(2023-10) Haïti a besoin d'un dialogue politique parallèlement à la mission multinationale de sécurité
Resume — Après le vote 13-0 du Conseil de sécurité de l'ONU (Russie et Chine s'abstenant) autorisant la force dirigée par le Kenya, Keith Mines explique le mandat de la mission et ses défis : une force réduite, sans composante militaire, face à des gangs mieux armés contrôlant jusqu'à 90 pour cent de la capitale, l'environnement politique étant le véritable centre de gravité. Il soutient que les États-Unis doivent simultanément appuyer une réinitialisation du gouvernement, idéalement via une conférence de réconciliation nationale produisant un exécutif de transition de type Conseil des Sages.
Constats Cles
- Le Conseil de sécurité a autorisé la force multinationale dirigée par le Kenya par 13 voix contre 0, Russie et Chine s'abstenant, en réponse à la demande haïtienne d'octobre 2022.
- La violence s'était fortement aggravée : 2 094 homicides sur un an à juillet 2023 (en hausse de 67 pour cent), moitié de la population en insécurité alimentaire, 200 000 déplacés internes et gangs contrôlant jusqu'à 90 pour cent de la capitale.
- La force est bien plus petite et moins militarisée que les interventions de 1994 (20 000 hommes) et 2004 (6 400 soldats, ~1 700 policiers), face à des gangs mieux armés et un héritage de choléra (10 000 morts) et d'abus.
- Le centre de gravité de la mission est politique : sans réinitialisation de la gouvernance, elle risque de soutenir un gouvernement non élu et impopulaire.
- Une conférence de réconciliation nationale d'environ 20 à 30 acteurs principaux, éventuellement à Cap-Haïtien, pourrait produire un exécutif de transition de type Conseil des Sages, les États-Unis fournissant discrètement les incitations nécessaires.
Description Complete
Cette analyse d'octobre 2023 sous forme de questions-réponses explique la résolution du Conseil de sécurité, adoptée 13-0 avec l'abstention de la Russie et de la Chine, ouvrant la voie à une force multinationale dirigée par le Kenya pour affronter les gangs aux côtés de la Police nationale d'Haïti. Mines rappelle la demande initiale du gouvernement haïtien (lettre d'octobre 2022 au secrétaire général de l'ONU) et documente la détérioration : 2 094 homicides sur un an à juillet 2023 (en hausse de 67 pour cent), la moitié de la population en insécurité alimentaire, 200 000 déplacés internes et des gangs contrôlant jusqu'à 90 pour cent de Port-au-Prince. Le Kenya fournira 1 000 policiers des frontières et le commandement ; une douzaine de pays ont promis un appui et les États-Unis ont offert 100 millions de dollars de soutien financier plus 100 millions pour le renseignement, l'équipement et la logistique.
Mines signale quatre défis : la résistance haïtienne enracinée dans l'héritage des forces passées (une épidémie de choléra ayant tué 10 000 personnes, des abus sexuels) ; la petite taille de la force et l'absence de composantes militaires, comparées aux 20 000 hommes de 1994 et aux 6 400 soldats et 1 700 policiers de 2004 ; l'absence de liens naturels avec les communautés, exigeant dialogue avec la société civile et engagement différencié avec les gangs ; et surtout l'environnement politique, la force risquant de soutenir un gouvernement non élu et impopulaire. Il propose une conférence de réconciliation nationale, une douzaine de mouvements politiques clés plus société civile, secteur privé, acteurs religieux et gouvernement, 20 à 30 sièges à la table principale, éventuellement à Cap-Haïtien, pour former un exécutif de transition de type Conseil des Sages comme en 2004, les États-Unis fournissant des incitations décisives en arrière-plan. Un gouvernement de transition installé avant fin 2023 pourrait alors ancrer le rétablissement de la sécurité.
Notes
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