin prioritaire, avec plus de 1,05 million de personnes du Grand Sud projetées en phase 3 ou plus de l'IPC, des prix alimentaires en hausse de 40 pour cent depuis début 2024 et des barrages et attaques de gangs contre le transport limitant l'approvisionnement des marchés locaux.
- Le système de santé ne peut absorber l'afflux : 4,7 millions de personnes au niveau national ont besoin d'aide pour accéder aux services de santé, 73 pour cent des 22 grands hôpitaux du pays déclaraient fin 2022 ne pas pouvoir fonctionner normalement, et les pluies de La Niña accroissent les risques de maladies hydriques.
- L'instabilité politique, le contrôle des routes et infrastructures autour de la capitale par les gangs, la hausse des loyers et les déficits en EPAH (26 pour cent des Haïtiens sans eau potable) aggravent les besoins des PDI comme des communautés d'accueil.
Description Complete
ACAPS documente une hausse de 60 pour cent des déplacements en Haïti au cours de 2024, de 362 000 PDI en mars à 702 973 en septembre, principalement due à la détérioration de la sécurité dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince (ZMPAP) : plus de 90 pour cent des PDI proviennent du département de l'Ouest et 85 pour cent de la ZMPAP elle-même. Près de la moitié des déplacés (315 200) ont cherché refuge dans les départements du Grand Sud (Grande-Anse, Nippes, Sud et Sud-Est), qui accueillaient déjà plus de 116 000 PDI fin 2023. Le département du Sud a reçu environ 116 000 PDI en 2024 alors qu'il ne dispose d'aucun site officiel de déplacés, contraignant les arrivants à s'installer dans les communautés d'accueil. La note évalue la capacité d'absorption d'une région où plus d'un million de personnes avaient déjà besoin d'assistance humanitaire en 2023 et identifie les contraintes humanitaires liées aux barrages routiers des gangs sur les routes sortant de la capitale, à la fermeture de l'aéroport de février à mai et aux fermetures sporadiques du port qui renchérissent les approvisionnements.
L'aide alimentaire s'impose comme besoin prioritaire : plus de 1,05 million de personnes du Grand Sud étaient projetées en insécurité alimentaire aiguë (IPC 3+), au sein d'une charge nationale de 4,4 millions, sous l'effet d'une production agricole inférieure à la moyenne, d'une inflation alimentaire de 40 pour cent depuis début 2024, d'attaques de gangs contre le transport de denrées et de coûts de transport en hausse, en particulier dans la Grande-Anse et le Sud-Est. Les risques sanitaires aggravent le tableau : 4,7 millions de personnes au niveau national ont besoin d'assistance pour accéder aux services de santé, les hôpitaux de la Grande-Anse, des Nippes et du Sud ne peuvent répondre à la demande, et les conditions La Niña attendues fin 2024 accroissent le risque de choléra, de dysenterie, de typhoïde et d'autres maladies hydriques. La note passe aussi en revue les facteurs aggravants, dont l'instabilité politique depuis l'assassinat de Moïse en 2021, les attaques des gangs contre les infrastructures étatiques depuis mars 2024, la hausse des loyers limitant l'accès au logement des PDI et les déficits en EPAH, 26 pour cent des Haïtiens n'ayant pas accès à l'eau potable.
Notes
ACAPS thematic/anticipatory analysis