(2024-10) Haïti : Des enfants pris au piège de la violence criminelle et de la faim
Resume — Ce communiqué de Human Rights Watch documente comment des centaines, voire des milliers d'enfants haïtiens, poussés par la faim et la pauvreté, ont rejoint des groupes criminels où ils sont contraints à des activités illégales et subissent des abus, le recrutement s'intensifiant en réponse aux opérations de la police et de la Mission multinationale d'appui à la sécurité. Fondé sur 58 entretiens à Port-au-Prince en juillet 2024, dont 16 enfants, il appelle le gouvernement de transition à donner la priorité à la protection, à l'éducation et à des voies légales de réadaptation et de réintégration des enfants.
Constats Cles
- Des centaines, voire des milliers d'enfants, poussés principalement par la faim extrême et la pauvreté, ont rejoint des groupes criminels qui versent de 100 à 20 000 gourdes par mois plus nourriture et abri, en recrutant vers l'âge de 10 ans ; les sources humanitaires et gouvernementales estiment qu'au moins 30 % des membres des groupes criminels sont des enfants.
- Le recrutement s'est intensifié après le début des opérations conjointes de la Police nationale d'Haïti et de la Mission multinationale d'appui à la sécurité à la mi-juillet 2024, des groupes comme Village de Dieu disposant d'unités dédiées pour entraîner les enfants aux armes, aux points de contrôle et aux postes d'observation.
- Les filles associées aux groupes criminels sont exploitées pour les tâches domestiques et systématiquement soumises au viol et à l'exploitation sexuelle, et les familles des zones contrôlées par les gangs sont de plus en plus contraintes de livrer leurs filles en échange d'une protection.
- Le BINUH a recensé 105 enfants tués (78 garçons, 27 filles) entre janvier et la mi-septembre 2024, plus de 300 000 enfants sont déplacés internes, environ 125 000 souffrent de malnutrition aiguë sévère et près de 3 millions d'enfants ont besoin d'aide humanitaire.
- La capacité de réponse est gravement sous-financée : en septembre, l'UNICEF n'avait reçu que 30 % des 30,4 millions de dollars nécessaires à l'éducation et 25 % des 30 millions nécessaires à la protection de près de 600 000 enfants, tandis que le tribunal pour enfants est paralysé depuis 2019 et que le centre de détention pour mineurs mélange désormais enfants et adultes.
Description Complete
Publié le 9 octobre 2024, ce communiqué de Human Rights Watch documente le recrutement et l'utilisation d'enfants par les groupes criminels haïtiens, sur la base d'une visite à Port-au-Prince en juillet 2024 avec des entretiens auprès de 58 personnes, dont 16 enfants (12 garçons et 4 filles) vivant dans des zones sous contrôle des gangs à Port-au-Prince, Carrefour, Gressier et Cité Soleil, des rencontres avec le Premier ministre, des ministres, le président du Conseil présidentiel de transition, le directeur de la police et le commandant de la Mission multinationale d'appui à la sécurité, ainsi que 20 entretiens à distance. Les groupes criminels contrôlent près de 80 % de la capitale, où environ 2,7 millions de personnes, dont un demi-million d'enfants, vivent sous leur emprise selon l'UNICEF, et les sources humanitaires et gouvernementales estiment qu'au moins 30 % des membres des groupes criminels sont des enfants. Tous les enfants interrogés ont cité la faim extrême comme principale raison de leur enrôlement ; les groupes versent de 100 à 20 000 gourdes par mois plus nourriture et abri, recrutent vers l'âge de 10 ans, forment les garçons au maniement des armes et les utilisent comme informateurs, porteurs et dans les affrontements, tandis que les filles sont exploitées pour les tâches domestiques et subissent exploitation sexuelle et viols. Le recrutement s'est intensifié depuis le début des opérations conjointes police-MMAS à la mi-juillet 2024, des groupes comme Village de Dieu disposant d'unités dédiées à l'entraînement des enfants. Le BINUH a recensé 105 enfants tués entre janvier et la mi-septembre 2024, plus de 300 000 enfants sont déplacés internes, environ 125 000 souffrent de malnutrition aiguë sévère et près de 1 000 écoles de l'Ouest et de l'Artibonite ont été fermées, privant environ 160 000 enfants de scolarité. Le communiqué exhorte le gouvernement de transition à bâtir une stratégie globale de protection de l'enfance ancrée dans la Convention relative aux droits de l'enfant, à renforcer la Commission de désarmement, démobilisation et réintégration, à remettre sur pied une justice des mineurs paralysée, et appelle à un financement international : en septembre, l'UNICEF n'avait reçu que 30 % des 30,4 millions de dollars nécessaires à l'éducation et 25 % des 30 millions nécessaires à la protection de près de 600 000 enfants.
Notes
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