Enquête d'évaluation de la performance de la campagne de printemps 2011 et analyse des marchés
Full Description
WFP assessment of the performance of Haiti's 2011 spring agricultural campaign, with market analysis.
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ENQUÊTE D’ÉVALUATION
DE LA PERFORMANCE DE
LA CAMPAGNE DE
PRINTEMPS 2011 ET
ANALYSE DES MARCHES ET
DE LA SÉCURITÉ
ALIMENTAIRE
Coordination Nationale de Sécurité
Alimentaire (CNSA)
HAÏTI
SEPTEMBRE 2011
Le présent rapport a été établi par Raphy Favre et Jean Carel Norcéïde pour le PAM et Alius
Joseph, Burin Fidell, Chrisner Roche, Denis Louissaint, Francique Kenel, Fritz Gerald Guillaume,
Geoffrin St. Louis, Jean Donald Roy, Jean Louis belony, Kerly Peutidier, Olguine Charles, Ronald
Toussaint, Spencer Lindor, Théard Marcelin et William Jean pour la CNSA. La situation pouvant
évoluer rapidement, prière de s’adresser aux soussignés pour un complément d’informations le
cas échéant.
Gary Mathieu Myrta Kaulard
Coordinateur Directrice du bureau du
CNSA PAM-Haïti
gmathieu@cnsahaiti.org myrta.kaulard@wfp.org
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TABLE DES MATIERES
Faits Saillants
1. VUE D’ENSEMBLE
2. CONTEXTE SOCIO‐ECONOMIQUE
2.1 Situation macro‐économique : une décennie perdue
2.2 Population
2.3 Contexte agricole
3. PRODUCTION ALIMENTAIRE 2011/12
3.1 Pluviométrie
3.2 Saison Cyclonique
3.3 Irrigation
3.4 Intrants agricoles
3.4.1 Semences
3.4.2 Engrais
3.4.3 Main d’œuvre
3.5 Maladie et nuisibles
3.6 Superficies cultivées
3.7 Estimation de la production
3.7.1 Estimation de la production de la campagne de printemps 2011
3.7.2 Estimation de la production de l’année 2011/12
3.7.3 Zones identifiées pour des achats locaux de nourriture
3.8 Elevage
3.9 Pêche
4. BILAN VIVRIER PREVISIONNEL JUILLET 2011/JUIN 1012 (PROVISOIRE)
5. EVOLUTION DE LA PRODUCTION VIVRIERE PAR COMMUNE
6. ANALYSE DES MARCHES
6.1 Riz
6.2 Maïs
6.3 Pois noir et pois rouge
6.4 Hausse des prix et incidence sur le pouvoir d’achat
7. SECURITE ALIMENTAIRE
7.1 Résultats de l’Enquête Nationale de Sécurité Alimentaire – ENSA
7.1.1 Prévalence de l’insécurité alimentaire
7.1.2 Répartition géographique de l’insécurité alimentaire
7.1.3 Profil des ménages en insécurité alimentaire
7.2 Impact du retard de la campagne de printemps sur la sécurité alimentaire
7.3 Situation Nutritionnelle
7.4 Estimations des besoins additionnels d’assistance alimentaire
8. PRINCIPALES RECOMMANDATIONS
ANNEXES
ANNEXE I – OBSERVATIONS SUR LE STOCKAGE ET LA TRANSFORMATION DU MAÏS EN HAÏTI
ANNEXE II – CARTES NDVI
ANNEXE III – CARTE DES PERFORMANCES DES CULTURES DE PRINTEMPS
ANNEXE IV – DIFFERENCE DE PRIX DU MAÏS MOULU LOCAL ET IMPORTES SUR LES MARCHES
ANNEXE V ‐ LA SITUATION AGRICOLE AU NIVEAU DES DÉPARTEMENTS
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Faits saillants
• Malgré un retard important du démarrage de la campagne de printemps 2011, les
précipitations ont été généralement plus abondantes que la normale et une bonne récolte
vivrière est attendue. Cependant, dans la plaine agro‐pastorale et irriguée du Nord‐Est, une
sécheresse prolongée a sévi de novembre 2010 à août 2011, causant de fortes réductions de
production vivrière et des pertes de bétail. Une partie du haut plateau central ainsi que
certaines communes du Nord (Port Margot, Bas‐Limbé), Nord‐Ouest (St Louis du Nord, l’ìle de
la Tortue) et de l’Ouest (Arcahaie, Cabaret et Gressier) ont également été touchées par une
pluviométrie en dessous de la normale.
• Les prévisions de l’enquête, prenant en compte les campagnes de printemps, d’été et
d’automne/hiver, établissent la production vivrière totale de 2011/12 à 607 200 tonnes pour
les céréales, 186 300 tonnes pour les légumineuses, 1 465 00 tonnes pour les tubercules et 232
000 tonnes pour la banane plantain. Ceci représente une légère baisse de 7 pour cent pour les
céréales, 6 pour cent pour les tubercules et 9 pour cent pour les légumineuses, alors que l’on
note une augmentation de 6 pour cent pour la banane plantain. Ces comparaisons sont faites
par rapport à 2010, l’année de production la plus élevée dans les registres du MARNDR.
• La production de riz a fortement chuté (‐17 pour cent), principalement en raison d’un manque
d’approvisionnement d’engrais dans le cadre d’un programme de subventionnement du
MARNDR.
• Les besoins d’importations de céréales, légumineuses et bananes plantain pour la campagne
de commercialisation 2011/12 (juillet/juin) sont estimés à 910 000 tonnes en équivalent
céréales, dont 740 000 tonnes devraient être importées par voie commerciale. Le déficit non
couvert est estimé à 170 000 tonnes.
• Les marchés sont bien approvisionnés en produits vivriers, cependant les prix restent élevés et
supérieurs à ceux de 2010. L’indice des prix à la consommation (IPC) indique que le pouvoir
d’achat à reculé de 9.5 pour cent en juillet 2011 par rapport à la même période en 2010.
• Les résultats de l’Enquête Nationale sur la Sécurité Alimentaire‐ENSA indiquent que la
prévalence de l’insécurité alimentaire reste très élevée et qu’elle représente 45 pour cent de la
population haïtienne, soit environ 4.7 millions d’individus. Dans ce groupe, on retrouve
environ 850 000 personnes, soit 8.2 pour cent de la population qui sont en
‘insécurité alimentaire élevée’.
• Dans les zones où la production agricole est mauvaise cette année, l’enquête estime
qu’environ 230 000 personnes additionnelles tomberont dans l’insécurité alimentaire élevées
et nécessiteront une assistance supplémentaire à celle établie par l’ENSA.
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1. VUE D’ENSEMBLE
L’enquête d’évaluation de la campagne de printemps 2011 et de l’analyse des marchés et de la
sécurité alimentaire a été réalisée du 25 juillet au 15 Septembre 2011 par la Coordination Nationale
de la Sécurité Alimentaire‐CNSA, le PAM et la FAO, avec la participation des structures
décentralisées du Ministère de l’Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural‐
MARNDR. Celle‐ci a pour objectif d’informer les décideurs sur les estimations de production vivrière,
les tendances de disponibilité alimentaire et les besoins d’importations céréalières pour l’année
commerciale 2011/12 (juillet/juin), et par la même occasion faire des recommandations sur les
mesures à prendre au cours des prochaines saisons de culture. Les membres de l’enquête
comprennent deux consultants du PAM (international et national), ainsi que 15 experts de la CNSA,
couvrant tous les départements du pays. Les techniciens du MARNDR ont activement participé à
l’enquête et prêté leur concours, autant à Port‐au‐Prince que sur le terrain. L’enquête couvre les 6
cultures et groupes de cultures principales en Haïti, soit le maïs, le sorgho, le riz, les légumineuses,
les bananes plantains et les tubercules et porte sur la campagne de printemps 2011, alors que pour
le riz la campagne d’été a également été évaluée.
L’enquête s’est déroulée en trois modules :
1. La collecte de données sur la performance de la campagne agricole par culture, au niveau de
l’ensemble des sections‐communales du pays. Elle a été organisée par les responsables des
Observatoires et les agents de liaison de la CNSA, principalement à travers les responsables des
Bureaux Agricoles Communaux‐BAC et des visites ponctuelles de terrains. Une formation pour la
collecte des données a été donnée par le PAM auprès des responsables des Observatoires et
agents de liaisons des Directions Départementales Agricoles‐DDA.
2. Les visites de terrain par deux équipes conjointes PAM‐CNSA couvrant 9 départements sur les 10
du pays. La première équipe a visité les départements du Centre, de l’Artibonite, du Nord et du
Nord‐Est, alors que la deuxième à visité les départements de l’Ouest, du Sud, de la Grande Anse,
des Nippes et du Nord‐Ouest. Ces visites ont permis d’observer directement les conditions des
cultures sur le terrain dans diverses zones agro‐écologiques du pays, d’observer la disponibilité
et les prix des produits vivriers sur les marchés locaux ainsi que de s’entretenir avec le personnel
des DDA du Ministère de l’Agriculture, des spécialistes de vulgarisation agricole, des agronomes,
des agriculteurs, d’associations de producteurs, le personnel d’ONG locales et internationales et
de projets de développement. Ces visites de terrain ont permis de valider les données collectées,
par section‐communale, par le premier module. Suite à ce travail de terrain, 6 journées de
restitutions avec les responsables de chaque Observatoire et agents de liaison de la CNSA ont eu
lieu à Port au Prince, du 18 au 24 août, afin de consolider les informations collectées sur le
terrain. Ces informations ont ensuite été digitalisées et cartographiées.
3. L’analyse des bases de données de la présente enquête des récoltes ainsi que de l’Enquête
Nationale de la Sécurité Alimentaire‐ENSA. Les membres de l’enquête ont également analysé les
données météorologiques disponibles, des prix des denrées alimentaires, d’importation et
exportation de produits vivriers ainsi que les informations contenues dans divers rapports sur le
secteur agricole, la sécurité alimentaire et les bulletins d’alertes. A Port‐au‐Prince, les membres
de l’enquête ont eu des entretiens avec le personnel du Ministère de l’agriculture, de la Banque
de la République d’Haïti (BRH), de l’Institut Haïtien de Statistique et de l’Informatique (IHSI), de
l’Administration Générale des Douanes (AGD), du Centre National d’Information Géo‐Spatiale
(CNIGS) ainsi que de plusieurs ONG.
Pour la campagne de printemps 2011, les pluies ont démarré entre avril et mai, selon les zones, avec
un retard de 1.5 mois à plus de 2 mois sur la normale. Ce retard a été particulièrement marqué dans
tous les départements situés au nord de Port‐au‐Prince. Toutefois, dès le démarrage des pluies en
avril/mai, celles‐ci ont été généralement plus abondantes que la normale dans l’ensemble du pays et
une bonne récolte vivrière est attendue. La pressions des maladies et nuisibles sur les cultures a
également été inférieure à celle de 2010.
5
Toutefois, dans certaines zones bien délimitées, les pluies ont commencé durant la troisième décade
de mai pour s’interrompre au début juin, réduisant considérablement les surfaces cultivées ainsi que
la performance des cultures plantées. Les plaines agro‐pastorales sèches du Nord‐Est sont les plus
gravement touchées car elles ont été exceptionnellement arides dès novembre 2010 jusqu’en août
2011. Le haut plateau central ainsi que certaines communes du Nord (Port Margot, Bas‐Limbé),
Nord‐Ouest (St Louis du Nord, l’île de la Tortue) et de l’Ouest (Arcahaie, Cabaret et Gressier) ont
également été touchées par une pluviométrie en dessous de la normale.
Par rapport à la campagne de printemps 2010, l’enquête anticipe une légère diminution de la
production de maïs, de sorgho et de tubercules. La production de riz a par contre été
particulièrement affectée avec une baisse estimée à 16 pour cent, principalement en raison de la
mauvaise disponibilité en eau d’irrigation en mars‐avril et le manque d’engrais. La production de
haricot a également été particulièrement affectée en raison de retards de la saison de printemps et
des fortes pluies de début juin 2011. La production de banane plantain est en augmentation grâce à
la réhabilitation des bananeraies entreprise par les producteurs suite à l’ouragan Thomas de
novembre 2010. L’enquête a identifié trois zones de production excédentaires où des achats locaux
de maïs sont possibles; l’Artibonite, la zone de St Raphaël‐Dondon‐La Victoire et Les Cayes. Les
récoltes seront sur les marchés à partir de début Septembre dans la partie nord du pays.
Dans l’ensemble, les prévisions de l’enquête, prenant en compte les campagnes de printemps, d’été
et d’automne/hiver, établissent la production vivrière totale de 2011/12 à 607 200 tonnes pour les
céréales, 186 300 tonnes pour les légumineuses, 1 465 00 tonnes pour les tubercules et 232 000
tonnes pour la banane plantain. Ceci représente une légère baisse de 7 pour cent pour les céréales,
6 pour cent pour les tubercules et 9 pour cent pour les légumineuses, alors que l’on note une
augmentation de 6 pour cent pour la banane plantain. La production de riz a fortement chuté (‐17
pour cent), principalement en raison d’un manque d’approvisionnement d’engrais dans le cadre du
programme de subventionnement du MARNDR. Il faut noter que l’enquête a fait l’hypothèse d’une
amélioration de la disponibilité d’engrais à la mi‐septembre pour les estimations de production.
Cependant, au moment de la publication de ce rapport, la disponibilité d’engrais ne s’est pas
améliorée et il est probable que la chute de production de riz sera plus importante que les ‐17 pour
cent estimés si des actions rapides du Gouvernement ne sont pas prises (voir section 3.4.2 ci‐
dessous). Ces comparaisons sont faites par rapport à 2010, l’année de production la plus élevée dans
les registres du MARNDR. Ces estimations font l’hypothèse d’une saison cyclonique calme et sans
accident climatique particulier. Cependant, la NOAA anticipe que la saison 2011 sera en dessus de la
moyenne avec 16 tempêtes tropicales et 9 ouragans. Ainsi, dans le cas de pertes causées par un
cyclone ou un ouragan, des estimations de pertes devront être réalisées dans le cadre du Plan de
Contingence afin de mettre à jours les estimations.
Les besoins d’importations de céréales, légumineuses et bananes plantain pour la campagne de
commercialisation 2011/12 (juillet/juin) sont estimés à 910 000 tonnes en équivalent céréales, dont
740 000 tonnes devraient être importées par voie commerciale. Le déficit non couvert est estimé à
170 000 tonnes. Les visites de terrain ont confirmé que les marchés sont bien approvisionnés en
produits vivriers dominés très majoritairement par des produits importés et en particulier le riz. Les
prix des produits vivriers de base, mis à part le maïs moulin local, sont supérieurs sur les marchés
locaux par rapport à la même période en 2010. L’indice des prix à la consommation (IPC) indique que
le pouvoir d’achat à reculé de 9.5 pour cent en juillet 2011 par rapport à la même période en 2010.
Les résultats de l’ENSA indiquent que la prévalence de l’insécurité alimentaire reste très élevée et
qu’elle représente 45 pour cent de la population haïtienne, soit environ 4.7 millions d’individus.
Dans ce groupe, on retrouve environ 850 000 personnes, soit 8.2 pour cent de la population qui sont
en ‘insécurité alimentaire élevée’. Cette catégorie d'Haïtiens en insécurité alimentaire élevée,
retrouvée en milieu rural et dans la zone métropolitaine de Port‐au‐Prince, prend 1.9 repas par jour
et consacre à l'alimentation 67 pour cent de leurs revenus obtenus sur la base de petits emplois
6
journaliers. Les 37 pour cent des ménages restants se trouvent dans une situation
d'insécurité alimentaire modérée. Les ménages de cette catégorie vivent principalement de la
pêche, du charbon, des transferts de ménages vivants en Haïti et de l'agriculture. Ils dorment pour la
plupart hors de leur maison où ils vivent majoritairement de travail journalier du secteur primaire
de l'économie. Les départements de l'Artibonite (60.6 pour cent des ménages en insécurité
alimentaire), du Nord‐Ouest (57.7 pour cent), du Sud‐Est (51.4 pour cent), du Sud (45.8 pour cent) et
du Centre (43.9 pour cent) sont les plus affectés par l'insécurité alimentaire. Il apparait que dans ces
4 départements, les récoltes étaient mauvaises en 2010 (voir rapport CFSAM 2010), ce qui a eu pour
conséquence une dégradation de la situation de sécurité alimentaire.
Dans les zones où la production agricole de la campagne de printemps à été mauvaise, la présente
enquête estime qu’environ 230 000 personnes additionnelles tomberont dans l’insécurité
alimentaire élevée et nécessiteront une assistance supplémentaire à celle établie par l’ENSA.
Avec un retard généralisé des récoltes de 1.5 à plus de 2 mois, la période de soudure est nettement
plus longue que la normale. Ainsi les ménages, agricoles inclus, dans l’ensemble du pays sont
contraints à une forte dépendance des marchés pour leur approvisionnement en nourriture. Dans
toutes les communautés visitées, les stocks de nourriture de production locale sont très bas où
inexistants. Ce retard cause donc un stress économique considérable sur les ménages les plus
vulnérables. Les stratégies de survie les plus fréquentes incluent la vente de petit bétail, la recherche
d’emploi journalier et la production de charbon (en forte recrudescence dans les départements du
nord). Afin de limiter les dépenses pour se préparer à la rentrée scolaire, les familles plus
vulnérables limitent les nombre de repas journalier, ainsi que la diversité de la nourriture
consommée. Cependant, l’enquête estime que la situation de sécurité alimentaire s’améliorera dès
le début septembre lorsque toutes les zones commercialiseront les produits vivriers de la campagne
de printemps 2011.
Dans les zones fortement affectées par une longue période sèche (plaines du Nord‐Est), les ménages
ont adopté des stratégies de décapitalisation dangereuses alors que la consommation de nourriture
privilégie les enfants sur les adultes dont beaucoup survivent avec un repas de riz blanc par jour. La
décapitalisation du bétail dans la plaine agro‐pastoral sèche du Nord‐Est a atteint un point critique.
Ainsi, de nombreuses familles visitées dans la zone déclarent ne plus être en mesure de couvrir les
frais scolaires pour la prochaine rentrée d’octobre 2011.
2. CONTEXTE SOCIO‐ECONOMIQUE
2.1 Situation macro‐économique : une décennie perdue
Haïti est le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental et est classé parmi les pays à faible revenu
et à déficit vivrier. En référence au classement de l’IDH, Haïti s’est située au 149e rang sur 177 pays
en 2009. Le pays est donc l’un des plus pauvres de la planète avec un PIB par habitant d’environ USD
670 par année. Selon une étude réalisée par le PNUD en 2007, 76 pour cent de la population vivait
en dessous du seuil de pauvreté, avec moins de 2 USD par jour, et 56 pour cent en dessous du seuil
d’extrême pauvreté, avec moins de 1 USD par jour. La plupart des Haïtiens n’ont pas de retraite, de
sécurité sociale ni d’épargne. Toutefois, on constate que le nombre de personnes qui gagnent 2 US$
par jour, comparé à ceux qui gagnent 1 US$ par jour a augmenté depuis 2004.
Du fait de sa position géographique, le pays se trouve sur la trajectoire de cyclones tropicaux et fait
partie du lot restreint de pays condamnés à faire face presque chaque année, à des inondations et
des ouragans parfois très puissants, accompagnés, généralement, d’autres phénomènes adverses,
qui leur sont liés, comme les éboulements, les glissements de terrain, les raz‐de‐marée, les coulées
de boue… Durant les 5 dernières années, Haïti a connu une série de catastrophes naturelles sans
précédent qui a touché plus de 3.6 millions de personnes (tableau 1). Le tremblement de terre
dévastateur du 12 janvier 2010 pèse encore de lourdes conséquences car environ 600 000
personnes vivent toujours sous des tentes, dans des conditions très difficiles.
7
Tableau 1: Résumé des derniers désastres naturels en Haïti
Événements PIB affecté en % Personnes affectées Décès
2007 cyclones Dean & Noël 2 194 000 330
2008 cyclones Fay, Gustav, Hanna & Ike 15 1 000 000 800
2010 séisme 120 2 000 000 222 500
2010 cyclone Thomas < 100
2010/11 choléra 440 000 6 300
Total 3 634 000 230 000
Sources: PDNA du tremblement de terre. Evaluation des dommages, des pertes et des besoins généraux et
sectoriels, juin 2010; Direction de Protection Civile (Thomas) et Ministère de la santé (choléra).
Le tableau 2 et la figure 1 montrent que le taux de croissance a été négatif les premières années du
nouveau millénium, mais qu’une reprise encourageante a été amorcée dès 2004. Cette éclaircie était
due à la détente politique amorcée en 2006, après les élections générales de la même année et la
réduction significative des actes de banditisme que le pays a encourus pendant les années 2004 et
2005. Par ailleurs, une politique budgétaire contrôlée avait favorisé, dans d’importantes proportions,
cette performance. En effet, contrairement à ce qui se faisait au cours de certains exercices
précédents, en 2007, la Banque de la République d’Haïti n’avait financé aucun déficit budgétaire.
Cette tendance à la hausse a été grevée par les catastrophes naturelles de 2008. Puis, le terrible
séisme du 12 janvier 2010, a réduit les efforts des années précédentes à néant. Ainsi, de 2000 à
2010, le PIB n’a évolué que de 1 pour cent sur 10 ans ; une décennie a été perdue !
Tableau 2 et Figure 1: Evolution du PIB de 2000‐11 et comparaison avec le PIB du secteur agricole.
Source : IHSI
Taux de
PIB en Taux croissance
millions Croissance ‐ secteur
Année de Gd 1 PIB en % agricole
2000 13 139 0.9 ‐3.6
2001 13 002 ‐1.0 0.9
2002 12 968 ‐0.3 ‐3.7
2003 13 015 0.4 0.2
2004 12 557 ‐3.5 ‐4.8
2005 12 783 1.8 2.6
2006 13 071 2.3 1.4
2007 13 508 3.3 2.3
2008 13 622 0.8 ‐7.5
2009 14 015 2.9 5.2
2010 13 307 ‐5.1 0.0
2011 2 6.0
1
/ En millions de gourde courantes de 1986‐1987. Source : IHSI ; 2/ Projections de l’EIU, mai 2011
Selon les projections de l’Economic Intelligence Unit‐EIU, Haïti serait en passe de reprendre son élan
économique d’avant le séisme. Une projection de croissance de 6 à 7.5 pour cent est estimée pour
2011. En effet, les transferts de fonds de l’étranger ainsi que les nombreux chantiers annoncés dans
le cadre de la reconstruction, qui seront financés par le Trésor Public ou la Communauté
Internationale, sont de nature à garantir une croissance substantielle de l’économie haïtienne. Les
investissements dans le secteur manufacturier et l’établissement de parcs industriels dans le Nord‐
Est (Caracol) et dans le voisinage de Cité Soleil, sont des signes très encourageants. Cependant, les
retards dans la mise en place d’un Gouvernement, suite aux élections de mars 2011 et la réduction
de la production vivrière au printemps 2011 par rapport à 2010 (résultats de la présente étude)
laisse suggérer une croissance positive, mais au bas de la fourchette estimée par l’EIU.
8
Figure 2 : Evolution du taux de change Gd/USD. Source : BRH
Le taux de change de la gourde
par rapport au dollar américain
est resté d’une très bonne
stabilité depuis 2010,
permettant ainsi de contrôler
l’inflation suite au tremblement
de terre de janvier 2010 et aux
violences liées au premier tour
électoral puis de l'incertitude
politique qui s’en est suivie. Ceci
a permis de contenir les effets
inflationnistes de ces
événements et ainsi de limiter
considérablement leur impact
sur le pouvoir d’achat de la
population. Les transferts de fonds de l’étranger ainsi que les transferts de l’aide internationale1 ont
joué un rôle favorable sur le taux de change. Ainsi, l’inflation qui prévaut aujourd’hui en Haïti (9.5
pour cent par rapport à 2010) est principalement due à des facteurs externes influençant le prix des
produits vivriers et du carburant importés, dont ils représentent plus de 50 pour cent du panier de la
ménagère (calcul de l’Indice des Prix à la Consommation par le IHSI). Toutefois, une légère faiblesse
de la gourde haïtienne (40.46 en juillet 2011) vis‐à‐vis du dollar par rapport à la moyenne 2007‐2010
(39.3) devrait servir à augmenter la compétitivité ainsi qu’une reprise des industries d’exportation.
Tableau 3, figures 3 et 4: Evolution des transferts de fonds de l’étranger depuis 1993. Source : BRH
Croissance
des
transferts
Année Transferts ‐ USD en %
1993 14 314 246
1994 18 953 169 32.4
1995 27 294 426 44.0
1996 48 713 011 78.5
1997 69 291 761 42.2
1998 91 260 948 31.7
1999 124 520 912 36.4
2000 203 354 064 63.3
2001 235 951 287 16.0
2002 276 427 932 17.2
2003 358 280 159 29.6
2004 528 969 147 47.6
2005 701 940 320 32.7
2006 811 698 688 15.6
2007 914 279 271 12.6
2008 1 009 291 468 10.4
2009 1 013 688 710 0.5
2010 1 099 478 075 8.5
2011 1 156 294 407 5.2
Depuis le milieu des années 90, les envois de fonds de la diaspora haïtienne aux États‐Unis
1
Ces transferts renforcent la monnaie nationale, car avant d’acquérir des biens et des services en Haïti, les
bénéficiaires de ces transferts doivent acheter des gourdes haïtiennes, ce qui la renchéri.
9
d’Amérique, au Canada et en République Dominicaine ont suivi une courbe ascendante fulgurante
pour atteindre une importance macro‐économique cruciale car ils sont aujourd’hui estimés à USD
1.15 milliard par an, soit 1/5 du PIB. En effet, ces transferts de fonds sans contrepartie ont passé de
USD 14 millions en 1993 à 203 millions en 2000 alors qu’ils sont estimé à 1.15 milliard pour 2011,
soit une progression d’un facteur de 80 en 19 ans (tableau 3 et figures 3 et 4) ! Les 5 dernières
années, la croissance des transferts a été au plus bas lors de la crise économique mondiale en 2009
(avec une croissance de 0.5 pour cent), alors qu’elle était tout de même de 12.7 pour cent en 2007.
C’est un secteur qui était en plein boom jusqu’en 2009 alors qu’il a maintenu une bonne croissance
en 2010 (8.5 pour cent) et 2011, très certainement en raison d’une solidarité face aux catastrophes
qu’à connu le pays. On anticipe une progression de 5.2 pour cent en 2011 par rapport à 2010.
Le principal secteur productif reste l’agriculture qui représente ¼ du PIB. Cependant, l’agriculture
connaît toutefois un déclin constant en raison de la diminution de la taille des exploitations
agricoles, de l’érosion des sols et d’un investissement insuffisant en matière d’irrigation, de stockage
et de transport. En effet, le secteur a régressé de 4 pour cent entre 2000 et 2010 (figure 5). Durant
ces dernières années, les cultures de rente traditionnelles comme le café, le sisal, le sucre et le cacao
ont été remplacées par des cultures vivrières de subsistances telles que le riz, le maïs, le sorgho et
les légumineuses. Le café était la culture principale d’exportation alors qu’aujourd’hui ces
exportations sont marginales. La canne à sucre était traditionnellement la culture de rente la plus
importante après le café, mais sa production a chuté et Haïti importé la majorité du sucre
consommé dans le pays. Toutefois, le secteur agricole, peu touché par le séisme, a contribué à
amortir la chute du PIB à la suite du tremblement de terre en 2010. Les figures 4 et 5 illustrent
l’évolution de la production vivrière selon les données du MARNDR et l’évolution de la croissance du
secteur agricole selon les données de l’IHSI.
Figures 4 et 5 : Evolution de la production vivrière et du secteur agricole en pourcent de croissance
ainsi que l’indice de croissance avec comme base (100) calculée pour 2000. Sources : IHSI (croissance
du secteur agricole) et MARNDR (croissance de la production vivrière)
2.2 Population
Le dernier recensement démographique a été effectué en 2003 par l’Institut Haïtien de Statistique et
d’Informatique qui a estimé la population à 8.37 millions d’habitants. Le département de l’Ouest, qui
comprend la capitale Port‐au‐Prince, représente 37 pour cent de la population totale. Viennent
ensuite, en terme de population, les départements de l’Artibonite (16 pour cent) et du Nord (10
pour cent). Le Nord‐Est et les Nippes sont les départements les moins peuplés. Près de 60 pour cent
de la population vivent dans des régions rurales, mais le taux d’urbanisation s’accélère à un rythme
alarmant avec 4.7 pour cent par an de 1982 à 2003. La densité moyenne est remarquable avec
environ 375 habitants par km carré. La population haïtienne est très jeune ; plus de la moitié des
habitants à moins de 21 ans et 5 pour cent seulement a plus de 65 ans, ce qui traduit la faible
10
espérance de vie. Selon les dernières projections officielles, la population est estimée, en 2011, à 10
360 000 personnes. Sur la base du taux de croissance démographique moyen par an de 2.75 pour
cent, l’enquête projette une population de 10 500 000 personnes pour la mi‐2012.
2.3 Contexte agricole
La République d’Haïti (27 750 km2), pays essentiellement montagneux, est traversé par trois grandes
chaines de montagnes d’orientation est‐ouest, soit transversalement par rapport à la direction des
alizés. Cette disposition du relief entraine une grande diversité climatique permettant une
diversification des systèmes de production. La pluviométrie varie de 400 à 3 000 mm par année avec
une période de croissance des végétaux de 100 à 360 jours. En Haïti, les terres arables représentent
environ 40 pour cent de la superficie totale du pays, soit 1.1 million d’hectares, dont 18 pour cent
sont consacrés à des pâturages permanents. Selon des données préliminaires du Recensement
Général de l’Agriculture‐RGA rendues disponibles par le MARNDR/FAO, l’agriculture est pratiquée
par un peu plus d’un million de ménages agricoles disposant en moyenne de moins de 1.5 ha divisé
en plusieurs parcelles. Les plaines occupent seulement 550 000 ha, mais la forte demande
alimentaire pousse les agriculteurs à cultiver environ 420 000 ha des terres marginales inaptes à la
production agricole. La couverture forestière du pays s’est considérablement réduite au cours des 30
dernières années et actuellement moins de 2 pour cent du territoire peuvent être classés comme
forêt dense.
Le climat est tropical, mais le relief montagneux rend les écosystèmes très variables, avec des
régions sèches et semi‐arides dans le nord‐ouest et des montagnes très humides dans le sud et le
nord. En général, les précipitations sont caractérisées par une distribution bimodale durant l’année
avec une grande saison de pluies de mars/avril à juin/juillet et une petite saison de pluies d’août à
novembre/décembre. Dans les montagnes les plus humides, il pleut durant tous les mois de l’année.
Selon les zones agro‐écologiques, on distingue trois campagnes principales: la campagne de
printemps dont la récolte a normalement lieu de juin à fin août, la campagne d’été dont la récolte a
lieu en septembre/octobre et la campagne d’automne/hiver dont la récolte a lieu de décembre à fin
février. La campagne de printemps représente environ 50 pour cent da la production nationale du
maïs, sorgho, légumineuses, tubercules et bananes plantains (tableau 4). Pour le riz, 28 pour cent est
cultivé au printemps et 53 pour cent durant la saison d’été. On estime que 60 pour cent du riz est
cultivé dans la Vallée de l’Artibonite.
Tableau 4 : Proportion des céréales cultivées par campagne. Source : FAO/WFP CFSAM, 2010
Printemps Eté Automne/Hiver
Cultures % % %
Mais 49 33 18
Sorgho 53 29 17
Riz 28 53 20
Légumineuses 48 22 30
Tubercules 49 22 29
Banane Plantain 46 31 23
Légumineuses : haricot, pois congo, pois inconnu, arachide
Tubercules : manioc, igname, patate douce, taro, pomme de terre
Plus de 95 pour cent des surfaces cultivées se trouvent en zones pluviales. Les techniques de
production sont très rudimentaires avec une disponibilité et un accès très limités aux intrants
agricoles tels que semences de qualité, fertilisants, pesticides, produits vétérinaires, aliments pour le
bétail, outils, machinerie, etc. Ainsi, les rendements des cultures vivrières sont en général très faibles
et, comme la pluviométrie reste le principal facteur de production, les variations annuelles de
production peuvent être importantes. Plus de 60 pour cent des surfaces cultivées regroupent les
11
associations de cultures constituées essentiellement du maïs associé aux haricots ou aux pois2, mais
aussi l’agroforesterie. Ces pratiques permettent aux producteurs de mieux utiliser la faible fertilité
des sols et de diminuer les risques liés soit à un manque ou un excès de pluies.
Les montagnes/mornes humides du département du Nord, Nord‐Est et de la grande‐Anse
permettent un système agro‐forestier à plusieurs étages très verdoyant et d’une diversité
étonnante. A l’étage supérieur, on trouve les cocotiers, le palmis, l’arbre à pins, le manguier et des
essences forestières. A l’étage intermédiaire arboré on trouvera des espèces fruitières telles que la
banane, le cacaotier, l’avocatier ou le caféier. Enfin, à l’étage inférieur les tubercules sont cultivés
tels de l’igname ou le manioc, mais aussi les plantes médicinales et aromatiques et le maïs lorsqu’il
peut profiter de petites éclaircies. Les producteurs n’utilisent pas d’engrais dans les jardins créoles.
Le système radiculaire profond des racines des plantes d’étages supérieurs maintien la fertilité des
sols en remettant à la surface de la matière organique ainsi que des éléments minéraux puisés en
profondeur des sols. Dans la même zone agro‐écologique, et aux alentours des jardins créoles, et sur
les versants déboisés souvent en forte pente, on cultive le maïs ou le petit mil en association avec le
haricot.
La superficie irriguée ne représente qu’environ 5 pour cent des surfaces agricoles, soit près de 80
000 hectares, dont plus de 40 pour cent sont concentrés dans la Vallée de l’Artibonite, tandis que le
reste couvre en particulier les plaines des Cayes (département du Sud), Jacmel (département du
Sud‐Est) et le Plateau Central dans le reste du pays. Les systèmes d’irrigation ont subi à travers le
temps des détériorations importantes imputables au manque d’entretien et aux cyclones
périodiques. La consommation annuelle d’engrais varie entre 15 000 et 45 000 tonnes en fonction
de l’approvisionnement subsidié par le Gouvernement Haïtien.
Les pertes après récolte sont très élevées en raison de l’insuffisance des infrastructures de séchage
et de stockage des grains. Ces pertes peuvent atteindre jusqu’à 35‐40 pour cent des récoltes selon la
culture. Le manque de structures adéquates de stockage oblige les producteurs à vendre leurs
produits immédiatement après la récolte. Comme le stockage et la transformation du maïs est un
problème important en Haïti, les membres de l’enquête ont documenté leurs observations de
terrain dans l’annexe I.
Les ménages ruraux possèdent quelques têtes de bétail qu’ils élèvent dans le cadre de systèmes
agro‐pastoraux ou détritivores (animaux se nourrissant des détritus des jardins à l'arrière des
habitations). De façon générale, la contribution du bétail au régime alimentaire local est faible. Les
bovins, les ovins, les chèvres et les cochons constituent surtout une trésorerie pour les dépenses
courantes des ménages et un capital sur pied pour les investissements importants. Enfin, la pêche
est une activité importante pour de nombreux ménages en zone côtière, occupant à temps plein ou
partiel plus de 50 000 d’entre eux.
3. PRODUCTION ALIMENTAIRE 2011/12
3.1 Pluviométrie
De façon générale, cette année, les pluies ont démarré à la mi‐avril dans la presqu’ile du sud et à la
fin mai dans les départements au nord de Port‐au‐Prince, causant un retard généralisé de la saison
d’un mois et demi à plus deux mois par rapport à la normale. Ce retard est survenu après une
période de pluviométrie normale durant l’hiver 2010/11 dans l’ensemble du pays, sauf dans le Nord‐
Est, une partie du Nord‐Ouest et l’île de la Gonave (voir carte NDVI de Mars 2011, annexe II). Comme
le montre la carte NDVI de juin 2011 (annexe II), on observe cette année une dichotomie entre les
départements de la presqu’il du sud et les départements situés au nord de Port‐au‐Prince. Alors
2
Les cultures pures occupent donc environ 40 pour cent de la superficie agricole totale.
12
qu’au nord, le climat fut particulièrement sec avant le démarrage de la saison pluvieuse en mai, au
sud, des pluies ponctuelles ont eu lieu dans différentes communes avant le démarrage en avril. Dans
certaines zones, ces premières pluies ont d’ailleurs causé des pertes pour les producteurs qui ont
planté quelques lopins de terre en février et début mars 2011, alors que dans d’autres zones, les
pluies ont toutefois été suffisantes pour que ces plantations très précoces produisent normalement
(cote sud du département du Sud).
Cependant, dès le démarrage des pluies en avril/mai, celles‐ci ont été généralement plus
abondantes que la normale dans l’ensemble du pays et une bonne récolte vivrière est attendue. La
pressions des maladies et nuisibles sur les cultures a également été inférieure à celle de 2010.
Toutefois, dans certaines zones bien délimitées du Nord, Nord‐Est, Nord‐Ouest et du Plateau
Central, les pluies ont commencé durant la troisième décade de mai pour s’interrompre au début
juin, réduisant considérablement les surfaces cultivées ainsi que la performance des cultures
plantées. Les plaines agro‐pastorales sèches du Nord‐Est sont les plus gravement touchées car elles
ont été exceptionnellement arides dès novembre 2010 jusqu’en août 2011. Le haut plateau central
ainsi que certaines communes du Nord (Port Margot, Bas‐Limbé), Nord‐Ouest (St Louis du Nord et
l’Île de la Tortue) et de l’Ouest (Arcahaie, Cabaret et Gressier) ont également été touchées par une
pluviométrie en dessous de la normale.
Il est intéressant de noter que la répartition des pluies a été très singulière cette année. En effet les
zones habituellement plus arides, tout au long de l’axe de sécheresse allant du département du
Nord‐Ouest en suivant une diagonale le long de la côte comprenant l’Artibonite jusqu’à l’est de Port‐
au‐Prince (lac Azuei), a été particulièrement humide cette année. Les producteurs de ces zones de
mornes sèches ont pu en bénéficier pleinement et l’on parle d’une année de grâce dans plusieurs
communes de l’Artibonite. Par contre, le versant nord des montagnes habituellement très humides
des départements du Nord et du Nord‐Ouest a, lui, été nettement moins bien arrosé, avec des
réductions importantes de la production. Par contre, les montagnes humides du Nord‐Est ainsi que
la zone de Pignon, La Victoire, St Raphael et Dondon/Milot ont, quand à elles, profités de pluies
suffisantes, sans être excessives, pour les cultures.
3.2 Saison Cyclonique 2011
La saison cyclonique commence habituellement en juin pour se terminer à la fin novembre. La NOAA
anticipe que la saison 2011 sera en dessus de la moyenne avec 16 tempêtes tropicales et 9 ouragans.
Le 6 et 7 juin, de fortes pluies sont tombées sur Haïti, causant des inondations ponctuelles sans
gravités, mais des pertes importantes sur le haricot arrivant à maturité dans les divers départements
de la presqu’île du sud et le département de l’Ouest. Cette année, l’ouragan Emily, qui a traversé
Haïti le 3 août, au niveau du département du Sud, et l’ouragan Irene qui a passé au nord d’Haïti le 23
août n’ont pas causé de dégâts importants.
Pour l’estimation de la production de l’année commerciale 2011/12, et en particulier les campagnes
d’été et d’automne/hiver, l’enquête fait l’hypothèse d’une saison calme sans accident climatique
particulier. Ainsi, dans le cas de pertes causées par un cyclone ou ouragan, des estimations de
pertes, dans le cadre du Plan de Contingence, devront être réalisées afin de mettre à jours les
estimations de cette enquête.
3.3 Irrigation
Le retard important des pluies de printemps 2011 ont causé une forte dépression de la disponibilité
en eau pour les cultures irriguées de printemps. En particulier, le riz de printemps ainsi que la
production de légume a été particulièrement affectée. Dans certains périmètres irrigués, tels que
dans le Nord‐Est, moins de 20 pour cent des superficies normalement emblavées en riz ont été
cultivée ce printemps. La disponibilité en eau dans les périmètres irrigués est toutefois bonne dans
tous le pays pour la campagne d’été. Le manque d’entretien des canaux et de gestion des tours
13
d’eau pour la distribution des canaux principaux vers les parcelles des agriculteurs constituent le
principal problème d’accès à l’eau. En particulier, l’enquête a noté des difficultés dans l’organisation
des tours d’eau dans le secteur de St Raphaël, avec les producteurs en amont capturant de l’eau en
excès, laissant les parcelles de riz des producteurs en aval souffrir d’un déficit hydrique.
Le tremblement de terre du 12 janvier avait causé des dégâts sur les infrastructures hydro‐agricoles
qui avaient affectés la production in 2010. En particulier, plusieurs canaux d’irrigation ont été
endommagés dans les plaines autour de Gressier, Léogâne, Petit‐Goâve et Grand‐Goâve et dans une
moindre mesure les régions montagneuses de Bainet, la Vallée de Jacmel, Côte‐de‐Fer, Jacmel,
Cayes‐Jacmel et Marigot dans le département du Sud‐Est. Pratiquement tous les canaux
endommagés par le tremblement de terre ont été réhabilités avec le soutien d’ONG. Toutefois, le
système d’irrigation de Momance à Grande rivière (troisième section de Léogane) n’a pas été
entièrement réhabilité. Le siphon endommagé et remplis de sédiments ne permet pas le passage de
l’eau sous la route adjacente à la rivière Momance et ainsi ces terres n’ont pas pu être irriguées
cette année.
3.4 Intrants agricoles
3.4.1 Semences
Les systèmes semenciers formels sont presque inexistants dans le pays. Le seul système semencier
existant est pour le riz dans la vallée de l'Artibonite3. Certaines institutions (ACDI / VOCA, CRS, World
Vision) ont des activités semencières à petite échelle principalement pour l’introduction de
nouvelles variétés de maïs et de haricot et la multiplication de semences. Les agriculteurs haïtiens
ont donc un accès très limité à de nouvelles variétés. La plupart du temps, de nouvelles variétés de
semences entre dans le système à travers des distributions dans le cadre de programmes d’urgence.
Cependant, ces semences peuvent parfois ne pas être adaptées et causer des pertes considérables
pour les producteurs, comme cela semble s’être passé ce printemps dans le Département du Sud‐
Est4. Lors des visites de terrain, le manque d'accès aux variétés améliorées n'a pas été identifié par
les agriculteurs interviewés comme une contrainte à leur production. Toutefois, l'absence
d’information des agriculteurs concernant les variétés améliorées de semences explique, en partie,
cette perception des producteurs.
Les marchés locaux représentent la source principale de semences de haricots et la source
secondaire pour le maïs, le sorgho et le pois. Pour ces derniers, les producteurs utilisent en priorité
leurs propres semences. Cette dépendance aux marchés pour les haricots signifie toutefois que pour
installer une nouvelle culture, les agriculteurs ont besoin d'argent pour acheter les semences
nécessaires. Afin de faire face aux frais d’installation d’une nouvelle culture (labourage, semences,
premier sarclage), les agriculteurs vendent ordinairement une partie de leur petit bétail ou alors les
produits vivriers d’une campagne précédente. Pour le haricot principalement, il existe des flux
importants de semences entre les montagnes et les plaines, à travers les marchés, dus à l'alternance
3
Seule la variété de riz TCS‐10 fait l’objet d’un programme de multiplication. Les trois dernières années, la
vente de semences TCS‐10 tend à diminuer :
• 2009 : 258 tonnes dont environ 155 tonnes (60 pour cents) vendues/distribuées comme semences et le
reste (environ 40 pour cent) vendues comme grain de consommation.
• 2010 : 80 tonnes vendues/distribuées comme semences.
• 2011 : 220 tonnes dont environ 100 tonnes vendues comme semences et 120 tonnes en stock et dont les
risques de pertes sont importants.
La livre de semence conditionnée se vend a 16.7 Gds alors le prix de la semence brute reste inchangé.
4
La FAO a distribué ce printemps 39 tonnes de semences de maïs de la variété ‘chicken corn’ qui ne s’est pas bien
comportée dans les zones au‐dessus de 400 mètres d’altitude. Selon la DDA dans le Sud‐Est, en raison de pluies
importantes ce printemps, les épis de la variété ‘chichen corn’ ne se sont pas remplis, causant des pertes pour les
bénéficiaires de ces semences. On estime qu’environ 1400 ha ont pu être emblavés avec le 39 tonnes de
semences distribuées. Voir aussi le compte rendu de la 40ème Table de Concertation du Secteur Agricole du Sud‐
Est (TCASE).
14
des saisons de culture entre les deux écologies. Pour les autres cultures, la dépendance sur les
marchés s’explique par les gros problèmes de stockage et les risques associés de pertes importantes
(voir annexe I).
La plupart des semences vendues sur les marchés locaux ont une origine locale et les marchés sont
habituellement bien fournit. Ainsi, la disponibilité de semences n'a pas été identifiée comme un
problème majeur, ni en 2011, ni de façon générale. Cependant, dans le cas du haricot, plusieurs
agriculteurs rencontrés ont déclaré qu'ils limitent les surfaces cultivées pour le haricot par manque
de disponibilité de crédit pour couvrir les frais d’implantation de la culture, souvent considérée
comme risquée (sensible au sec, chaleur et aux fortes pluies à la floraison et maturation) mais
fournissant une source importante de revenu.
3.4.2 Engrais
Depuis Décembre 20085, l’Etat Haïtien subventionne les engrais afin de les rendre plus accessibles
aux petits producteurs et promouvoir leur utilisation afin d’augmenter la productivité agricole et de
rendre la filière du riz plus compétitive. Le niveau de subvention fixé par l’Etat est important et de
l’ordre de 80 pour cent. Avec les subventionnements, la consommation d’engrais à augmenté de 15
000 tonnes en 2008 à 45 000 tonnes en 2010 (figure 6). Environ 50 pour cent des engrais sont
utilisés dans la culture du riz, 25 pour cent pour les cultures maraîchères, 5 pour cent pour le haricot
et 15 pour cent pour les autres cultures. Par type d’engrais, l’urée à elle seule représente près de la
moitié du stock (45 pour cent) suivie des engrais composés 20‐20‐10 (32 pour cent) et 12‐12‐20 (21
pour cent). Au niveau national, l’Artibonite utilise le plus grand stock d’engrais (56 pour cent). Le
département de l’Ouest en utilise ¼ principalement pour les cultures maraîchères et la pomme de
terre et ainsi occupe la seconde place.
Cette année, le Gouvernement Haïtien a distribué jusqu’à la fin‐août 17 400 tonnes d’engrais (contre
32 000 tonnes à la même période en 2010) alors qu’aucun fonds supplémentaire du Trésor Publique
n’a été approuvé pour d’autres achats. Les prix des engrais revendus par les commerçants
partenaires du MARNDR augmentent chaque semaine. La figure 7 compare les prix de l’urée sur
divers marchés au début août 2011. Durant la première semaine de septembre, le prix de l’urée à
Pont Sondé a grimpé à 2000 Gd/sac de 45 kg ! Si l’on considère un retour à l’application d’engrais
variant entre 1 à 6 et 1 à 8, la réduction de production vivrière à imputer uniquement au manque
d’engrais cette année serait de l’ordre de 80 à 110 000 tonnes6 ‐ dans le cas où le Gouvernement ne
s’engage pas sur de nouveaux achats. Cependant, l’enquête a émis l’hypothèse positive que le
Gouvernement Haïtien prendra les mesures nécessaires – et à temps ‐ pour assurer le succès de
cette campagne agricole et qu’une amélioration de la situation de l’approvisionnement en engrais
sera visible dès la mi‐septembre. Ainsi, l’enquête a estimé une réduction de la production, pour le
riz, à imputer au manque d’engrais à environ 18 000 tonnes. Pourtant, au moment de finaliser ce
rapport à la mi‐septembre la disponibilité en engrais ne s’est toujours pas améliorée et ainsi, sans
changement rapide de scénario, on peut anticiper de plus fortes réduction de production pour le riz,
les légumineuses, les pommes de terre et également le maïs dans les zones irriguées. La production
de légumes non couverte par cette enquête, sera également touchée.
Au début août 2011, le prix de l’urée ‘Fersan’ (marque la plus utilisée en Haïti) est livré en gros CIF
Port‐au‐Prince à 590 USD/tonne, soit 1180 Gd/sac de 45 kg7. Le coût de transport entre Port‐au‐
5
Une première période de subventionnement des engrais avait eu lieu entre 1997 et 2004.
6
Sans apport supplémentaire et à temps du MARNDR, la différence entre 2010 et 2011 est de 27 600 tonnes.
Considérant que 50 pour cent de ce montant est utilisé dans les cultures vivrières (principalement riz), cela
représente 13 800 tonnes, soit une perte de production vivrière estimée entre 80 et 110 000 tonnes, pour un
ratio entre 1 à 6 et 1 à 8.
7
Le prix peut varier en fonction du prix du pétrole et de la demande en République Dominicaine. Il faut noter
également que pour des achats en gros, le Gouvernement peut réaliser des économies d’échelle par rapport au
secteur privé et ainsi obtenir de meilleurs prix pour les importations d’engrais.
15
Prince et Pont Sondé est de 18 Gd/sac (400 Gd/tonne). Considérant une marge de 200 Gd/sac pour
les commerçants – dans le cas d’un approvisionnement régulier et suffisant ‐ le prix au producteur,
sans subventionnement, reviendrait à 1400 Gd/sac, soit 600 Gd de moins que le prix de septembre
2011 à Pont Sondé, malgré un subventionnement de 80 pour cent payé par le Trésor Publique.
Figures 6 et 7: Quantités d’engrais utilisées en tonne et par année depuis 2008 ; Prix de l’urée
vendu à la DDA/ODVA et sur différents marchés au début août 2011. Sources : MARNDR (quantités)
et visites de terrain (prix)
3.4.3 Main d’œuvre
Tous les travaux agricoles principaux tels que labours, désherbage, récolte, battage et vannage, se
font typiquement à la main en Haïti. On note toutefois que la mécanisation est importante dans la
plaine irriguée de l’Artibonite (pour le riz) alors que les labours se font le plus souvent avec des
bœufs dans le plateau central. Ainsi, les travaux agricoles en Haïti demandent beaucoup de main
d’œuvre et ainsi 63.3 pour cent des ménages agricoles emploient de la main d’œuvre agricole
(ENSA). Dans les montagnes/mornes sèches, il existe un problème chronique de disponibilité en
main d’œuvre. La faible productivité de cette zone agro‐écologique pousse les jeunes à l’exode
principalement vers la République Dominicaine, mais aussi d’autres centres urbains tels que le Cap
Haïtien et Port‐au‐Prince. Cette migration est si importante par endroit (Nord‐Ouest) qu’elle se
remarque dans certains villages visités, principalement habités par des enfants et personnes âgées.
On a estimé dans certains villages du Nort‐Ouest que 80 pour cent des jeunes hommes ont migrés
vers l’extérieur pour y revenir seulement pour participer aux festivités de fin d’année. Ceci diminue
considérablement la force de travail disponible pour l’agriculture.
De façon générale, la disponibilité de la main d’œuvre reste, pour les travaux agricoles, similaire à
2010. Ceci est principalement du au fait que le retard généralisé de la saison agricole de printemps
pousse les ménages à la recherche d’emplois, afin de pouvoir s’approvisionner en nourriture sur les
marchés. De plus, les craintes liées au choléra se sont généralement dissipées, et dans le cas de
l’Artibonite, une petite partie de la population déplacée lors du tremblement de terre du 12 janvier
2010 se trouve encore sur place (environ 5 pour cent ne sont pas retourné à Port‐au‐Prince). Ainsi, le
prix d’une journée de travail n’a en général pas changé par rapport à 2010. Toutefois, l’enquête a
noté des augmentations ponctuelles des prix de la main d’œuvre agricole dans les départements du
Sud‐Est et du Sud. Aussi, la disponibilité en main d’œuvre a diminué, dans certaines communautés
où le choléra a refait surface lors de la saison des pluies de printemps 2011.
3.5 Maladies et nuisibles
La pressions des maladies et nuisibles a été, de façon générale, plus faible qu’en 2010. Cependant,
un certains nombre de maladies et nuisibles continuent à faire des dégâts sur les cultures :
• Maïs et sorgho : la pression des chenilles a fortement diminué cette année. On note toutefois
des dégâts du aux chenilles dans la commune de Bassin Bleu dans le Nord‐Ouest. Le sorgho dans
16
la commune de Cavaillon a été fortement attaqué par un insecte. Cette insecte n’a pas été
identifié car les membres de l’enquête n’on pas pu se rendre directement sur le site.
• Légumineuses : La mosaïque dorée continue à faire des dégâts sur le haricot. La période
particulièrement humide de fin mai/début juin à favorisé le développement de la maladie dans
les départements du Sud et Sud‐Est.
• Banane Plantain : la Sigatoka noire continue également à faire des dégâts, mais dans une
moindre mesure qu’en 2010. Des variétés résistantes existent et elles devraient être promues de
façon plus soutenues. Les nématodes causes également des dégâts importants sur les cultures.
• Tubercules : les fourmis envahissantes continuent à faire des dégâts importants, bien que dans
une moindre mesure cette année, dans la Grande Anse et certaines communes du Nord (Limbé
et Plaisance du Nord). Sur 47 sections‐communales de la Grande Anse, 34 sections sont
touchées. Aussi, pour la première fois cette année, ce nuisible est apparu dans les montagnes
humides du Nord‐Ouest. Les tubercules d’igname sont également susceptibles aux attaques de
larves de Cucurlionidae et Scarabidae (marocas) qui déprécient fortement les récoltes.
3.6 Superficies cultivées
Etant donné l’absence de données concernant les surfaces et rendements par culture, l’enquête n’a
pas pu établir d’estimations des superficies emblavées. Toutefois, selon l’enquête par points
réalisées par l’USGS, la superficie cultivée (toutes cultures confondues) au printemps 2010 serait de
549 900 hectares, soit 21 pour cent de la superficie total du pays. Cette année, les surfaces
emblavées en culture vivrières ont fortement augmenté, par rapport à 2010, dans les zones de
mornes/montagnes sèches, alors qu’elles ont légèrement diminués dans les montagnes humides du
Nord, du Nord‐Ouest et de la Grande Anse, la plaine agro‐pastorale du Nord‐Est, le plateau central et
la région de Bainet, Cote de Fer et Aquin aux limites des départements du Sud et du Sud‐Est ainsi
que certaines communes de Nippes. Les surfaces emblavées en riz de printemps ont, quant à elles,
fortement diminués par rapport à 2010 en raison du retard des pluies.
3.7 Estimation de la production
Les appréciations d’experts au niveau des sections‐communales, fournies par tout les responsables
et experts des BAC du MARNDR, forment la base des estimations agricoles. Ces appréciations
d’experts ont été consolidées par les responsables des Observatoires, puis triangulées et validées
par des visites de terrain et l’analyse de données connexes, tels que la pluviométrie, les images de
télédétection (annexe II), les rapports de projets agricoles et de sécurité alimentaire. Ainsi, l’enquête
s’est donc appuyée sur une vaste consultation d’experts du MARNDR. Ceux‐ci travaillent
quotidiennement sur le terrain avec les producteurs et donc possèdent une connaissance détaillée
de la situation dans leur zone. Les cartes de performance de la campane agricole de printemps 2011
par culture et par section‐communale, par rapport à l’année 2010 sont présentées en Annexe III.
Figures 8 et 9 : Production vivrière agrégée en Equivalent Céréale (EC) et pour les 6 principales
cultures/groupe de cultures. Source : MARNDR (2005‐2010)
17
Les appréciations de rendements pour chaque culture sont ensuite agrégées aux niveaux des
communes, puis des départements et finalement à l’échelle nationale afin de d’établir de tendances
générales. Ces tendances sont appliquées sur les données de production officielle du MARNDR de
20108 (figures 8 et 9). Selon les données du MARNDR, la production vivrière aurait connu une
croissance très rapide entre 2009 et 2010, avec deux années successives de record.
3.7.1 Estimation de la production de la campagne de printemps 2011
Maïs
Le maïs est produit à travers les 10 départements du pays et dans toutes les zones agro‐écologiques
sous régime pluvial et irrigué. Il est produit par la grande majorité des producteurs haïtiens. Il est
cultivé en association avec des légumineuses, le haricot en particulier. Les principaux départements
de production de maïs sont le Sud (plaine des Cayes), l’Artibonite, le Nord et le Plateau Central. En
année normale, la campagne de printemps représente environ la moitié de la production annuelle.
Comme le maïs est planté en grande partie sous régime pluvial, les pluies ont une grande influence
sur les surfaces emblavées et la production.
Dans les zones de mornes sèches des départements de l’Artibonite, de l’Ouest et du Nord‐ouest, les
producteurs plantent le maïs dès que les pluies tombent en quantité suffisante. Ainsi, malgré le
retard, les producteurs ont saisi leur opportunité et ainsi la production de maïs est nettement
supérieure à l’année précédente dans ces zones. La production est également supérieure à 2010
dans les montagnes humides du Nord‐est, d’une partie du Nord et des Nippes car les pluies ont été
suffisantes sans être excessive (ce qui est parfois le facteur limitant). Par contre, dans la plaine agro‐
pastorale sèche du Nord‐Est, le haut plateau central, une partie des montagnes humide du Nord, du
Nord‐Ouest et de la Grande Anse ainsi qu’une partie des Nippes, le retard et la faible intensité des
pluies a causé des réductions importantes de production de maïs (annexe III). Ainsi, l’enquête estime
que la production de maïs de printemps sera légèrement inférieure à celle de 2010. L’estimation de
production pour la campagne de printemps est de 178 600 tonnes. Considérant, une saison d’été et
d’automne/hiver normale, soit similaire aux deux dernières années, la production totale de maïs
pour la campagne de commercialisation de juillet/juin 2011‐12 est estimée à 349 000 tonnes.
Sorgho
En Haïti on rencontre deux espèces de sorgho : le mil (Sorghum vulgare) ou « pitimi chandel »
produit dans des endroits bien précis du pays et le sorgho grain (Sorghum bicolor). Généralement, le
sorgho est cultivé dans les plaines et mornes sèches et marginales du pays. Il est cultivé
principalement dans les départements des Nippes et de l’Artibonite. Dans les Nippes, il représente la
culture principale. Il est moins exigeant en eau que le maïs et peut se développer sans trop de
difficultés avec moins de 800 mm de pluie. Il offre également l’avantage d’un coût d’implantation de
faible (faible quantité de semences à l’hectare 10‐15 kg), ce qui est un avantage dans les zones à
pluviométrie variable où les risques de pertes à la levée sont élevés. Il est généralement cultivé en
association avec le maïs et les légumineuses. Une expansion géographique plus importante dans les
zones de montagnes/mornes sèches permettrait de réduire les risques liés aux pluies irrégulières.
Les facteurs qui ont influencés la production de maïs s’appliquent également au sorgho. Toutefois, il
faut noter que le sorgho est généralement en expansion dans l’Artibonite et le Nord‐Ouest, alors
qu’il diminue chaque année au Sud et Sud‐Est. Aussi, dans les Nippes, le retard des pluies dans les
zones basses a causé une forte diminution des surfaces emblavées, car beaucoup de producteurs
ont hésité de planter si tard leur variété de sorgho à cycle long (8‐9 mois). Dans le département du
Sud, le sorgho de la commune de Cavaillon est fortement attaqué par des insectes. Les membres de
l’enquête n’ont pas pu visiter ces champs et définir la cause de ces attaques. Ainsi, l’enquête estime
que la production de sorgho de printemps sera légèrement inférieure à celle de 2010. L’estimation
8
Pour ce faire, il a été également été nécessaire de collecter des données au niveau de communes concernant
la proportion des 3 campagnes agricoles (printemps, été et automne/hiver) afin de discerner la fraction de la
production nationale pour chaque culture qui est a imputer à la campagne de printemps.
18
de production pour la campagne de printemps est de 75 000 tonnes. Considérant, une saison d’été
et d’automne/hiver normale, soit similaire aux deux dernières années, la production totale de
sorgho pour la campagne de commercialisation de juillet/juin 2011‐12 est estimée à 137 900 tonnes.
Riz:
Le riz est cultivé dans les plaines irriguées, particulièrement dans l’Artibonite, la plaine des Cayes et
certains petits périmètres irrigués dans les départements du Nord (St Raphael), Nord‐Est (périmètre
de Ferrier) et des Nippes. On cultive également un peu de riz pluvial et du riz dans les fonds de
vallées des montagnes humides du Nord et du Nord‐Est. Environ 60 pour cent de la production
nationale du riz est obtenue dans la Vallée de l’Artibonite, principalement cultivé durant la
campagne d’été. Les membres de l’enquête ont pu observer des champs de riz en croissance ainsi
que la préparation des sols et les activités de transplantation de la campagne d’été. La variété TCS‐
10, introduite de Taiwan il y a une décennie, domine maintenant (80 pour cent) les variétés de riz
cultivés dans la Vallée. De nouvelles variétés sont introduites avec des résultats prometteurs. Le riz
est, de loin, la céréale la plus consommée en Haïti. La production de riz est en concurrence direct
avec le riz importé principalement des Etats‐Unis, qui représente environ 4/5 du riz consommé en
Haïti.
La campagne de riz de printemps, qui représente normalement 28 pour cent de la production
annuelle, a été compromise par le retard du démarrage de la saison et le manque d’eau dans les
réseaux d’irrigation. Les zones les plus touchées sont les départements du Nord‐Est et du Nord. Par
contre, la situation est moins sévère au sud. Le manque d’engrais n’a pas affecté la production de riz
de printemps dans les zones de production secondaires car, semble t’il, les stocks de l’année
précédente ont été suffisant. Ainsi, dans ces zones où l’eau a été suffisante, la campagne a été
bonne. Toutefois, dans les zones principales de production, le manque d’engrais s’est fait ressentir.
Des inondations ont affecté la production de riz à Cavaillon dans le département du Sud.
Pour la campagne d’été, qui représente normalement 53 pour cent de la production annuelle, la
disponibilité en eau des réseaux d’irrigation est généralement bonne. Cependant, la production de
riz intensif est compromise par une diminution de la disponibilité d’engrais sur les marchés qui
s’accompagne d’une hausse considérable des prix. Bien que pour les estimations de production,
l’enquête a émis l’hypothèse d’une amélioration de la disponibilité en septembre. Cependant, ces
retards sont particulièrement inquiétants car beaucoup de cultures auront atteint leur stade
végétatif critique du tallage et de la floraison, et sans application d’engrais, la production chutera
fortement par rapport à 2010. Les autres facteurs de production dans l’Artibonite ne sont guère plus
favorables ; les diverses initiatives de distribution d’intrants à crédits ‐ dans le cadre du projet ODVA‐
PIA et du projet tripartite Vénézuela‐Cuba‐Haïti – n’ont pas été renouvelée en 2011. La disponibilité
de machines agricoles pour la préparation des sols – à travers l’ODVA – a diminué de 60 pour cent
par rapport à 2010. En effet, la plupart des machines agricoles fournies dans le cadre d’une
coopération Venezuela et l’Iran sont maintenant soit en panne par manque de pièces de rechange,
soit elles ont été transférées dans d’autres départements. Par contre 200 nouveaux motoculteurs de
fabrication chinoise ont été distribués ce printemps à diverses associations. Cependant, cette
contribution est insuffisante et le manque de machines agricoles résulte en un retard des
transplantations de riz d’été et une augmentation de près de 70 pour cent des coûts de location des
machines agricoles9. L’augmentation du prix du carburant contribue également à cette hausse des
coûts de location. Finalement, la diminution des travaux HIMO par rapport à 2010, résulte en un
moins bon drainage des terres rizicoles. Par contre, les productions marginales de riz pluviale d’été
dans les montagnes humides du Nord‐Est et de la Grande Anse est prometteuse en raison des
bonnes pluviométries (annexe III).
9
En 2010, les producteurs de riz payaient 1200 Gd pour la location des machines nécessaires à la préparation
d’un hectare de terre pour la transplantation de riz. Cette année, le prix a passé à 2000 Gd/ha.
19
Ainsi, les membres de l’enquête estiment que la production de riz paddy diminuera
considérablement, soit 17 pourcent, par rapport à 2010. L’estimation de production pour la
campagne principale d’été est de 60 200 tonnes. Considérant, une saison d’automne/hiver normale,
soit similaire aux deux dernières années, la production totale de riz pour la campagne de
commercialisation de juillet/juin 2011‐12 est estimée à 120 300 tonnes.
Légumineuses
Les légumineuses cultivées en Haïti comprennent principalement le haricot (Phaseolus vulgaris L.),
les pois et l’arachide. Les légumineuses (haricot et pois) sont le plus souvent cultivées en association
avec le maïs. Le haricot est la principale légumineuse cultivée et regroupe deux types en Haïti : le
haricot noir préféré par un groupe de consommateur pour sa réputation de haute teneur en fer alors
que le haricot rouge est consommé par tous les consommateurs. Le haricot est cultivé presque
partout dans le pays ; plaines, montagnes et mornes humides et sèches et souvent les conditions
climatiques sont généralement défavorables (température parfois trop élevée, abondance de pluies
lors de la maturation du grain, parfois sécheresse trop prolongée, vent trop forts et attaques de
nuisibles). Le pois congo est une plante arbustive tropicale et rustique qui résiste très bien non
seulement à la sécheresse grâce à son système racinaire puissant et profond, mais aussi aux
maladies. Le pois congo est principalement cultivé dans les zones frontalières avec la République
Dominicaine, dans les départements du Sud‐Est, Centre et Nord‐Est. Dans les villes, le pois congo est
surtout consommé vert, mais en milieu rural, sa consommation se fait tant sous forme de pois vert
que sec. La production d’arachide se retrouve dans tous les départements, mais se concentre dans
les zones plus sèches, notamment dans le Centre, le Nord‐Est, le Nord‐Ouest et le Sud. En Haïti,
l’arachide, appelée pistache, est une culture appréciée à forte valeur marchande.
En année normale, la campagne de printemps représente près de la moitié de la production annuelle
des légumineuses. Comme elles sont plantées en grande partie sous régime pluvial, les pluies ont
une grande influence sur les surfaces emblavées et la production. Cette année, le haricot, a été
fortement endommagé, d’une part par le retard des pluies qui a résulté en une diminution
importante des cultures, surtout dans les zones plus chaudes de basse élévation, et d’autre part aux
fortes pluies de fin mai et début juin. C’est surtout le haricot planté en mars‐avril qui a été le plus
fortement touché car les pluies ont provoqué des germinations sur pied au moment des récoltes ou
alors une mauvaise floraison par excès d’eau sur les cultures moins avancées. Les conditions
climatiques ont également été favorables à la mosaïque dorée. On note toutefois une augmentation
de la production de légumineuses par rapport à 2010 dans l’Artibonite, l’Ouest et le bas plateau
Central (annexe III).
Ainsi, l’enquête estime que la production de légumineuses de printemps au niveau national baissera
considérablement par rapport à 2010. On notera qu’en 2010, le haricot avait été également affecté
par de fortes pluies en juin. L’estimation de production pour la campagne de printemps est de 85
100 tonnes. Considérant, une saison d’été et d’automne/hiver normale, soit similaire aux deux
dernières années, la production totale de légumineuses pour la campagne de commercialisation de
juillet/juin 2011‐12 est estimée à 186 300 tonnes.
Banane plantain
La banane plantain est cultivée en monoculture, principalement dans les périmètres de l’Arcahaie,
Jean‐Rabel, Petit Goave et la Grand‐Rivière du Nord ainsi que la plaine côtière au Nord. Cependant,
dans les montagnes et mornes humides, la banane plantain est cultivée dans les systèmes agro‐
forestiers à étages, communément appelés ‘jardins créoles’, en association avec les tubercules, le
café et les fruits (avocat, chadèque, cacao, noix de coco, etc…). Dans la presqu’île du sud et dans le
nord‐ouest, les bananeraies ont été fortement endommagées par les cyclones Thomas en novembre
2010 (rapport CNSA). Au sud, ces bananeraies ont toutefois été entièrement réhabilitées par les
producteurs. Les vents avaient endommagés les plantes adultes et en végétation avancée. Ainsi, la
réhabilitation s’est concentrée sur la coupe des plantes endommagées et l’éclaircissage pour que les
20
jeunes pousses puissent se développer pleinement. Avec le rajeunissement des plantations, la
production des bananeraies réhabilitées arrivent donc de façon plus synchronisée au printemps
2011. Ainsi, dans les zones principales de production telles que la Grande Anse et le Sud, la
production de banane va augmenter cette année par rapport à 2010. Dans les départements au nord
de Port‐au‐Prince, la production de banane a par contre été affectée par la longue période sèche
due au retard considérable des pluies de printemps (annexe III). Ce retard n’a semble‐t‐il pas affecté
les bananeraies des périmètres irrigués, sauf à St Louis du Nord. La maladie de la Sigatoka noire
continue à faire des dégâts sur la culture de la banane. Ainsi, l’enquête estime que la production de
banane plantain de printemps augmentera par rapport à 2010. L’estimation de production pour la
campagne de printemps est de 101 200 tonnes. Considérant, une saison d’automne/hiver normale,
soit similaire aux deux dernières années, la production totale de banane plantain pour la campagne
de commercialisation de juillet/juin 2011‐12 est estimée à 233 000 tonnes.
Tubercules
Les tubercules cultivés en Haïti comprennent principalement le manioc, l’igname et la patate douce.
La patate douce est cultivée en monoculture ou en association en zones de montagnes humides et
de mornes plus sèches alors que le manioc préfère les zones plus sèches (principalement le Nord‐
Est). Le taro (malanga et mazombel) cultivés principalement dans les systèmes agro‐forestiers de la
Grande Anse, du Nord et d’une partie du Nord‐Ouest. La pomme de terre est, elle, cultivée sur les
hauteurs de Port Au Prince.
Dans les zones de montagnes humide du Nord, de l’Ouest et du Sud‐Est, la production du tubercule
a généralement été favorable, car les pluies, bien que tardives, n’ont pas été excessive, ce qui est
généralement un facteur limitant. Malgré le retard, la patate douce a généralement été favorisée
cette année par des pluies supérieures à la normale, surtout dans les zones de mornes sèches de
l’Artibonite. Pour le manioc, plus résistant au sec, la situation est généralement similaire à celle de
2010. Par contre, le retard des pluies dans le Nord et le Nord‐Est à causé des diminutions
importantes des plantations d’igname, qui se plantent généralement au printemps. Dans la Grande
Anse, l’ouragan Thomas (novembre 2010) a fortement impacté la production d’igname qui est le
principal tubercule cultivé dans le département (annexe III). Les forts vents ont en effet endommagé
et cassé les tiges d’ignames sur tuteurs. Ceci a causé des retards importants de développement des
tubercules et ainsi une diminution des récoltes au printemps 2011. Cependant, on s’attend à une
augmentation des récoltes en automnes/hiver 2011/12, dès mi‐septembre, car les tubercules non
récoltés ce printemps arriveront à maturité. Dans la Grande Anse ainsi que la section‐communale de
Limbe au Nord, les tubercules sont par endroits endommagés par les fourmis envahissantes. On note
également que la production de taro principalement dans les départements du Sud a souffert
grandement depuis plusieurs années d’attaques de phytophtora.
Ainsi, l’enquête estime que la production de tubercules de printemps est inférieure à celle de
printemps 2010. L’estimation de production pour la campagne de printemps est de 714 100 tonnes.
Considérant, une saison d’été et d’automne/hiver normale, soit similaire aux deux dernières années,
la production totale de tubercules pour la campagne de commercialisation de juillet/juin 2011‐12 est
estimée à 1 465 000 tonnes.
3.7.2 Estimation de la production de l’année 2011/12
Les tableaux 5 et 6 ci‐dessous présentent les estimations de production pour l’année commerciale
juin/juillet 2011/12 ainsi que les comparaisons par rapport à 2010/11. Les estimations de la
campagne de printemps ont été directement évaluées par l’enquête tandis que pour les campagnes
d’été et d’automnes/hiver, qui n’ont pas pu être évaluées au moment des visites de terrain,
l’enquête anticipe des récoltes similaires à la production moyenne des deux dernières années. Ainsi,
à l’échelle nationale la production d’aliments de base 2011/12 sera bonne mais inférieure de 6 pour
cent comparativement à 2010/11.
21
Tableau 5 : Estimation de production pour l’année commerciale 2011‐12 (tonne)
2011‐12
Cultures Printemps Eté Automne/Hiver Total
Céréales 286 800 209 300 111 100 607 200
Riz 33 200 60 200 26 900 120 300
Mais 178 600 110 300 60 100 349 000
Sorgho 75 000 38 800 24 100 137 900
Légumineuses * 85 100 42 800 58 400 186 300
Banane Plantain ** 101 200 75 100 55 700 232 000
Tubercules 714 100 323 900 427 000 1 465 000
* Légumineuses : haricot, pois congo, pois inconnu, arachide
** Tubercules : manioc, igname, patate douce, taro, pomme de terre
Tableau 6 : Comparaison de l’estimation de production pour l’année commerciale 2011/12,
comparée à 2010/11
2010/11 2011/12 Différence
Cultures Total Total %
Céréales 651 375 607 200 ‐7
Riz 141 075 120 300 ‐15
Mais 364 500 349 000 ‐4
Sorgho 145 800 137 900 ‐5
Légumineuses 203 742 186 300 ‐9
Banane Plantain 73 333 77 333 5
Tubercules 442 942 418 571 ‐6
Total en EC 1 371 393 1 289 405 ‐6
3.7.3 Zones identifiées pour des achats locaux de nourriture
Dans certaines zones, la production vivrière a été particulièrement favorable cette année et
permettrait des achats locaux de type P4P. Les régions suivantes ont été identifiées pour le maïs:
• Département de l’Artibonite (Haut) : Très bonne récolte en perspective (contrairement à 2010).
La commercialisation des produits locaux se fera probablement dès la mi‐septembre.
• Zone de St Raphael, La Victoire, Dondon (département du Nord): Très bonne récolte en
perspective (meilleure qu’en 2010 qui avait également été une bonne année dans la zone). La
commercialisation des produits locaux se fera probablement dès la deuxième semaine
septembre.
• Zone des Cayes : Bonne récolte en perspective (presqu’aussi bonne qu’en 2010).
En ce qui concerne le pois noir, les zones suivantes ont été identifiées:
• Département du Nord : Dondon et une partie de partie de Milot.
• Département du Nord‐Est : Mont Organisé, Carice, Montbin Crochu et Vallières.
• Département de l’Artibonite : Marmelade.
• Département de l’Ouest : Léogane, Grand Goave et Petit Goave.
Le prix du pois noir est au plus bas depuis 5 ans dans certaines zones des montagnes humides du
Nord‐Est, du Nord et de l'Artibonite (zones moins touchées par les périodes de sec). Durant les
visites de terrain, une marmite de pois noir se vendait 100‐105 Gd au détail dans les zones de
production, contre 150‐160 à Port‐au‐Prince.
3.8 Elevage
L’élevage, et en particulier l’élevage de caprins, est une activité économique importante pour les
populations rurales et en particulier dans les montagnes/mornes sèches car elle permet la mise en
valeur de ces zones moins fertiles. Le bétail est une source importante de revenus pour tout les
ménages agricoles et agit comme une réserve financière pour faire face à des dépenses imprévues
où des frais tels que les frais scolaire (en particulier pour la rentrée des écoles). L’élevage de porcs
22
est surement l’activité la plus rentable, cependant les épidémies porcines sont si fréquentes qu’elles
font peser un risque majeur sur cette activité. La maladie de Teshen a apparemment détruit une
bonne partie du cheptel de porcs et beaucoup de ménages redoutent d’investir à nouveau dans
l’élevage porcin. Les poulets sont sensibles à la maladie de New Castle et sont facilement emportés
par les rapaces. Les caprins sont de loin les animaux les plus résistants aux maladies et les plus
robustes. Cependant, la recrudescence de vols organisés de bétails transfrontaliers avec la
République Dominicaine et certains groupes criminels basés à Port au Prince décourage les
producteurs de s’adonner pleinement à l’élevage. Ainsi, on a relevé une tendance de limiter
l’élevage à la proximité des habitations où un control peut se faire plus efficacement par les familles.
Cette année, grâce une diminution généralisée de la pression des maladies et la bonne disponibilité
en herbage depuis juin, les membres de l’enquête anticipent une légère augmentation du nombre
de tête bétail durant la campagne 2011/12. Cependant, les ventes de bétail plus importantes ce
printemps, qui ont été nécessaire pour combler les besoins financiers pour acheter la nourriture sur
les marchés ‐ en raison du retard des pluies ‐ entrainera une diminution temporaire du cheptel.
Selon les observations de terrain des membres de l’enquête, le bétail est généralement en bonne
condition. Cependant, dans la plaine sèche du Nord‐Est, la période particulièrement sèche de
novembre 2010 à août 2011 a provoqué une diminution du cheptel en raison d’un manque fourrage
et d’approvisionnement en eau et des ventes du au stress économique des ménages. La condition
physique du bétail dans les plaines sèches et la disponibilité en fourrage étaient mauvaise lors des
visites de terrain (mi‐août). Toutefois, les pluies survenues lors du passage de l’ouragan Irene au
large d’Haïti permettra aux pâturages de se régénérer.
3.9 Pêche
Haïti bénéficie d’un grand potentiel de pêche avec une côte longue de 1 770 km et de 22 000 ha de
plan d’eau. Pourtant, la production de poisson reste faible de l’ordre de 16 000 tonnes par an dont
400 tonnes produites par l’aquaculture. Haïti importe chaque année du poisson et des fruits de mer
pour répondre aux besoins des marchés locaux. Les activités de pêche occupent à temps plein ou
partiel environ 52 000 familles, qui pratiquent une pêche artisanale utilisant des équipements
rudimentaires de faible productivité. Les embarcations de très petite taille (sans moteur) ne
permettent pas l’exploitation de ressources éloignées de la côte, ce qui résulte en surexploitation
des ressources poissonnières proche de la côte. Aussi, la dégradation des écosystèmes côtiers de
mangroves diminue les niches écologiques de reproduction. Pour ces raisons, l’économie de la petite
pêche Haïtienne est en régression et les pêcheurs représentent un groupe particulièrement
vulnérable. Cette année, la production de pêche a fortement régressé en raison de l’ouragan
Thomas qui a causé de lourdes pertes sur le matériel de pêche, surtout dans les départements de la
Grande Anse, des Nippes et du Nord‐Ouest. Dans ces deux départements, la disponibilité en poisson
sur les marchés locaux est sensiblement en dessous de 2010.
4. BILAN VIVRIER PREVISIONNEL JUILLET 2011/JUIN 1012 (PROVISOIRE)
Le bilan de l’offre et de la demande vivrière pour la campagne de commercialisation 2011/12
(juillet/juin), présenté dans le tableau 7, considère les produits suivants: blé, maïs, sorgho, riz,
légumineuses10, banane plantain et tubercules11. Ces produits assurent environ 63 pour cent des
calories consommées, le reste est fourni par le sucre, les huiles végétales, les fruits, la viande et le
lait. Le bilan est basé sur les estimations de production présentées plus haut ainsi que les
hypothèses et conclusions suivantes:
10
Les légumineuses comprennent le haricot sec, l’arachide, le pois congo et le pois inconnu.
11
Les tubercules comprennent le manioc, l’igname, la patate douce, le taro ‘Malanga’, le taro ‘Mazombel’ et la
pomme de terre.
23
• L’enquête projette la population du pays à environ 10 500 000 personnes à la mi‐201212.
• La production totale de céréales, légumineuses, banane plantain et tubercules est estimée à
environ 1.29 million tonnes (légumineuses, tubercules et banane exprimés en équivalent
céréalier‐EC). Le coefficient de conversion en équivalent céréalier utilisé est de 1/3 pour la
banane plantain et 1/3.5 pour les tubercules. La production annuelle totale comprend le cumul
des 3 campagnes agricoles. L’enquête fait l’hypothèse d’une campagne d’été et d’automne/hiver
sans accident climatique et dans la moyenne de production des 2 dernières années (2009‐2010).
Pour le riz d’été l’enquête a toutefois permis de faire des estimations de production. Ainsi, selon
le déroulement des campagnes d’été et d’hiver, la production totale finale pourrait être
légèrement différente.
• En raison du retard considérable de la saison cette année, ainsi que du retard de l’entrée en
production des tubercules et des bananes plantains, à la suite des dégâts causés par l’ouragan
Thomas, l’enquête suppose que le niveau des stocks a diminué entre le début et la fin de l’année
commerciale. Le stock au niveau des ménages visités sur le terrain est considérablement
inférieur à celui de 2010 à la même époque. L’enquête estime un changement de stock de 71
000 tonnes EC.
• Les besoins alimentaires par habitant sont calculés sur la base d’une consommation annuelle par
habitant de 60 kg de riz, 27 kg de maïs, 14 kg de blé, 6 kg de sorgho et 25 kg de légumineuses. En
outre, la consommation par tête de bananes et de tubercules est estimée à 18 kg et 88 kg
respectivement (6 et 25 kg exprimé en EC).
• Les besoins en semences sont estimés à environ 46 000 tonnes sur la base des doses moyennes
de semis dans le pays: environ 80 kg par ha pour le riz, 27 kg par ha pour le maïs, 13 kg par ha
pour le sorgho, 40 kg par ha pour les légumineuses.
• L’enquête projette la consommation animale à environ 57 000 tonnes de céréales
(essentiellement du sorgho et une petite quantité de maïs) et 18 000 tonnes de tubercules (du
manioc essentiellement) ;
• Les prévisions de pertes post‐récoltes et autres usages sont de 165 000 tonnes pour les céréales
et les légumineuses, soit environ 22 pour cent pour les céréales et 17 pour cent pour les
légumineuses. Elles sont estimées à 19 pour cent pour les tubercules;
• Les importations de blé, riz et légumineuses sont estimées sur la base des données officielles de
l’Administration Générale des Douanes‐AGD. Il faut noter que ces statistiques ne concernent
que les bureaux du port, de l’aéroport de Port‐au‐Prince et de Malpasse, soit 3 des 20 bureaux
répertoriés en Haïti. Selon l’ADG, les 3 bureaux considérés comptent pour environ 92 pour cent
de toue la perception en douane. Cependant, comme la majorité des importations de maïs et de
banane plantain proviennent de la République Dominicaine où arrivent directement sur d’autres
points de douane, les estimations de ces deux produits sont établies sur la base des visites de
terrain ainsi que des entretiens avec des importateurs.
• Les exportations et réexportations (vers la République dominicaine) sont estimées à 10 000
tonnes de céréales et 30 000 tonnes de légumineuses;
• Les besoins d’importations de céréales, légumineuses et banane plantain pour la campagne de
commercialisation 2010/11 (juillet/juin) sont estimés à près de 910 000 tonnes EC,
essentiellement du riz, du blé, du maïs et des légumineuses. L’enquête estime que le pays
pourra importer environ 740 000 tonnes par voie commerciale. Le déficit non couvert est estimé
à 170 000 tonnes.
12
Le dernier recensement démographique a été effectué en 2003 par l’Institut haïtien de statistique et
d’Informatique qui a estimé la population à 8.37 millions d’habitants. Selon les dernières projections officielles,
la population est estimée, en 2011, à 10 360 000 personnes; sur la base du taux de croissance démographique
moyen par an, qui est de 2.75 pour cent, l’enquête projette une population de 10 500 000 personnes pour la
mi‐2012.
24
Tableau 7 : Bilan vivrier prévisionnel 2011/12 (juillet/juin) (en millier de tonnes)
Légumi‐ Céréales + Bananes Tubercules Total
Blé Mais Sorgho Riz neuses légumineuses (EC) (EC) (EC)
Disponibilités intérieures 0 332 131 120 177 760 73 385 1 218
Variations de stocks 0 ‐17 ‐7 ‐9 ‐34 ‐4 ‐33 ‐71
Production 0 349 138 120 186 794 77 419 1 289
Utilisation totale 147 388 132 671 332 1 669 75 385 2 129
Consommation alimentaire 147 284 63 630 263 1 386 63 263 1 712
Semences 0 7 1 5 7 21 25 46
Alimentation animale 0 20 37 0 0 57 0 18 75
Pertes et autres usages 0 77 30 26 32 165 12 80 256
Exportations et réexportations 0 0 0 10 30 40 0 0 40
Besoins d'importation 147 56 1 551 155 909 1 0 910
Importations commerciales prévues 119 40 0 440 140 739 1 0 740
Déficit à couvrir 28 16 1 111 15 170 0 0 170
25
5. EVOLUTION DE LA PRODUCTION VIVRIERE PAR COMMUNE
Dans le cadre de l’enquête, les responsables de BAC ont été mis à contribution pour fournir leurs
meilleures estimations de la proportion des 6 cultures/groupes de cultures vivrières pour toutes les
communes du pays. Ces cultures incluent le maïs, le sorgho, le riz, les légumineuses13, la banane
plantain et les tubercules14. Ces proportions ont permis de calculer les effets combinés de la
performance des différentes cultures vivrières au niveau communale. Cette performance cumulée
est exprimée en Equivalent Céréale‐EC. La carte 1 illustre la performance de la campagne agricole de
printemps 2011. Ces données permettent d’identifier les communes où la production vivrière a
fortement diminué par rapport à 2010 et dont l’enquête anticipe une diminution de la disponibilité
alimentaire et par conséquent une détérioration de la sécurité alimentaire durant les prochains
mois. Les zones particulièrement touchées sont le département du Nord‐Est (surtout Fort Liberté,
Ferrier, Caracol et Terrier Rouge), certaines communes du Nord (Port Margo, Bas Limbe et Limbe), la
commune de St Louis du Nord et l’île de la Tortue dans le Nord‐Ouest, le haut plateau central et la
zone de l’Arcahaie, Cabaret et Gressier dans l’Ouest.
Carte 1 : Changements de la production vivrière en Equivalent Céréales par rapport à 2010 et par
commune
Changements de la production vivrière en EC par Commune, par rapport à 2010
N
W E
S
Légende
Limites des Départements
Performance de la Campagne de Printemps
< 50% - Forte diminution par rapport à 2010
50-70% - Diminution marquée par rapport à 2010
70-90% - Diminution par rapport à 2010
90-110% - Même condition par rapport à 2010
110-130% - Augmentation par rapport à 2010
>130% - Forte augmentation par rapport à 2010
Non Cultivé - Négligeable
Source: Limites administratives, CNIGS
13
Légumineuses : haricot, pois congo, pois inconnu, arachide.
14
Tubercules : manioc, igname, patate douce, taro, pomme de terre.
26
6. ANALYSE DES MARCHES
Haïti est un pays à déficit vivrier largement tributaire des importations vivrières du marché
international. Ces importations représentent 53 pour cent de la consommation alimentaire, dont le
riz à lui seule représente 60 pour cent des importations vivrières. Par conséquent, le prix de ces
denrées est un facteur clé pour l’accès à la nourriture de la majorité des Haïtiens. Lors de visites de
terrain (5‐13 août), tous les marchés visités sont bien approvisionnés en produits vivriers, dont la
provenance était en vaste majorité en produits importés. Les seules marchés bien approvisionnés en
produits locaux ont été observé dans la Grande Anse, avec majoritairement les bananes plantains et
les fruits de l’arbre véritable. Le pois noir local est présent sur les marchés, là où la production a été
bonne ce printemps, soit dans les montagnes humides du Nord, du Nord‐Est et de l’Ouest. La très
faible proportion de produits vivriers locaux sur les marchés est due au retard des récoltes de la
saison de printemps 2011 ainsi qu’à l’échec du riz de printemps dans certaines zones de production
(Nord‐Est, Nord).
6.1 Riz
Le riz est, de loin, la céréale la plus consommée en Haïti et donc son prix influence grandement
l’accès à la nourriture de la population. La production de riz est en concurrence direct avec le riz
importé, principalement des Etats‐Unis, qui représente plus du 4/5 du riz consommé en Haïti. Ainsi,
les prix du riz sur les marchés internationaux influencent directement les prix sur les marchés
Haïtiens. Sur les marchés situés le long de la frontière avec la République Dominicaine, on remarque
une offre croissante de brisure de riz cabecite, vendue à un prix environ 40 pour cent moins cher que
le riz importé15. L’importance du riz cabecite a augmenté de façon significative par rapport à 2010
dans le département du Centre, suggérant une réduction du pouvoir d’achat de la population,
Le secteur des importations de riz est contrôlé par 4 ou 5 importateurs qui couvrent près de 70 pour
cent des importations. Il s’agit toutefois d’un marché dynamique, avec de gros joueurs qui
disparaissent et de nouveaux qui arrivent. Les importateurs ne détiennent pas de stocks significatifs
et font venir le riz sur commande des grossistes. Ils répondent ainsi directement à la demande
effective et les importations sont échelonnées sur l’année. Les autres acteurs du circuit de
distribution du riz importé sont les grossistes, les semi‐grossistes et les détaillants. Environ une
dizaine de grossistes se partagent le marché de Port‐au‐Prince. Ces grossistes sont ceux qui gèrent
des stocks importants et ont plus d’influence sur les prix.
Le marché haïtien du riz apparaît fortement segmenté :
• En zone rurale, et particulièrement dans les régions productrices, comme la Vallée de
l’Artibonite, les populations locales consomment essentiellement le riz local « ordinaire » où
prédomine la variété TCS‐10 ainsi que les variétés ‘de qualité supérieure’ Sheila/Shelda qui sont
très prisées mais dont le prix est plus du double de celui du riz ordinaire. Le riz importé y est
également vendu, non seulement durant les périodes où les stocks de riz local sont faibles, mais
aussi durant les mois où le riz local abonde sur le marché.
• En zones urbaines, les populations consomment essentiellement du riz importé, riz à grain long
de type cristallin, qui satisfait leurs exigences en termes de goût et de qualité. Le riz importé
populaire est vendu 15 à 20 pour cent plus cher que le riz local de qualité comparable (figure 1
et tableau 8). Le manque d’infrastructures adéquates pour le décorticage du riz fait que le riz
local contient un taux de brisures trop élevé ainsi que trop d’impuretés (petites pierres, points
noirs, morceaux de bois, des grains non moulus, etc.). Ceci entraine des pertes de temps au
nettoyage du riz avant la cuisson et ainsi les consommateurs préfèrent le riz importé bien que
plus cher. Par contre, le riz local de qualité supérieure de type Sheila/Shelda est très apprécié
15
Le riz cabecite au début août était vendu 70 Gd/marmite contre 115‐120 Gd/marmite pour le riz long importé.
27
par les consommateurs plus aisés qui peuvent se permettre un prix de vente plus élevé que pour
le riz importés.
Tableau 8 : Comparaison des prix du riz ordinaire local et importé et du riz de qualité ‘Sheila’ en
juillet 2011 sur les 4 marchés principaux Haïtiens. Source : CNSA
Marchés Riz ordinaire ‐ Gd/marmite Riz qualité ‐ Différence –
Principaux Gd/marmite %
TCS‐10 Importé‐Riz long Sheila Sheila/TCS‐10 Sheila/Importé
Port‐au‐Prince 125 118 250 100 112
Cap Haïtien 103 ‐ 240 133 ‐
Gonaïves 119 150 250 110 67
Les Cayes 128 145 305 138 110
Cette année, le prix du riz importé (riz long) sur les marchés locaux est supérieur à 2010. Les prix
sont fortement influencés par les marchés internationaux (figures 10 et 11) à la hausse. Cette hausse
est principalement soutenue par les perspectives de changements de la politique de soutien des prix
en Thaïlande, le plus grand exportateur de riz au monde, ce qui pourrait entraîner prix à
l'exportation beaucoup plus élevée, ainsi que la perspective d'une forte réduction de la production
aux Etats‐Unis, le riz troisième fournisseur.
Figures 10 et 11: Prix du riz importé dans diverses localités de juillet 2008 à août 2011, ainsi qu’une
comparaison des prix du riz importé et local (TCS‐10) dans l’Artibonite. Sources : CNSA et FAO (prix
internationaux)
6.2 Maïs
Le maïs est une culture essentiellement autoconsommée par les producteurs eux‐mêmes, sous
forme de semoule. Sur les marchés, le gruau de maïs locale, appelé ‘maïs moulin pays’, tend à être
remplacé par le gruau de maïs concassé importé. Le gruau de maïs importé représente environ 1/10
du volume de riz importé. Cependant, l’épi de maïs frais appelé ‘maïs boucané’ devient une forme
de consommation en augmentation. Au moment des visites de terrains, et en raison du retard de la
saison agricole, plus de 90 pour cent du maïs moulin sur les marchés sont importés, principalement
de la République Dominicaine.
Les prix sur les marchés internationaux sont fortement à la hausse depuis juillet 2010, alors qu’ils
baissent quelque peu à partir de mai 2011, après que les Etats‐Unis ont révisés à la hausse les
estimations de surfaces emblavées ainsi que leurs stocks. Le prix du maïs en République Dominicaine
voisine était quant à lui nettement supérieur au prix international, avant de chuter depuis juin 2011
28
pour se rapprocher du prix international. Lors des visites de terrain, le maïs des Etats‐Unis était
vendu plus cher que le maïs Dominicains. Selon la base de données de la CNSA, le prix du maïs
moulin importé varie de façon importante dans le pays. En août, la base de données indiquent que
sur certains marchés le prix chute (Hinche, Les Cayes et le Cap Haïtien), alors que dans d’autre le prix
monte (Gonaïves, Port de Paix, PaP). De façon générale, les visites de terrain ont confirmées que le
prix du maïs moulin importés des Etats‐Unis augmente alors que le prix du maïs moulin Dominicains
diminue. Ainsi, selon le type de maïs moulin collecté sur les marchés par les enquêteurs, les
tendances sont différentes. Il ne s’agit donc pas d’une mauvaise intégration des marchés.
Le prix du maïs moulin local est nettement inférieur au maïs moulin importé, soit de 30 à 65 pour
cent selon les marchés en 2011. De plus, alors que le prix du maïs moulin importé à augmenté par
rapport à 2010, le prix du maïs moulin local à quand à lui diminué. C’est le seule produit vivrier à
avoir diminué, ce qui implique que les producteurs Haïtiens ne tirent aucun profit de la hausse des
prix sur les marchés internationaux ! L’annexe IV présente une série de figures qui illustre ces
différences sur divers marchés. Ceci est du à la présence de sous‐produits (téguments et germes) du
maïs et d’impuretés dans le gruau vendu ainsi que d’une granulométrie irrégulière (annexe I).
Lorsque le maïs local est bien nettoyé, son prix s’approche de celui du maïs importé. Cependant, cela
demande un travail fastidieux à la main et augmente les pertes (réduit le volume vendu) et donc peu
de vendeurs s’y attèlent. Parfois, les commerçants, voulant empocher la différence, mélangent un
peu de maïs local afin d’augmenter le volume du maïs importé à la vente! Ainsi, en raison
d’infrastructures de transformation obsolètes, le prix du maïs moulin local reste nettement inférieur
au maïs importé. Les producteurs Haïtiens doivent donc s’accommoder de prix de ventes plus bas
que leurs paires dans les pays voisins.
Figures 12 et 13 : Prix du maïs importé et local dans diverses localités de juillet 2008 à août 2011.
Source : CNSA
6.3 Pois noir et pois rouge
Bien que la culture du haricot rouge et noir soit sensible aux aléas climatiques, il bénéficie d’un
marché local très porteur. Durant la période de l’enquête, le pois noir est vendu, au détail, à un prix
variant entre 150 et 220 Gd/marmite, alors que le pois rouge varie de 150‐300 Gd/marmite sur les
marchés principaux. Ainsi, grâce à son prix élevé, sa vente représente une source de revenu
importante pour les producteurs. Avec la banane plantain, le pois est en fait le seul produit vivrier
consommé quotidiennement par la majorité de la population Haïtienne et qui maintien une position
concurrentiel vis‐à‐vis des importations. En effet, les producteurs de riz et de maïs local sont mal
rémunérés principalement en raison de l’absence d’une industrie de transformation adéquate. Le
haricot, quant à lui, peut être commercialisé sans passer par l’industrie de transformation. La culture
du haricot revêt donc d’une grande importance économique pour de nombreux ménages agricoles
29
Haïtiens. Ainsi, les années de mauvaise production, tels que les campagnes de printemps 2010 et
2011, ont des conséquences non négligeables sur la sécurité alimentaire des producteurs.
Le prix du pois noir sur les marchés Haïtiens est sensiblement plus élevé cette année qu’en 2010. La
base de données indique que les prix varient fortement entre les différents marchés du pays. Ceci
est en contraste marqué avec la stabilité des prix du pois noir durant les 3 dernières années en
République Dominicaine voisine. Cependant, les producteurs de haricot ne bénéficient pas toujours
de cette hausse des prix. En effet, l'état déplorable des routes en milieu rural rendent pratiquement
inaccessible plusieurs zones à fort potentiel de production durant la saison des pluies et représente
une forte contrainte à la commercialisation de produits vivriers. Les zones de montagnes humides,
principales zones de production du haricot, sont particulièrement affectées de part leur potentialité
agricole élevée et l’importance des pluies qui endommage les pistes rurales. Ainsi, sur les marchés
reculés, les prix diminuent considérablement lors de la récolte, privant les producteurs de leurs
revenus. Des achats locaux, dans les zones moins accessibles aux marchés, permettrait un transfert
de revenus qui contribueraient à améliorer la sécurité alimentaire des populations dans ces zones
(section 3.7.3).
6.4 Hausse des prix et incidence sur le pouvoir d’achat
Les prix des produits vivriers de base, mis à part le maïs moulin local, sont supérieurs sur les
marchés locaux par rapport à la même période en 2010. Le prix du carburant a fortement augmenté
par rapport à 2010. Comme la nourriture et les transports représentent les postes les plus
importants du panier de la ménagère. L’indice des prix à la consommation (IPC) de janvier à juillet
2011 et indique que l’inflation à augmenté de 9.5 pour cent en juillet 2011 par rapport à la même
période en 2010 (tableau 9).
Tableau 9 : Indice des prix à la consommation (IPC) de janvier à juillet 2011 (base août 04 =100).
Source : IHSI
Période Indice générale des Variation en pourcentage
2011 Prix à la mensuelle annuelle
Consommation
janvier 177.2 1.1 3.7
février 179.4 1.2 6.4
mars 181.7 1.3 7.2
avril 183.5 1.0 7.9
mai 184.7 0.7 8.4
juin 186.7 1.1 9.3
juillet 186.8 0.1 9.5
Les prix mondiaux des denrées alimentaires resteront élevés car le sous‐investissement dans
l'agriculture depuis des décennies a laissé le secteur agricole incapable de répondre à la demande
mondiale. L’aide à l'agriculture est tombée à 4.3 pour cent de l'aide totale en 2008 alors qu’elle
représentait 18 pour cent en 1979 (données du FIDA). Il est donc peut probable qu’une baisse
importantes des prix en 2011/12 viendrait améliorer l’accès à la nourriture du peuple Haïtien.
30
7. SECURITE ALIMENTAIRE
L’analyse de la situation de sécurité alimentaire en Haïti est basée sur, d’une part, l’analyse des
données de l’Enquête Nationale sur la Sécurité Alimentaire‐ENSA et diverses études conduites par
les intervenants humanitaires en Haïti et d’autre part les observations de terrain ainsi que les
résultats de l’enquête des récoltes présentées dans les sections précédentes.
Avec le soutien du PAM et d’autres partenaires dont la FAO, FEWS/NET, l'Université de Tulane (USA)
et l’UEH, la CNSA a réalisé une Enquête Nationale sur la Sécurité Alimentaire‐ENSA sur un
échantillon représentatif au niveau départemental de 3557 ménages pour évaluer les changements
et la situation actuelle sur l’ensemble du territoire. L’enquête à couvert tout les 10 départements du
pays ainsi que les zones de mode de vie. La collecte des données à été réalisée durant la période de
soudure en mai et juin 2011. L’analyse des données a été faite à Port‐au‐Prince.
La prévalence de l’insécurité alimentaire a été calculée sur la base de croisements de trois indices de
mesures, qui sont :
1. Score de consommation alimentaire (PAM)
2. Score de diversité alimentaire
3. Echelle de la faim
Le tableau 10 présente la grille de classification de l’insécurité alimentaire des ménages interrogés,
sur la base des réponses obtenues pour les trois indices. Le rapport de l’enquête ENSA fournit plus
de détails sur la méthodologie de mesure de l’insécurité alimentaire.
Tableau 10 : Croisements des trois indices utilisés pour le calcul de l’insécurité alimentaire Source :
ENSA
Cette méthode devrait permettre une estimation plus précise que par le passé de la prévalence de
l’insécurité alimentaire à l’échelle nationale et départementale. Les EFSA I et II (Emergency Food
Security Assessments, 2010) ont estimé la prévalence de l’insécurité alimentaire sur la base du score
de consommation alimentaire. Alors que la méthodologie est renforcée avec les divers indices
utilisés par l’ENSA 2011, une comparaison directe avec les résultats de l’EFSA I et II n’est applicable
que pour le premier indice calculé individuellement.
31
7.1 Résultats de l’Enquête Nationale de Sécurité Alimentaire – ENSA
7.1.1 Prévalence de l’insécurité alimentaire
Les résultats de l’ENSA indiquent que la prévalence de l’insécurité alimentaire reste très élevée et
qu’elle représente 45 pour cent de la population haïtienne, soit environ 4.7 millions d’individus.
Dans ce groupe, on retrouve environ 850 000 personnes, soit 8.2 pour cent de la population qui sont
en ‘insécurité alimentaire élevée’. Cette catégorie d'Haïtiens en insécurité alimentaire élevée se
retrouve en milieu rural et dans la zone métropolitaine de Port‐au‐Prince, consomme en moyenne
1.9 repas par jour et consacre 67 pour cent de leurs revenus à l'alimentation. Ce groupe
est extrêmement vulnérable aux chocs économiques et aux aléas naturels et se trouve dans le
besoin immédiat d’assistance de sécurité alimentaire.
Les 37 pour cent des ménages restant se trouvent dans une situation d'insécurité alimentaire
modérée. Les ménages de cette catégorie vivent principalement de la pêche, du charbon, des
transferts de ménages vivants en Haïti et de l'agriculture. Ils dorment pour la plupart hors de leur
maison où ils vivent majoritairement de travail agricole journalier. Ils restent très vulnérables et dans
le cas de chocs extérieurs, ils risquent de retomber dans la catégorie d’insécurité alimentaire élevée.
Figure 14 : Prévalence de l’insécurité alimentaire. Source : ENSA
Niveaux de sécurité alimentaire en Haiti 2011 en % de la population
40% 37.0%
33.7%
35%
30%
25%
21.1%
20%
15%
10% 6.1%
2.1%
5%
0%
Sécurité alimentaire Sécurité alimentaire Insécurité alimentaire Insécurité alimentaire Insécurité alimentaire
élevée modérée modérée élevée ‐récupérable élevée ‐ chronique
Il faut également noter que 34 pour cent de la population vit dans une sécurité alimentaire
modérée, une catégorie susceptible de passer à l'insécurité alimentaire en cas de chocs et de crises,
si les instances publiques et les organismes d'aide humanitaire n'interviennent pas en leur faveur.
7.1.2 Répartition géographique de l’insécurité alimentaire
Les départements de l'Artibonite (60.6 pour cent des ménages en insécurité alimentaire), du Nord‐
Ouest (57.7 pour cent), du Sud‐Est (51.4 pour cent), du Sud (45.8 pour cent) et du Centre (43.9 pour
cent) sont les plus affectés par l'insécurité alimentaire. Les raisons suivantes pourraient expliquer ces
tendances :
• Nord‐Ouest – Historiquement un département confronté avec des problèmes d’insécurité
alimentaire et de pauvreté qui est principalement lié à un environnement moins favorable à
l’agriculture (zone de mornes sèches). Les récoltes de printemps 2010 étaient mauvaises dans
les mornes sèches du département.
• Artibonite – Historiquement un département confronté avec des problèmes d’insécurité
alimentaire et pauvreté qui est principalement lié un environnement moins favorable à
l’agriculture pour les zones de mornes sèches et l’incidence d’inondations ayants causant des
dégâts considérables sur les infrastructures. Les récoltes du printemps 2010 étaient mauvaises
32
dans les mornes sèches (mais bonnes dans les secteurs irrigués). L’Artibonite fut également le
foyer du choléra en 2010.
• Sud‐Est – Ce département à été fortement touché par le séisme de janvier 2010. Les récoltes de
printemps 2010 étaient mauvaises dans la partie ouest du département.
• Centre – Historiquement un département confronté avec des problèmes d’insécurité alimentaire
et de pauvreté principalement lié à la faible fertilité des sols et l’enclavement de certaines
communes. Les récoles de printemps 2010 avaient également été mauvaises, surtout dans le
haut plateau central. Le Centre fut également l’un des foyers principaux du choléra en 2010.
Il apparaît donc que les 4 départements où les récoltes étaient mauvaises en 2010 ressortent
comme les départements les plus vulnérables (voir rapport CFSAM, 2010. www.fao.org). On peut
donc anticiper que la sécurité alimentaire va se dégrader dans les zones où les récoltes n’ont pas été
bonnes durant le printemps 2011 (voir section 7.4 ci‐dessous).
7.1.3 Profil des ménages en insécurité alimentaire
L’insécurité alimentaire est plus élevée dans la zone rurale (40.3 pour cent) mais reste aussi
préoccupante dans l’aire métropolitaine de Port‐au‐Prince (32.9 pour cent), spécialement chez les
ménages déplacés. Les zones directement affectées (31.6 pour cent) par le séisme sont moins dans
l’insécurité alimentaire que les zones non‐directement affectées (38.2 pour cent). Il probable que
l’assistance humanitaire qui s’est concentrée davantage sur les zones directement affectés aie réduit
l’incidence de l’insécurité alimentaire pour ce groupe de population.
Parmi les zones directement affectés par le séisme, on constate que la population déplacée (40.3
pour cent) reste plus dans l’insécurité alimentaire que la population résidente (31.6 pour cent). Ceci
est compréhensible en considérant que la population déplacée a une résilience plus faible et
requière plus de temps et ressources pour se remettre.
Les facteurs suivants apportent également des éclaircissements supplémentaires sur le profile des
personnes en ’insécurité alimentaire :
• Taille de ménage : ménages de 8 membres et plus sont en plus grande proportion dans
l’insécurité alimentaire ;
• Type d’emplois : les ‘journalier/travailleur occasionnel’ et ‘à compte propre’ ou ‘indépendants’
sont en plus grande proportion dans l’insécurité alimentaire par rapport aux "salariés" ;
• Sources de revenu ‐ Les ménages vivant principalement de la pêche, de la fabrication du
charbon, des transferts d'Haïti et de l’agriculture se retrouvent en plus grande proportion dans
l'insécurité alimentaire.
• Superficie moyenne des parcelles : l’accès à la terre est fortement lié à la situation alimentaire
des ménages agricoles. Les ménages en insécurité alimentaire disposent considérablement
moins de surface à cultiver.
• Taille de cheptel : L’insécurité alimentaire augmente avec la diminution de la taille du cheptel.
• Types de cultures : Les ménages qui cultivent des cultures de rente, tels que légumes, tubercules
et bananes sont moins en risquent d’insécurité alimentaire.
• Logement : Les ménages qui dorment en dehors de leur maison et ceux qui dorment dans un
campement se retrouvent en plus grande proportion dans l'insécurité alimentaire ;
Les personnes en insécurité alimentaires ont recours à des stratégies d’adaptation dites de ‘crise et
détresse’ tels que la réduction de la quantité et diversité des aliments consommés, la réduction du
nombre de repas journaliers où la consommation d’aliments moins couteux, tels que le riz cabecite
dans le plateau central.
33
7.2 Impact du retard de la campagne de printemps sur la sécurité alimentaire
Avec un retard généralisé des récoltes de 1.5 à plus de 2 mois, la période de soudure (figure 15) est
nettement plus longue que la normale. Ainsi les ménages, agricoles inclus, dans l’ensemble du pays
sont contraints à une forte dépendance des marchés pour leur approvisionnement en nourriture.
Dans toutes les communautés visitées, les stocks de nourriture de production locale sont très bas où
inexistant. Ce retard cause donc un stress économique considérable sur les ménages les plus
vulnérables. Les stratégies de survies les plus fréquentes incluent la vente de petit bétail, la
recherche d’emploi journalier et la production de charbon (en forte recrudescence dans les
départements du nord). Afin de limiter les dépenses pour se préparer à la rentrée scolaire, les
familles plus vulnérables limitent les nombre de repas journalier, ainsi que la diversité de la
nourriture consommée. Cependant, l’enquête estime que la situation de sécurité alimentaire
s’améliorera dès le début septembre lorsque toutes les zones commercialiseront les produits vivriers
de la campagne de printemps 2011.
Dans les zones fortement affectées par une longue période sèche (plaines du Nord‐Est), les ménages
ont adopté des stratégies de décapitalisation dangereuses alors que la consommation de nourriture
privilégie les enfants sur les adultes dont beaucoup survivent avec un repas de riz blanc par jour. La
décapitalisation du bétail dans la plaine agro‐pastoral sèche du Nord‐Est a atteint un point critique.
Ainsi, de nombreuses familles visitées dans la zone déclarent ne plus être en mesure de couvrir les
frais scolaires pour la prochaine rentrée d’octobre 2011.
Figures 15 : calendrier agricole simplifié et identification de la période de soudure. Source :
FEWS/NET
7.3 Situation Nutritionnelle
Les dernières données sur la nutrition (enquête SMART 2008‐09/2010) indiquent que la prévalence
de la malnutrition aiguë globale est sous le seuil d'urgence (10 pour cent) dans tous les
départements d'Haïti. Le niveau reste faible, à l’exception du Nord‐Ouest (6.2 pour cent), de la
Grand’ Anse (5.7 pour cent) et du Sud‐Est (5.0 pour cent) avec des taux de malnutrition aigüe sévère
élevée (plus de 1 pour cent) pour ces mêmes départements ainsi que le département du Centre. Les
taux de malnutrition aigüe peuvent se détériorer notamment pendant les périodes de soudure où
les disponibilités alimentaires s’épuisent et compte tenu de l’enclavement ou de la distance des
structures de santé. Dans les zones concernées, la prise en charge de la malnutrition est peu
développée.
Ces chiffres cachent toutefois des ‘poches de malnutrition’ dans les régions éloignées où population
n’a pratiquement pas d’accès aux soins de santé adéquats et vivent dans des conditions d'hygiène
précaires. L’ouragan Thomas de novembre 2010 a eu une incidence sur la malnutrition des enfants
de 6‐59 mois dans la Grande Anse. En effet, un dépistage rapide réalisé par Médecin Sans Frontière a
montré que la malnutrition aiguë globale (MAG) avait dépassé les 10 pour cents et la malnutrition
34
aiguë sévère (MAS) avait dépassé les 1 pour cent dans deux communes étudiées (tableau 11). Le
rapport indique que certains ménages auraient consommés un aliment, non comestible
habituellement, connu sous le nom de ‘Tayo Graté’ en vue de subsister par rapport à la situation de
pénurie alimentaire qui prévaut sur la zone. Un suivi sur la situation nutritionnelle dans la zone est
souhaitable.
Tableau 11: Prévalence de la malnutrition globale, modérée et aiguë dans 4 communes de la
Grande Anse. Source : Médecin du Monde, avril 2011
Communes MAM ‐ % MAS ‐ % MAG ‐ %
PESTEL 10.5 0 10.5
CHAMBALLAN 5.6 0 5.6
MORON 15.5 6.6 22.0
ABRICOTS 5 1.2 6.2
TOTAL 9.2 2 11.2
Dans la plaine agro‐pastorale sèche du Nord‐Est, le stress économique des ménages, suite à la
longue période sèche, pourrait avoir des incidences fortement négatives sur la situation
nutritionnelle. Dans le département du Centre (haut plateau central), une succession de deux
années consécutives de mauvaises récoltes laisse également présager d’une détérioration de la
situation nutritionnelle. L’enquête recommande de réaliser au plus vite une mission d’évaluation
nutritionnelle dans les communes les plus affectées de ces deux départements.
Quant à la malnutrition chronique, elle est élevée dans les départements du Centre et de la Grande
Anse (plus de 30 pour cent). Les taux restent proches de ce seuil et donc préoccupants dans
l’Artibonite (29.6 pour cent), le Nord (28.9 pour cent), le Nord‐Est et le Nord‐Ouest (avec un indice
de confiance de 95 pour cent). Ce sont aussi les départements les plus touchés par la malnutrition
chronique sévère (entre 7.2 et 11.7 pour cent). En plus d’une consommation alimentaire
insuffisante, les carences en micronutriments sont les facteurs qui contribuent fortement au retard
de croissance des enfants par la faible teneur de l’alimentation en vitamines et minéraux (iode
principalement).
7.4 Estimations des besoins additionnels d’assistance alimentaire
Dans toutes les régions du pays, les programmes actuels d’assistance de sécurité économique
devraient continuer comme prévu, en vue de toucher les populations déjà identifiées en insécurité
alimentaire. Toutefois, sur la base des observations sur la performance des récoltes de printemps
2011 l’enquête a identifié des besoins additionnels non couverts dans diverses zones rurales du pays
où la performance de la campagne agricole de printemps 2011 est mauvaise (voir section 7.2 et
carte 1 ci‐dessus). La zone la plus critique est celle de la plaine agro‐pastorale sèche du Nord‐Est où
une situation de sécurité alimentaire très précaire a été observée. Il faut également souligner que les
petits paysans de la zone du Plateau Central connaissent une deuxième année consécutive de
mauvaise récolte de printemps. La situation de sécurité alimentaire, surtout dans le haut plateau
central deviendra critique cette année. En plus des données de l’ENSA, certain indicateurs tels que la
consommation accrue de riz cabecite sur les marchés indique une détérioration de la situation.
Le tableau 12 présente une estimation des populations en insécurité alimentaire modérée dont
l’enquête estime qu’elles glisseront en insécurité alimentaire élevée en raison de la mauvaise
performance des cultures vivrières de printemps 2011. Ces effectifs représentent environ 230 000
personnes qui nécessitent une assistance de sécurité alimentaire. Une assistance sous forme de
projet HIMO est particulièrement adaptée pour ce groupe de population. Cette assistance
recommandée pour ces ménages ne devrait ni se substituer, ni compléter une assistance alimentaire
qui serait déjà fournie dans le cadre des interventions en cours. Ces effectifs viennent donc s’ajouter
35
aux bénéficiaires qui font déjà l’objet d’une planification des activités d’assistance de sécurité
alimentaire au moment de l’enquête ENSA.
Tableau 12 : Besoin additionnelles d’assistance alimentaire pour les zones de mauvaises récoltes
au printemps 2011 (IA = Insécurité Alimentaire) 16
Proportion (%) de
Proportion Population la population en IA
(%) en IA en IA modérée dont la Population
Population modérée ‐ modérée ‐ situation risque de supplémentaire
Département Commune total * ENSA ENSA se détériorer en IA élevée
Thomonde 58 500 35.9 21 002 70 14 701
Hinche 114 300 35.9 41 034 70 28 724
Thomassique 59 800 35.9 21 468 70 15 028
Cerca la Source 53 400 35.9 19 171 70 13 419
Centre Cerca Caravajal 22 000 35.9 7 898 70 5 529
Ferrier 13 800 29.3 4 043 100 4 043
Fort Liberté 32 500 29.3 9 523 100 9 523
Terrier Rouge 29 000 29.3 8 497 70 5 948
Nord‐Est Caracol 7 300 29.3 2 139 70 1 497
Port Margot 46 100 28.9 13 323 70 9 326
Bas Limbe 19 700 28.9 23 207 70 16 245
Nord Limbe 80 300 28.9 5 693 70 3 985
St Louis du Nord 110 700 48.8 54 022 80 43 217
Nord‐Ouest La Tortue 37 000 48.8 18 056 70 12 639
Arcahaie 124 500 33.4 41 583 60 24 950
Cabaret 65 200 33.4 21 777 70 15 244
Ouest Gressier 34 800 33.4 11 623 70 8 136
TOTAL 895 100 324 057 232 154
* Source: Institut haïtien de statistique et d'informatique (projections de la population de 2011).
16
L’enquête estime que :
• 70 pour cent des populations se trouvant en insécurité alimentaire (IA) modérée dans les communes
dont la performance de la campagne de printemps est ‘50‐70 % ‐ Diminution marquée par rapport à
2010’ (zones brunes de la carte 1), passeront en IA élevée. Les zones du plateau central qui ont connu
une mauvaise récolte en 2010 et qui se trouve dans la classe ’70‐90 % ‐ Diminution par rapport à
2010’ ont également été inclus dans ce groupe en raison de la succession de mauvaises récoltes. 80
pour cent est considéré pour St Louis du Nord en raison de la situation plus difficile sur la cote. 60
pour cent est considéré pour l’Arcahaie car une partie de la commune est moins affectée.
• 80 à 100 pour cent des populations se trouvant en insécurité alimentaire (IA) modérée dans les
communes dont la performance de la campagne de printemps est ’50 % ‐ Forte diminution par
rapport à 2010’ (zones rouges de la carte 1), passeront en IA élevée.
36
8. PRINCIPALES RECOMMANDATIONS
Afin de répondre à la fois à l’urgence de l’insécurité alimentaire élevée et les besoins de nutrition,
mais aussi de traiter les facteurs sous‐jacents de l'insécurité alimentaire, qui en partie, trouve leur
origine dans la faible productivité du secteur agricole, une combinaison de mesures à court et à
moyen terme est nécessaire. Les interventions d’amélioration de la sécurité alimentaire doivent être
soutenues par des structures étatiques et humanitaires.
8.1 Recommandations d’interventions au niveau macro‐économique
Investissements dans le secteur agricole
Haiti est confrontée à des défis considérables pour rétablir un secteur agricole comme moteur de
croissance et d’amélioration de la sécurité alimentaire. Une augmentation des investissements dans
le secteur agricole afin d’en améliorer la productivité est un préalable nécessaire. Malheureusement,
sur le plan international, le sous‐investissement dans l'agriculture depuis des décennies a laissé le
secteur agricole incapable de répondre à la demande mondiale. Les prix sur les marchés
internationaux sont à la hausse et le peuple Haïtien voit son pouvoir d’achat diminuer alors que
l’insécurité alimentaire, elle, augmente. De plus, en raison d’infrastructures de transformation
obsolètes, les producteurs Haïtiens ne bénéficient pas de l’augmentation des prix des produits
vivriers et ainsi, la production nationale n’est pas stimulée par les prix. Au niveau national, les
investissements dans le secteur agricole ont eux aussi diminués.
Alors que l’accès aux semences locales ne semble pas une contrainte, l’amélioration de l'accès des
agriculteurs aux variétés améliorées à haut rendement est un défi majeur en Haïti. Pourtant, cette
contrainte représente l'un des facteurs principal au blocage à la croissance de l'agriculture haïtienne,
surtout pour le maïs et le sorgho. Il est donc crucial de mettre en œuvre une introduction de variétés
bien planifiée, la multiplication et le programme d'entretien. Un tel programme devrait inclure:
l'essai d'une grande diversité de variétés plus prometteuses et de matériel de plantation dans un
réseau de ‘centres de recherche’ (gouvernement, ONG ...) et des essais de sélection variétale
participative mise en œuvre au niveau des producteurs. Un système de multiplication de semences
doit aussi prendre en compte les spécificités des différentes zones agro‐écologiques et d'exploiter
les flux de semences déjà en place entre montagnes et plaines.
Revoir la politique de subventionnement des engrais
La politique de subventionnement des engrais, mise en place depuis 2008, met le MARNDR dans une
situation où il doit assumer l’entièreté de l’approvisionnement. Le coût de l’opération en 2010 a été
de 18 millions de dollars, dont 9 millions ont été financés par le Trésor Public17. Cette année, au
moment de l’enquête, les fonds du Trésor Public n’étaient pas suffisants pour permettre un
approvisionnement d’engrais adéquat. Etant donné que la distribution d’engrais subventionné se fait
à travers des agents et associations autorisées, alors que l’offre n’est pas adéquate, le
subventionnement n’a pas pu être transmis aux producteurs car les prix ont grimpé à des niveaux
très élevé. De plus, dans un contexte de subventionnement, le secteur privé n’a pas pris le relais
pour importer au prix du marché pour combler le déficit d’approvisionnement. L’enquête
recommande donc une révision de la politique de subventionnement des engrais, à travers un
processus participatif parmi les acteurs de la filière du riz et d’autres céréales. Au minimum, une
politique révisée doit s’assurer d’un approvisionnement régulier des engrais pour les trois
principales campagnes agricoles annuelles. Il est également recommandé d’analyser en détail la
structure des coûts tout au long de la chaine du riz et autres céréales ‐ de la production jusqu’à la
vente au détail (inclus des coûts de transaction) ‐ afin de déterminer des stratégies moins onéreuses
de soutien à la compétitivité de la production vivrière nationale.
17
Source : MARNDR
37
Suivi de la situation agricole et de sécurité alimentaire
Les Observatoires de la CNSA représentent une infrastructure d’alerte essentielle pour la sécurité
alimentaire. Il est indispensable de renforcer ce dispositif et d’étendre la couverture géographique à
tous les départements du pays. Les résultats de l’enquête montrent que l’évaluation des récoltes de
la campagne de printemps, qui représente environ la moitié de la production vivrière, permet
d’appréhender les perspectives de l’insécurité alimentaire pour l’année en cours. Ainsi, l’enquête
recommande de continuer cette activité, au minimum une fois par année pour la campagne de
printemps. Cependant, il faut souligner que l’approche de la présente enquête ne permet en rien le
remplacement d’un système permanent de statistiques agricoles dont le besoin est accru. Cette
enquête fait donc partie de mesures temporaires pour pallier aux besoins immédiats d’informations
agricoles conjoncturelles.
L’enquête ENSA, réalisée sur un échantillon représentatif d’environ 3 557 ménages a permis de
fournir des données de base sur la sécurité alimentaire au niveau des départements. Ainsi, dans le
cadre d’une responsabilité partagée entre le MARNDR et la CNSA concernant les statistiques
agricoles, l’enquête recommande de réaliser, au minimum une fois par année, une enquête
conjointe. Cette enquête devrait couvrir au minimum une estimation des surfaces emblavées, de la
production vivrière et des indicateurs principaux de la sécurité alimentaire, sur la base d’entretiens
avec les producteurs18.
8.2 Recommandations d’interventions au niveau des ménages
Agriculture
Les pertes après récoltes, qui incluent toutes les pertes entre les champs jusqu’à l’assiette du
consommateur, représentent souvent un facteur oublié, bien qu’important, car elles réduisent le
revenu réel des producteurs et consommateurs. En Haïti, ces pertes sont très importantes,
particulièrement au niveau du stockage (jusqu’à 40 pour cent) et de la transformation. Des
interventions soutenues afin de réduire les pertes de stockage au niveau des ménages
représenteraient un outil efficace d’amélioration de la sécurité alimentaire des ménages ruraux. La
technologie des silos métalliques familiaux pour le stockage de grains a été éprouvée en Haïti.
Les achats locaux, permettraient de transférer des revenus aux producteurs qui, en raison des
infrastructures de transformation obsolètes et d’un réseau routiers en mauvais état,
commercialisent leurs produits sur les marchés locaux à des prix nettement en dessous de produits
similaires importés. Une assistance technique pour le stockage et la transformation aux
producteurs/groupes de producteurs permettrait d’améliorer la quantité des produits locaux.
L'enquête recommande également la promotion des cultures maraîchères ainsi qu’un appui au
renforcement du cheptel pour les ménages les plus vulnérables. Les cultures maraîchères peuvent
être pratiquées en zones rurales ainsi que semi‐urbaines par des ménages vulnérables.
18
Des études de surfaces emblavées et de rendements sur la base de mesures sur le terrain, devraient se faire,
dans un premier temps, uniquement sur un petit échantillon, afin de déterminer une corrélation entre la réponse
des producteurs et les données de surfaces et de rendements obtenus. Les différentes méthodes de mesures de
rendement ont également des biais ; avec un biais positif élevé, on trouve la méthode par formule, ensuite le
carré de rendement alors que la récolte de parcelles entières donne une idée plus où moins exacte des
rendements réels. Comme plus de 60 pour cent des cultures vivrières en Haïti sont cultivés en association, il sera
difficile d’obtenir des résultats plus fiables par mesure qu’à travers des entretiens avec les producteurs. Il est
donc nécessaire de mettre en place une étude sur les méthodes d’estimations de rendement par mesure avant
de l’appliquer dans les enquêtes. Le projet PIA financé par la BID a déjà bien dégrossit le travail en ce qui
concerne le riz. Il faudra donc s’atteler aux autres cultures vivrières.
38
Pêche
Le secteur a été fortement touché par l’ouragan Thomas en novembre 2010 et les pertes en matériel
sont responsables de diminutions importantes de la production cette année, surtout dans la Grande
Anse et le Nord‐Ouest. Une enquête de besoins devrait être conduite afin de restaurer les modes de
vie des pêcheurs touchés et stimuler le secteur de la pêche.
Vivres/espèces pour travail
Les acteurs travaillant dans le secteur de la sécurité alimentaire et de l’appui à la reprise
économique rurale, devront agir en étroite coordination pour mettre en œuvre des projets HIMO
(vivres et espèces pour travail) au bénéfice des populations vivants en insécurité alimentaire et en
priorité sur les zones où l’enquête anticipe une détérioration de la situation (voir section 7.4). Les
activités HIMO visant le maintien ainsi que l’établissement d’infrastructures de gestion des bassins
versants devraient être priorisées en raison des risques d’inondations durant les saisons cycloniques
sur les populations. Ces travaux incluent le curage des lits de rivières et de canaux de drainage,
l’élévation et le renforcement de digues, la construction de check‐dams et de gabions pour la
protection de berges de rivières.
Cantines scolaires
Les ménages en insécurité alimentaire sont typiquement des familles nombreuses (plus de 8
membres) dont plusieurs enfants sont d'âge scolaire. Le soutien d'alimentation scolaire permet
d’améliorer la qualité nutritionnelle des collations des enfants et favoriser l'assiduité scolaire.
Dans le Nord‐Est, un nombre important de familles dans la plaine agro‐pastorale sèche ne seront pas
en mesure de mettre leurs enfants à l’école pour la rentrée d’octobre en raison des difficultés
économiques liées à la longue période sèche, de la perte presque totale de la campagne agricole de
printemps et de la décapitalisation qui s’en est suivie. Cette zone doit être priorisée dans le cadre de
l’apport du paquet alimentaire fourni par le PAM à la rentrée des classes. Il serait également
souhaitable d’aviser le bureau du Président Martelli de considérer cette zone comme prioritaire
pour le lancement des programmes d’écoles gratuites. Les autres zones présentées dans le tableau
12, viennent en deuxième priorité pour le soutien dans le cadre des cantines scolaires.
Nutrition
Dans la plaine agro‐pastorale sèche du Nord‐Est, où la campagne agricole de printemps 2010 a
échoué en raison d’une longue période sèche (novembre 2010 à août 2011), l’enquête anticipe une
détérioration de la sécurité alimentaire durant les prochains mois. Suites aux observations de terrain
et dans les centres de santé, les membres de l’enquête ont des inquiétudes concernant la situation
nutritionnelle. Une mission rapide d’évaluation nutritionnelle est donc recommandée. Le haut
plateau central, qui fait face à une deuxième année consécutive de mauvaise performance de la
campagne agricole de printemps devrait également faire l’objet d’un tel suivi nutritionnel.
L’enquête recommande de renforcer la surveillance nutritionnelle dans les centres de santé et les
communautés à travers le dépistage actif et des enquêtes périodiques de type SMART. Il est
également recommande de renforcer la prise en charge de la malnutrition dans les centres de santé
et au niveau communautaire.
39
ANNEXE I – OBSERVATIONS SUR LE STOCKAGE ET LA TRANSFORMATION DU MAÏS EN HAÏTI
Lors des visites de terrain du 5 au 13 août 2011, les membres de l’enquête ont réalisé des
observations sur la transformation du maïs avec pour objectif de faciliter les achats locaux (voir
section 3.7.3 ci‐dessus) ainsi que des interventions afin d’améliorer la qualité et l’hygiène de la
production locale.
La récolte du maïs, comme celle d’autres produits vivriers, se fait entièrement manuellement. Les
épis récoltés sont transportés vers les habitations avec des animaux, des bicyclettes, des motos ou à
dos d’homme. Le maïs récolté est ouvert et égrainé à la main près des habitations. Pour le séchage
du grain, les habitations ne disposent pas suffisamment de glacis. Les quelques glacis existants sont
construits par des associations, ONG ou par des privés établissant des moulins. Parfois, on utilise des
bâches en plastique pour le séchage, mais cela ne semble pas la règle en raison du coût à l’achat et
donc les grains sont également séché sur de simples nattes ou à même le sol. Donc, le séchage se
fait dans des conditions difficiles avec des contaminations des grains par des terres souillées autour
des habitations ainsi que par des contaminations animales. Le mode de séchage augmente
également les risques d’attaques des denrées par les insectes, rongeurs et parfois chèvres et poules
non surveillées. La construction de glacis pour sécher les grains permettrait de réduire les
contaminations ainsi que les risques d’attaques par des insectes et rongeurs. Cela devrait se faire
avec la participation financière de groupements de producteurs. Dans le court terme, des
campagnes de promotion d’utilisation systématique de bâches en plastique pour le séchage des
grains permettraient une amélioration de la qualité.
Pour le stockage du grain, contrairement à ce que l’on observe en Afrique et en Asie, les producteurs
ne semblent pas utiliser des techniques de stockages traditionnelles tels que de petits silos en terre.
Le maïs est le plus souvent stocké dans des sacs, parfois dans des drums métalliques ou encore ‐
dans les mornes et montagnes ‐ suspendus dans les arbres. Une très faible partie de la population
construit des bâtiments spécifiques pour le stockage. La plupart des personnes utilisent leurs
maisons d’habitation pour entreposer les denrées dans des coins. Dans ces conditions, les grains en
stock sont exposés aux mauvaises conditions d’humidité et de température. Ils sont souvent
attaqués par les pestes (rongeurs, moisissures, insectes, …). Les grains en stock nuisent parfois aux
résidents de la maison. Il existe très peu de bâtiments construits pour stocker les grains. Bien qu’il
existe des ferblantiers dans les diverses zones visitées, ils ne fabriquent pas de structures de
transformation et de stockage du maïs. Le projet de la FAO dans le Nord‐Est facilite la construction
et distribution de silos familiales métalliques.
Les commerçants de détail stockent de très petites quantités de grains, alors que les grossistes dans
les marchés principaux ne stockent rarement plus de 1 à 2 tonnes dans leurs entrepôts. Les
importateurs de gruau de maïs en Haïti importent par petites quantités, en flux tendu de la
République Dominicaine ou par bateau depuis les États‐Unis. Cependant, selon les informations
obtenues, les Madames Sarah et commerçants de gros achèteraient des quantités de maïs
relativement importantes à bas prix lors des récoltes pour les revendre plus tard sur les marchés.
Les conditions de stockage en Haïti sont très mauvaises! Les insectes et les rongeurs constituent les
principaux problèmes de stockage. Les rougeurs attaquent les bâtiments de stockage ainsi que les
sacs et tout autre objet de stockage. Les insectes les plus courants sont les mites qui sont rapportés
pour toutes les zones visitées. Selon la littérature, ces pertes peuvent communément atteindre 30‐
40 pour cent! Lors des visites de terrain, les membres de l’enquête ont pu observer des attaques de
mites sur des maïs qui avaient causés des pertes de plus de 40 pour cent sur certains lots! Ainsi, pour
faire face à de tels pertes, dans le plateau central, certains producteurs interrogés on affirmé utiliser
40
du malathion, un puissant insecticide organo‐phosphoré. Le produit est apparemment vendu par les
responsables de BAC, afin d’être utilisé pour améliorer le stockage des semences. Les utilisations du
produit par les producteurs visités semblent tout autres! Les utilisateurs ne semblaient pas être
inquiets, outre mesure, du danger que ces produits représentent pour la santé. Ils ont simplement
noté que les stocks de maïs où on n’utilise pas le malathion, sont ‘meilleurs pour la santé’! Il est à
noter également que les bâtiments utilisés pour le stockage du maïs ne permettent pas de
fumigation et, étant donné la durée limitée de nos visites de terrain, il n’a pas été possible de
s’informer des méthodes utilisées pour se prémunir de pertes par les mites lors du stockage de
volumes plus importants. Le silo métallique est une alternative de stockage à encourager. Il permet
de conserver des graines pendant longtemps en les maintenant à l’abri de divers ravageurs, tels que
les rongeurs, les insectes et les oiseaux. Toutefois, il doit être manipulé avec soin et les propriétaires
doivent respecter les modalités d’utilisation.
Le maïs local est le plus souvent moulu dans de petits moulins, apparemment de fabrication locale. Il
semble que des broyeurs à marteaux sont utilisés. Des moteurs diesel chinois sont utilisés pour
actionner les moulins. L’hygiène dans ces moulins est souvent déplorable. Parfois, on humidifie les
grains avant la mouture afin d’augmenter le volume à la vente. Ceci crée des risques
supplémentaires de contaminations des gruaux de maïs. Dans les marchés principaux, les Madames
Sarah viennent moudre le maïs acheté à des producteurs. Les grains sont nettoyés manuellement de
diverses impuretés avant la mouture. Après la mouture, on vanne manuellement le gruau – appelé
localement ‘maïs moulin’ ‐ afin d’éliminer les téguments, les germes et les impuretés que pourraient
contenir les grains. Les germes moulus sont vendus séparément alors que les autres sous‐produits
sont vendus comme nourriture pour les porcs. Le nettoyage manuel reste incomplet et dans la
semoule de maïs local vendue, il reste des quantités variables de sous‐produits et impuretés qui
influencent le prix de vente. Aussi, sans équipement, la granulométrie de la semoule est variable,
contrairement au maïs moulin importé qui est transformé dans des unités de production
industrielle19.
Au niveau des ménages producteurs de maïs, la transformation du maïs est réalisée soit au moulin,
soit au pilon et au mortier. On trouve de plus en plus de ménages qui utilisent de petits moulins
manuels de fabrication locale (au prix de 1500 Gd). L’utilisation du pilon et le mortier n’est pas
fréquente en raison du temps nécessaire pour la transformation : il faut environ une heure de labeur
pour écraser quatre kilos de grains.
19
En générale, ces unités de production comprennent trois sections: le nettoyage pour débarrasser le maïs de
toutes les impuretés, la dégermination pour enlever le germe et l’enveloppe du maïs, la mouture pour la
transformation du maïs en farine, à la granulométrie souhaitée. Les produits sortent en continu, limitant "leur
manipulation et les risques de contamination. Des huiles végétales sont extraient de germes de maïs.
41
ANNEXE II – CARTES NDVI
Les cartes NDVI20 ci‐dessous ont été téléchargées sur site de l’USGS
(http://earlywarning.usgs.gov/fews/ccm/index.php#car). Les NDVI sont calculés sur la base d’images
satellites eMODIS à 250m de résolution, agrégée par décade et comparée à la moyenne décennales
2011‐2010. Les cartes NDVI montrent les tendances suivantes :
• Début mars (début de la saison des pluies en année normale) : NDVI normal voir légèrement au‐
dessus de la normal dans la majeur partie du pays, sauf dans le département du Nord‐Est ainsi
qu’au sud et ouest de Port de Paix. La zone entre Jacmel et Petit Gôave est également
légèrement en dessous de la normale.
• Début juin (début des récoltes en année normale): NDVI nettement en‐dessous de la normale
dans presque tout le pays, mais la différence est très fortement marquée dans tous les
départements au Nord de Port‐au‐Prince. Le retard des pluies a fortement influencé le
développement de la végétation. On note toutefois, une situation très variable dans la presqu’ïle
du sud, avec des zones nettement en dessous de la moyenne, proche de zones supérieurs à la
moyenne. Des pluies localisées ont effectivement eu lieu de mars à mai.
• Début juillet (récoltes en année normale) : Les fortes pluies de fin mai et début juin influence la
végétation et on note un fort rattrapage du NDVI qui est devenu normal à au‐dessus de la
normal dans presque tout le pays. Toutefois, il reste nettement en dessous de la normale dans la
plaine agro‐pastorale sèche du Nord‐Est et au sud et à l’est de Port de Paix.
• Début août (fin des récoltes en année normale) : NDVI reste supérieur à la normale dans
l’ensemble du pays, sauf dans la plaine agro‐pastorale sèche du Nord‐Est, L’île de la Tortue ainsi
qu’aux alentours de Port‐au‐Prince (région de l’Archaie, Cabaret, Croix‐des Bouquets).
20
Que sont les cartes NDVI ? L’index NDVI (Normalized Difference Vegetation Index) est utilisé pour estimer
l’effet cumulatif des pluies sur la végétation sur une certaine période de temps. L’index NDVI est une mesure
de la quantité et de la vigueur de la végétation sur la surface terrestre.
42
1-10 mars 2011 1-10 avril 2011
1-10 mai 2011 1-10 juin 2011
1-10 juillet 2011 1-10 aout 2011
43
ANNEXE III – CARTE DES PERFORMANCES DES CULTURES DE PRINTEMPS
Performance de la campagne de MAÏS de printemps 2011 par rapport à celle de 2010
N
W E
S
Légende
Limites des Départements
Performance de la Campagne de Printemps
< 50% - Forte diminution par rapport à 2010
50-70% - Diminution marquée par rapport à 2010
70-90% - Diminution par rapport à 2010
90-110% - Même condition par rapport à 2010
110-130% - Augmentation par rapport à 2010
>130% - Forte augmentation par rapport à 2010
Non Cultivé - Négligeable
Source: Limites administratives, CNIGS
Performance de la campagne de SORGHO de printemps 2011 par rapport à celle de 2010
N
W E
S
Légende
Limites des Départements
Performance de la Campagne de Printemps
< 50% - Forte diminution par rapport à 2010
50-70% - Diminution marquée par rapport à 2010
70-90% - Diminution par rapport à 2010
90-110% - Même condition par rapport à 2010
110-130% - Augmentation par rapport à 2010
>130% - Forte augmentation par rapport à 2010
Non Cultivé - Négligeable
Source: Limites administratives, CNIGS
44
Performance de la campagne de RIZ de printemps 2011 par rapport à celle de 2010
N
W E
S
Légende
Limites des Départements
Performance de la Campagne de Printemps
< 50% - Forte diminution par rapport à 2010
50-70% - Diminution marquée par rapport à 2010
70-90% - Diminution par rapport à 2010
90-110% - Même condition par rapport à 2010
110-130% - Augmentation par rapport à 2010
>130% - Forte augmentation par rapport à 2010
Non Cultivé - Négligeable
Source: Limites administratives, CNIGS
Performance de la campagne de RIZ d'été 2011 par rapport à celle de 2010
N
W E
S
Légende
Limites des Départements
Performance de la Campagne de Printemps
< 50% - Forte diminution par rapport à 2010
50-70% - Diminution marquée par rapport à 2010
70-90% - Diminution par rapport à 2010
90-110% - Même condition par rapport à 2010
110-130% - Augmentation par rapport à 2010
>130% - Forte augmentation par rapport à 2010
Non Cultivé - Négligeable
Source: Limites administratives, CNIGS
45
Performance de la campagne de LEGUMINEUSES de printemps 2011 par rapport à celle de 2010
N
W E
S
Légende
Limites des Départements
Performance de la Campagne de Printemps
< 50% - Forte diminution par rapport à 2010
50-70% - Diminution marquée par rapport à 2010
70-90% - Diminution par rapport à 2010
90-110% - Même condition par rapport à 2010
110-130% - Augmentation par rapport à 2010
>130% - Forte augmentation par rapport à 2010
Non Cultivé - Négligeable
Source: Limites administratives, CNIGS
Performance de la campagne de BANANE de printemps 2011 par rapport à celle de 2010
N
W E
S
Légende
Limites des Départements
Performance de la Campagne de Printemps
< 50% - Forte diminution par rapport à 2010
50-70% - Diminution marquée par rapport à 2010
70-90% - Diminution par rapport à 2010
90-110% - Même condition par rapport à 2010
110-130% - Augmentation par rapport à 2010
>130% - Forte augmentation par rapport à 2010
Non Cultivé - Négligeable
Source: Limites administratives, CNIGS
46
Performance de la campagne de TUBERCULES de printemps 2011 par rapport à celle de 2010
N
W E
S
Légende
Limites des Départements
Performance de la Campagne de Printemps
< 50% - Forte diminution par rapport à 2010
50-70% - Diminution marquée par rapport à 2010
70-90% - Diminution par rapport à 2010
90-110% - Même condition par rapport à 2010
110-130% - Augmentation par rapport à 2010
>130% - Forte augmentation par rapport à 2010
Non Cultivé - Négligeable
Source: Limites administratives, CNIGS
47
ANNEXE IV – DIFFERENCE DE PRIX DU MAÏS MOULU LOCAL ET IMPORTES SUR LES MARCHES
Les figures ci‐dessous montrent que la différence entre les prix du maïs moulin importé et le maïs
moulin local est importante dans tous le pays. Dans le cas du Cap Haïtien, il apparait que les
enquêteurs ont systématiquement collecté une certaine qualité de maïs moulin de la République
Dominicaine pour du maïs local. Jusqu’en juillet 2011, le prix du maïs moulu était bien plus élevé en
République Dominicaine que sur les marchés internationaux (figure bas‐droite).
48
ANNEXE V ‐ LA SITUATION AGRICOLE AU NIVEAU DES DÉPARTEMENTS
Département de l’Artibonite
L’Artibonite est le département le plus vaste du pays et comprend la zone agricole la plus densément
peuplée avec une densité démographique qui dépasse les 500 habitants/km. Bien que le
département soit connu principalement pour son important périmètre irrigué et sa production
rizicole, il compte de grands territoires de montagnes/mornes sèches. Il comprend également
quelques montagnes/mornes humides à Marmelade ainsi que dans la Chaine des Cahos et des
Matheux au sud du département. Une superficie de 25 000 ha irrigué (sur 38 000 ha irrigables) est
mise en valeur dans la vallée de l’Artibonite pendant la première saison d’été (la saison humide)
dont les repiquages de riz se déroulent de la mi‐juin à la mi‐juillet. La deuxième saison d’hiver
correspond à une superficie de 15 000 à 20 000 ha compte tenu de la tendance à la diversification
pendant la deuxième saison d’hiver (il y a moins d’eau). Le maïs, les cultures maraîchères et la
jachère s’accompagnent aux cultures de riz durant cette saison. On compte plus de 30 000 ouvriers
qui exploitent généralement de petites parcelles rizicoles en métayage. Ce sont des chefs de ménage
ayant laissé leur commune respective pour gagner un revenu de 100 Gds/jour garanti durant 150 à
180 jours par année.
La production de riz est fortement affectée par le retard des pluies au printemps ainsi qu’une
diminution de la disponibilité d’engrais sur les marchés par rapport à 2010. La problématique de la
production de riz est présentée dans la section 3.7.1 ci‐dessus. Les récoltes dans les mornes et
plateaux secs de l’Artibonite sont par contre très prometteuses cette année. En effet, bien que les
pluies ont démarré vers le 20 mai, avec près de 2 mois de retard sur une année normale, celles‐ci ont
ensuite été régulières et bien distribuées. Les producteurs ont pu prendre pleinement avantage de
ces pluies et mettre en culture des surfaces bien plus importantes qu’en 2010, alors que les
rendements seront également plus élevés. Les membres de l’enquête ont également noté que les
surfaces cultivées en sorgho sont nettement plus importantes qu’en 2010.
Département du Centre
La zone de plateau semi‐humide représente la zone agro‐écologique la plus importante du
département du Centre. Le département comprend toutefois au sud, sud‐ouest ainsi qu’au nord des
zones montagneuses plus humides. L’est du département est quant à lui composé de morne plus
sèches. La période principale de culture est au printemps et les semis se déroulent d’avril à juin. Elle
est généralement suivie d’une campagne d’été dont les semis se déroulent en juillet‐aout. Les
producteurs se concentrent sur la culture du printemps car les pluies sont plus régulières que pour la
saison d’été suivante qui coïncide avec la saison cyclonique. Les labours sont généralement réalisés
avec des bœufs, que les producteurs opèrent eux‐mêmes, au coût de 500 Gds par jour. Les
producteurs n’utilisent pas d’engrais et cultivent en général la moitié de leurs terres durant 3 ans (en
moyenne) alors que l’autre reste en jachère.
Normalement la saison humide commence à la fin mars pour se poursuivre jusqu’en
septembre/octobre. Le plateau central est caractérisé par une période sèche importante de 6 mois
entre octobre et mars. Cette année, la saison humide a commencé avec près de 2 mois de retard, le
20 mai dans le haut plateau21. Ces pluies ont été suivies, le 6 et 7 juin, de très fortes précipitations,
qui ont bénéficiés les cultures en place, mais retardé l’implantation de nouvelles cultures, en raison
de l’état des sols trop humides des terres pour le labour à la charrue et le sarclage. Ces retards ont
résulté en une réduction significative des surfaces emblavées cette année, surtout dans le haut
21
Les responsables de la DDA a Hinche ont noté qu’ils observent un décalage du démarrage de la campagne de
printemps depuis une dizaine d’année. Selon eux, la déforestation intense qu’aurait connu le Département serait
la cause de ces changements.
49
plateau central. De plus, dans certaines zones, autour de Hinche, les pluies on cessé jusqu’en juillet,
causant ainsi l’échec des cultures de maïs et d’haricot. Les zones les plus touchées sont les sections‐
communales au nord‐est, est et sud‐est de Hinche. Les pois inconnus, plus résistants au manque de
pluies, sont en meilleurs conditions. La situation est toutefois meilleure au nord de la bifurcation
pour Cerca Caravajal et immédiatement à l’ouest de Hinche. On a noté également d’importantes
variations de la performance du maïs à l’intérieur de sections‐communales. Les producteurs
essayent de compenser avec plus de surfaces cultivées pour la deuxième saison d’été. Lors des
visites, les membres de l’enquête ont donc observé en août quelques activités de labour.
Cependant, dans les zones les plus affectées, il semble très difficile pour beaucoup de ménages
appauvris par l’échec des cultures, de trouver les ressources financières nécessaires afin de mettre
en culture les terres pour la campagne (plus risquée) d’été.
Les montagnes/mornes humides du bas plateau central n’ont pas été touchées par le retard des
pluies. En effet, mis à part la section‐communale de Saut d’Eau, les pluies de printemps ont, en
générale, été normale. De plus, dès la mi‐mai, les pluies ont été plus abondantes qu’à la normale.
Ceci a généralement été favorable aux cultures, alors que comparativement à 2010, on note une
certaine réduction en raison d’irrégularité des pluies dans quelques sections‐communales. Le
haricot, quant à lui, a été affecté par les excès de pluies en juin, au moment de la récolte. La Sigatoka
noire du bananier continue a faire des dégâts importants et est responsable d’une réduction de
production par rapport à 2010. Très peu d’engrais sont utilisés dans les rizières du bas‐plateau et
donc le manque d’approvisionnement n’a pas eu de conséquences négatives.
Département du Nord‐Ouest
Le Nord‐Ouest est un département très varié d’un point de vue agro‐écologique car il comprend des
zones de montagnes humides en prolongement du département du Nord où l’agroforesterie (jardin
créole) est pratiquée et des zones si sèches où ni l’agriculture, ni l’élevage y sont pratiqués. Dans cet
intervalle, on distingue les montagnes/mornes plus ou moins arides où l’orographie influence
directement la pluviométrie et permet une agriculture marginale ainsi que les plaines dont
l’agriculture y est pratiquée soit par une irrigation d’appoint de crue ou permanente le long des
rivières. La pluviométrie diminue de façon très significative du nord‐est vers le sud‐ouest du
département. Dans les montagnes/mornes sèches et humides, la campagne de printemps
représente la principale saison. On y cultive, parfois sur de fortes pentes, le mais, le sorgho, le
haricot et le petit pois. D’autres cultures plus ou moins résistantes au sec y sont également cultivées
tels que l’arachide et dans une moindre mesure le sésame. Dans les montagnes humides en bordure
du département du Nord, on cultive une multitude de cultures dans les ‘jardins créoles’ tels que
banane, tubercules, arbre véritable ainsi que divers fruits. Dans les plaines sèches (Port de Paix, Jean
Rabel, Chamsolme, Bassin Bleu), les saisons agricoles sont inversées et ainsi la campagne principale
est la saison d’automne/hiver. Dans les zones sèches du Nord‐Ouest, on rapporte que les cultures
sont sévèrement touchées par le manque de pluies au moins une année sur trois.
Dans les mornes sèches, les pluies démarrent généralement en mars pour se terminer à la fin mai
déjà, alors que dans les montagnes humides, les pluies commencent en février et continuent durant
l’été. Cette année, les pluies ont été singulières dans le sens où elles ont démarré à la fin mai, avec
plus de 2 mois de retards sur la normal et, à la mi‐août, elles étaient encore bien présentes. De plus,
le gradient des pluies est inversé par rapport à la normale ; les montagnes humides au nord‐est sont
très sèches cette année alors que les pluies ont été plus de plus en plus abondantes en direction du
sud‐est. Les producteurs des mornes sèches ont pleinement pris avantage de ces pluies et ont planté
avec succès le maïs et le sorgho ainsi que, dans une certaine mesure le haricot. Cependant, il faut
noter que dans certaines montagnes humides du bas Nord d’ouest (communes de Moles, Bombarde,
Jean‐Rabel et une partie de Bassin Bleu), on a observé une extension des pluies d’hiver jusqu’en
mars pour lesquels quelques producteurs ont emblavé leurs parcelles. Avec la période sèche qui s’en
50
est suivie, ils ont perdu leur récolte. Ainsi, le succès de la campagne de printemps 2011 est un peu
nuancé dans ces zones. Dans les basses montagnes humides orientales adjacentes au département
du Nord, lorsque les pluies ont démarré à la fin mai, elles n’ont généralement pas été suffisantes
pour permettre la plantation de maïs, d’haricot et de tubercules (igname et taro). En altitude, la
situation est toutefois meilleure en raison de pluies plus conséquentes. Dans les plaines côtières, les
pluies ont été très faibles, affectant négativement les bananeraies (St Louis du Nord).
L’élevage de caprin est très important dans l’économie du Nord‐Ouest car elle permet aux
producteurs de garantir une source de revenu durant les années d’échec des cultures. La longue
saison sèche à provoqué un manque de fourrage pour le bétail, surtout dans le bas Nord‐Ouest. Les
producteurs ont été contraint à vendre plus de bétail cette année. Le MARNDR a renforcé les
structures des GSB (Gwoup Sante Bèt). Avec les pluies abondantes depuis mai, la situation du bétail
est en nette amélioration.
Département du Nord
Le département du Nord est le plus humide du pays et ainsi les producteurs des montagnes et
mornes humides pratiquent l’agroforesterie appelé communément ‘jardin créole’. Le climat à
tendance s’assécher en général en direction vers l’est. Ainsi en bordure de département, on trouve
une petite zone de plaine agro‐pastorale sèche (Quartier Morin et Limonade). Cependant, la quasi‐
totalité des plaines côtières du département sont humides et on pratique la monoculture et cultures
associées de mais, légumineuses, banane et canne à sucre. Au sud‐est du département, et en
particulier au sud de St Raphaël et à Pignon, on trouve une zone de plateau semi‐humide qui
constitue un prolongement du plateau central vers le Nord. Dans les montagnes humides, il pleut
habituellement tous les mois de l’année avec une recrudescence marquée de mars à juillet ainsi
qu’en fin d’année. L’excès de pluie est ordinairement un facteur limitant aux cultures. L’année 2011
a été exceptionnelle dans le sens que de mars à mai, il n’a pratiquement pas plus dans ces
montagnes humides. De plus, bien que des pluies généralisées ont eu lieu à la fin mai et début juin,
avec plus de 2 mois de retards, ces pluies se sont ensuite faite rares dans plusieurs sections‐
communales, surtout au sud et sud‐ouest du Cap Haïtien. De telles conditions climatiques sont rares
dans ces zones.
Par contre, dans les zones de plateau humide de St Raphaël, La Victoire, Pignon et les montagnes
humides de Dondon, Milot, Pilate, Plaisance et Borgne, les pluies ont été, soit inférieur à la normale,
mais toutefois largement suffisante pour permettre aux producteurs de planter leur culture et
d’obtenir de très bonnes récoltes. Il faut noter que dans les montagnes humides du Nord, l’excès de
pluies est souvent un facteur limitant, surtout pour la production de légumineuses et tubercules.
Ainsi, dans ces communes, la récolte de printemps 2011 s’annonce, avec 1.5 mois de retard, mais
bien supérieur à 2010. Le riz est cultivé dans le périmètre irrigué de St Raphael principalement en
été. Alors que des stocks d’engrais de 2010 sont encore disponibles, les prix de l’urée restent les plus
bas parmi les différentes zones rizicoles visitées (figure 7). Cependant, le manque d’engrais
influencera négativement la production de riz dans le périmètre irrigué. Dans la plaine agro‐
pastorale sèche de Limonade, le retard des pluies est important, cependat les pluies de mai, juin et
juillet ont permis une petite récolte de maïs. Celle‐ci est toutefois inférieure à celle de 2010. La
situation dans ces zones est sans comparaison avec les déficits hydriques touchant la zone agro‐
pastorale du Nord‐Est.
Département du Nord‐Est
Le département du Nord‐Est dispose d’un climat très contrasté avec une basse plaine agro‐pastorale
sèche où la pluviométrie est parmi la plus basse en Haïti (400 mm/année) ainsi que des montagnes
humides. On trouve également des réseaux d’irrigation, parfois transfrontalier avec la République
Dominicaine, où le riz est cultivé (Ouanaminthe, Ferrier et Fort Liberté). Avec des bassins versants
51
très humides sur les hauteurs et très secs dans les plaines, les risques d’inondations sont importants,
surtout durant la saison cyclonique de juin à novembre. Ainsi, les producteurs de riz à Ferrier se
concentrent surtout sur la campagne de printemps car les risques d’inondation sont inférieurs. Le
projet SAGE‐Sécurité Alimentaire et Gestion de l’Environnement de la FAO réalise des activités ayant
pour objectifs d’améliorer la gestion de l’eau sur les bassins versants. Dans les plaines agro‐
pastorales, l’élevage relève d’une grande importance dans l’économie des ménages alors que l’on
cultive le riz en zone irriguée ou l’arachide et le manioc en culture pluviale. Avec l’altitude, le
gradient pluviométrique augmente, permettant la culture de diverses légumineuses, du maïs et de la
banane plantain. Dans les montagnes humides, les cultures les plus importantes sont le maïs, les
tubercules et le riz pluvial cultivé dans les bas‐fonds où sur de fortes pentes, alors que le haricot est
cultivé sur trois saisons annuelles.
Cette année est très contrastée avec des zones d’échec de cultures alors que des récoltes
exceptionnelles sont attendues dans d’autres zones. Dans les montagnes humides (Mont Organisé,
Carice, St Suzanne, Valière), les pluies étaient moins abondantes que la normale, jusqu’à la fin mai,
mais toutefois bien suffisante pour les cultures, alors que l’excès de pluies est généralement le
facteur limitant principal. Dans ces zones, de très bonnes récoltes sont attendues sur toutes les
cultures. Le haricot noir sur les marchés de Carice se vendait au prix de 105 Gd/marmite de 6 livres,
le 10 août 2010. Ce prix n’a pas été aussi bas depuis au moins 5 ans.
Par contre, la plaine agro‐pastorale est particulièrement touchée et la campagne de printemps a
presque complètement échoué (plaine agro‐pastorale et irriguée) en raison d’une période
particulièrement sèche qui se prolonge de novembre à août. Ce n’est que l’ouragan Irene qui a
amené des pluies bénéfiques. Alors que d’autres zones (montagnes humides), les récoltes sont
exceptionnellement bonnes. Avec des pluies moins importantes dans les montagnes humides au
printemps, le niveau des rivières étaient bas et ainsi seul 20 pour cent des rizières normalement
cultivées au printemps ont pu être emblavées cette année (Fort Liberté, Ferrier et Ouanaminthe).
Lors des visites sur le terrain, peu de producteurs ont emblavé le riz pour la saison d’été à Ferrier en
raison des risques d’inondations. Ils préfèrent attendre quelque peu et investir dans la prochaine
saison de printemps 2012. Il faut aussi noter que Ferrier recevait traditionnellement des intrants à
crédit d’investisseurs Dominicains qui rachetaient le riz produit. Depuis 2010, cette coopération
n’est plus en place, apparemment en raison de restrictions douanières pour l’importation de riz en
République Dominicaine.
La période particulièrement sèche de novembre 2010 à mai 2011 semble avoir diminué le cheptel
des ménages en raison d’un manque fourrage et d’approvisionnement en eau. Ce stress à causé
également une recrudescence des maladies dont les services vétérinaires n’ont pas la capacité d’y
répondre. La condition physique du bétail dans les plaines sèches et la disponibilité en fourrage
étaient mauvaise lors des visites de terrain (mi‐août). Toutefois, les pluies survenues lors du passage
de l’ouragan Irene au large d’Haïti permettra aux pâturages de se régénérer.
Département de l’Ouest
L’économie agricole du département de l’Ouest s’articule autour de la capitale Port‐au‐Prince. On y
trouve de nombreuses communes urbaines et semi‐urbaines ou l’agriculture est pratiquée pour
alimenter les marchés de la capitale. Les montagnes humides du Massif de la Selle forment un
versant nord ou légumes, pomme de terre, maïs, haricot, tubercules et bananes y sont cultivés. Ces
montagnes alimentent de nombreuses petites rivières dont l’eau est utilisée dans de petits
périmètres irrigués dans les plaines plus sèches où on y cultive principalement la banane plantain, la
canne à sucre et la patate douce en irrigation. Le département comprend également de vastes
mornes sèches à semi‐humide (Ile de la Gonâve, Archaie, Grand et Petit Goâve) où l’on cultive le
maïs et le haricot. Les dégâts sur les systèmes d’irrigation causés par le tremblement de terre du 12
52
janvier 2010 ont été largement réparés. Cette année, dans les parties agro‐écologique plus sèches
et toute la section est du département, les pluies ont démarré à la fin mai, avec 2 mois de retard.
Après le démarrage, les pluies ont généralement été bonnes et ainsi les producteurs ont pu
emblaver leurs terres en maïs et haricot et obtenir une bonne récolte, souvent bien supérieur à
2010. Dans certaines zones, les pluies se sont toutefois arrêtées dès la deuxième semaine de juin
pour rester très irrégulières et par endroit pour résulter en un échec des cultures. Les zones les plus
touchées sont les sections‐communales au Sud de l’Archaie, Cabaret, Croix des Bouquet, Delmas
ainsi que Gressier.
Dans les zones humides à l’est du Massif de la Selle ainsi que la commune de Cornillon, les pluies ont
démarrés plus tôt en mars et sont restées régulières jusqu’à la période de l’enquête. Ceci a permis
aux producteurs de planter à temps et d’obtenir de bonnes récoltes. Cependant, les fortes pluies de
juin ont causés, par endroit, des pertes importantes sur la production d’haricot, causant la
germination sur pied. Cependant, en général, la production de haricot a été assez bonne. On le
retrouve sur les marchés dans divers villes, aux Cayes notamment.
Département des Nippes
Le département des Nippes se caractérise par une production importante de sorgho traditionnelle
de cycle long dont, 8 à 9 mois sont nécessaires de la plantation à la récolte. La culture y est
concentrée dans les mornes et plaines sèches du département avec un seul cycle par année. La
plantation a normalement lieu en mars pour être récoltée en décembre. On cultive par endroit, une
variété à cycle court de 3 mois (surtout entre l’étang de Miragoane et le Carrefour des Ruisseaux)
introduite dans les années 70 par le MARNDR. Dans les montagnes humides, on cultive par contre
une diversité de cultures tels que l’igname, la patate douce, le maïs, le haricot (3 saisons) ainsi que la
pomme de terre, divers légumes et la banane. Cette dernière est cultivée dans des bas‐fonds où la
disponibilité de l’eau est meilleure. L’ouragan Thomas en Novembre 2010 n’a pas causé de dégâts
importants sur les plantations de banane, comme ce fut le cas dans les départements voisins. On
trouvera également, le long de nombreuses petites rivières ainsi que la Grande Rivière des Nippes,
des petits systèmes d’irrigation où on y cultive principalement la banane figue et la canne à sucre.
Cette année, dans les plaines et mornes sèches, les pluies ont démarré avec près de 2 mois de retard
à la mi‐mai et ensuite les pluies ont été plutôt sectorielles. Les producteurs ont tenté leur chance
pour la mise en culture du sorgho, mais les surfaces emblavées varient fortement d’une section‐
communale à l’autre en raison de l’irrégularité des pluies. La partie est du département est plus
touchée, comme le montre la carte NDVI d’août 2011 (annexe I). Dans les sections‐communales où
les pluies ont été favorables, les pluies devront continuer plus longtemps que la normale afin
d’assurer la maturité du sorgho à cycle long. Ainsi, on s’attend à une diminution significative de la
production de sorgho dans le département. Avec le retard des pluies, les surfaces emblavées par le
haricot ont fortement diminué et ainsi la production est considérablement inférieure par rapport à
2010. Dans les montagnes humides, des pluies en dessous de la normale ont été observée vers la fin
mars et avril. Ces pluies ont toutefois permis aux producteurs de cultiver leurs terres avec un retard
de 2‐3 semaines sur la normale. A partir d’avril, les pluies ont été régulières et en dessus de la
normal, permettant ainsi à toutes les cultures de terminer leur cycle dans de très bonnes conditions.
On note toutefois, une diminution de la production de taro mazombel en raison d’attaque de
phytophtora sur les tubercules. Dans les zones irriguées, le manque d’eau et l’absence d’engrais
pour le riz a eu pour résultat une diminution de la production par rapport à 2010. Dans les bas‐
fonds, les fortes pluies de début juin ont également causé des pertes de riz.
Département de la Grande Anse
Le département de la Grande Anse, est, avec le Nord, le plus humide d’Haïti. Les forêts occupent une
part considérable des montagnes humides à très humides où il pleut tous les mois de l’année. On y
53
retrouve les ‘jardins créoles’ à étage avec une diversité importantes de cultures tels que les
tubercules (igname, taro, patate douce), la banane plantain, l’arbre véritable et divers cultures
arborées tels que le café et le cacao. Le maïs et les haricots (trois saisons par année) y sont
également cultivés. Les côtes marines ainsi que la pointe est du département, sont généralement
moins arrosées et on y cultive principalement le maïs et le haricot.
Le département de la Grande Anse a été le plus fortement touché par l’ouragan Thomas en
novembre 2010. Thomas a fortement impacté la production de banane à la fin 2010/début 2011
ainsi que la production d’igname, principale tubercule du département. Les forts vents ont en effet
endommagé les bananeraies, alors que les tiges d’ignames sur tuteurs ont été cassées. Les
bananeraies ont été réhabilitées par les producteurs ; redressement et élimination des plantes
endommagées afin de laisser les nouvelles boutures se développer. Ceci a causé des pertes
importantes de récoltes en hiver 2010/11, alors que la plus‐part des bananeraies arrivent en
production en même temps dès fin mai 2011. De même pour les tubercules, l’ouragan Thomas a eu
des effets défavorables, qui, eux, se prolongent jusqu’en août 2011. On anticipe toutefois, une
récolte d’igname au‐dessus de la normale dès la mi‐septembre 2011. La récolte des fruits de l’arbre
véritable a été nettement supérieure au printemps 2010 et ainsi a permis d’apporter un
complément nutritionnel vital suite à l’ouragan Thomas.
Dans les parties basses du département (surtout Les Irois, Bonbon, Roseaux, Basse Guinadée, Vallée
de Grande Anse, Bas Ravines à Charles et Gommier), le démarrage des pluies de printemps a été
retardés jusqu’à la mi‐mai. Dès le démarrage, les pluies ont été supérieures à la normale et bien
réparties. Cependant, ce retard à causé une diminution importante des surfaces cultivées en maïs et
les producteurs qui ont plantés en mars‐avril ont obtenu une moins bonne récolte qu’en 2010. Dans
les parties plus hautes du département, il n’y a pas eu de retard des pluies, celles‐ci ayant continué
normalement depuis février. Dans ces zones, la récolte de maïs de printemps a été bonne. Les fortes
pluies de fin mai à début juin ont causés des dégâts importants sur les cultures de haricot arrivant à
maturité. On notera que le cyclone Thomas a également causé des dégâts importants sur la récolte
de maïs d’hiver 2010. Ainsi, les marchés ont permis de fournir les producteurs en semences de maïs
depuis le département du Sud. On a toutefois noté que dans les zones les plus enclavées et qui n’ont
pas eu de retard des pluies, les producteurs n’ont pas pu pleinement bénéficier de ces conditions
favorables en raison d’un manque de semences. Dans la zone plus sèche à l’est du département, les
producteurs ont cultivé le maïs dès le début des pluies et ont obtenu une bonne récolte. Dans les
quelques rizières de la Grande Anse, très peu d’engrais est utilisé et donc le manque
d’approvisionnement à l’échelle nationale n’a pas eu de conséquences négatives.
Département du Sud‐Est
Le département du Sud‐Est comprend une zone côtière relativement sèche où se trouve la plupart
des villes et de nombreuses petites vallées sur les versants sud du Massif de la Selle où les pluies
augmentent rapidement avec l’altitude. Ainsi, plusieurs zones agro‐écologiques sont situées très
proches les unes des autres et au sein même des plus petites unités administratives. On note
également un gradient hydrique plus élevé au centre du département et qui tend à diminuer vers les
extrémités est et ouest. On y cultive une diversité de cultures, principalement le maïs, le haricot, le
sorgho, la banane et les tubercules, mais aussi des légumes et des fruits, du café et du cacao dans les
‘jardins créoles’ des montagnes humides et pour les marchés des villes avoisinantes. Cette année,
des pluies précoces, mais isolées en prolongement de la saison d’hiver vers la fin janvier, ont poussé
certains agriculteurs à tenter leur chance en cultivant du maïs dans la partie est du département
(plaine de Mapou et de Cibaro) et le haricot dans la partie est (certaines sections‐communales de
Bainet et Marigot). Les pluies ont ensuite stoppé et la majorité de ces cultures ont échoués.
54
La saison des pluies a ensuite, démarré dès la mi‐avril dans tout le département, avec 1.5 mois de
retard sur la normale. Après le démarrage, dans l’est du département les pluies ont généralement
été abondantes et bien distribuées avec un effet favorable sur la production de maïs, de haricot, de
banane et de tubercule. Cependant, dans certaines zones, après l’échec de la première tentative de
culture en janvier‐février, moins de surface en maïs ont été emblavée (Anse à Pitre). Dans la partie
centrale et ouest du département, les pluies ont toutefois été plus irrégulières avec une singularité
que les montagnes ont reçu nettement moins de pluies que la normale. Ces conditions climatiques
ont causés des réductions de surface emblavées. Le haricot a été principalement touché également
en raison des fortes pluies de la première semaine de juin (1 au 6 juin). Les bananes et les tubercules
sont par contre plus favorables cette année qu’en 2010. La culture de sorgho, quant à elle, est en
déclin dans le département et ainsi elle a diminué par rapport à 2010.
Département du Sud
Le département du Sud est le premier producteur de maïs du pays, et également l’un des plus
importants contributeurs à l’offre nationale de riz local et haricot. Les plaines humides et irriguées
aux environs des Cayes représentent une zone principale de production. Le système d’irrigation a
été endommagé par les cyclones de 2008 et n’ont pas été entièrement réhabilité, ce qui pèse encore
sur la production de riz du département. Avec une grande diversité agro‐écologique, le département
du Sud contient également des zones de montagnes très humides en direction de la Grande Anse et
des Nippes, où trois cultures de haricot sont pratiquées par année, et des zones de plaines et
mornes sèche sur les zones côtières de l’est et ouest du département.
Cette année les pluies ont généralement été en retard, et cela surtout dans la plaine humide et les
zones plus sèches à l’est du département. Très tôt dans la saison, certains producteurs ont mis leurs
terres en culture lors de pluies précoces en février. La prériode de sec qui s’en est suivie à causé la
perte des cultures dans les zones les plus touchées ; Aquin et une partie de St Louis. Cependant, dès
le démarrage des pluies au début mai, elles ont été généralement bonnes et supérieurs à la normale.
Les producteurs ont également mis en culture leurs terres, avec, cette fois de meilleurs résultats. Il
faut noter que dans la partie est du département, les pluies n’ont pas été régulières et donc la
production est inférieur à 2010. Dans les montagnes humides, ainsi que la côte sud et ouest (de
Roche à Bateau jusqu’à Tibouron), les pluies ont démarré en mars et continué de façon régulière,
assurant ainsi une bonne récolte de maïs. Le haricot, quant à lui, a été affecté par les fortes pluies de
début juin dans tout le département. C’est en particulier le haricot planté en avril/mai qui arrivait à
maturité qui a été le plus touché. Dans les zones où le haricot a été planté en février‐mars, la récolte
n’a pas été affectée.
De nouvelles variétés de riz sont promues par un projet Taiwanais avec de bons résultats. Cette
année, la mauvaise disponibilité d’engrais à causé une chute de la performance des cultures
intensives. En effet, sur les parcelles suivies par le projet, les producteurs ont du passer de 4 à 2
applications d’engrais par campagne, avec des diminutions de rendement de 4.2 à 3.5 TM/ha. La
DDA n’a pas reçu d’engrais pour la campagne de printemps 2011 et a reçu 150 tonnes en juillet
(contre 811 tonnes en 2010). Cependant, la DDA a relevé que très peu d’engrais sont utilisés dans les
rizières du Sud et qu’elle estimait que le manque d’approvisionnement n’a pas eu, dans l’ensemble,
de conséquences négatives sur la production. La disponibilité en eau dans les rizières est bonne pour
les campagnes de printemps et d’été. Le sorgho est en régression dans le département et remplacé
par le maïs. Comme dans la Grande Anse, l’ouragan Thomas a causé des dégâts sur la récolte de
banane d’hiver, mais la récolte de printemps s’est avérée très bonne. Il semblerait que l’éclaircissage
des bananeraies aurait également eu des effets bénéfiques, en raison de pratiques culturales
défavorables qui résultent en des plantations trop denses et moins productives.
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