(2024-05) BRH Note on Bank Credit, September 2022-September 2023
Summary — This BRH note analyzes private-sector bank credit in Haiti from September 2022 to September 2023, covering the pass-through of monetary policy to lending rates, loan portfolio quality, and the sectoral, regional and gender distribution of credit. It finds a 10% nominal contraction in the credit portfolio, a rise in non-performing loans to 8.51%, and persistent concentration of lending in the Ouest department and among male borrowers.
Key Findings
- Nominal private-sector credit portfolio contracted about 10% in 2023 (real contraction -31.4%), after 14.1% growth in 2022.
- Credit/deposit ratio fell to 26% by September 2023, credit to GDP only 5% versus ~45% regional average.
- Non-performing loan ratio rose from 6.67% (Sep-2022) to 8.51% (Sep-2023), peaking at 11.85% in May 2023, prompting BRH circular 115-3.
- Agricultural credit collapsed 99.2% year-on-year, linked to loan write-offs and insecurity limiting access to Grand Sud farming zones.
- Ouest department's share of credit rose from 60% (2020) to 70% (2023); 67% of bank branches and 79% of deposits are in metropolitan Port-au-Prince.
- Men received 66% of gourde credit and 79.3% of dollar credit, versus 34% and 20.7% for women.
Full Description
Published by the Banque de la Republique d'Haiti (BRH) in May 2024, this note examines bank credit to the private sector over the fiscal year September 2022 to September 2023, a period marked by high inflation (38.7% in 2022), a 20% depreciation of the gourde, and a restrictive monetary stance adopted in August 2022. The nominal loan portfolio contracted by about 10% in 2023 (after 14.1% growth a year earlier), a real contraction of -31.4%, and the credit/deposit ratio fell to 26% by September 2023, its lowest level since 2022. Credit to the private sector represented only 5% of GDP, far below the regional average of around 45%. Lending-rate pass-through remained asymmetric: the average debtor rate on gourde loans rose from 14.75% (Sep-2022) to a peak of 17% (Feb-2023) before easing to 13% by September 2023, while the interest-rate spread in Haiti remains among the highest in the region, comparable only to Jamaica. Loan-portfolio quality deteriorated, with the non-performing loan ratio rising from 6.67% to 8.51% (peaking at 11.85% in May 2023), prompting the BRH to issue circular 115-3 introducing repayment moratoria and restructuring provisions.
The note also documents a sharp fall in incentive-program lending, a 99.2% collapse in agricultural credit linked to loan write-offs and insecurity-driven access constraints in the Grand Sud, and continued sectoral concentration in commerce (36.7% of the portfolio), manufacturing (19.2%) and residential/commercial real estate (17.5%). Geographically, the Ouest department's share of credit rose from 60% to 70% between 2020 and 2023, with 67% of bank branches and 79% of deposits concentrated in the Port-au-Prince metropolitan area. By gender, men received 66% of gourde-denominated credit and 79.3% of dollar-denominated credit, versus 34% and 20.7% for women, reflecting income, employment and financial-access gaps documented in a May 2023 World Bank gender assessment. The note concludes that reviving financial intermediation depends on improved security conditions and reduced uncertainty, alongside continued BRH programs to support SME financing and reduce gender gaps in access to credit.
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3
NOTE
SUR LE CRÉDIT
Introduction
L’évolution du crédit au secteur privé
Dollarisation du crédit
Impact des impulsions monétaires sur
les conditions de financement de l’économie
Réactions des taux d’intérêt débiteurs
aux impulsions monétaires
Qualité du portefeuille de crédit
Crédits accordés dans le cadre des
programmes incitatifs de la BRH
Répartition sectorielle du crédit privé
Répartition du crédit par région
Répartition du crédit par genre
Conclusion et Perspectives
5
6
7
7
7
9
10
11
13
14
15
Table des Matières
A
B
C
D
E
5
NOTE
SUR LE CRÉDIT
INTRODUCTION
Les informations relatives aux conditions de
financement de l’économie revêtent une
importance capitale, étant donné que, d’une
part, elles renseignent sur l’efficacité de
certains canaux de transmission de la politique
monétaire, dont le canal du taux d’intérêt
et celui du crédit, et d’autre part, rendent
compte des risques pesant sur la stabilité
financière. Une analyse de l’évolution des
concours à l’économie est particulièrement
pertinente dans le contexte haïtien où
l’investissement privé dépend pour l’essentiel
de l’autofinancement et du financement
bancaire en l’absence de marchés financiers.
Cependant, en dépit des incitations de la
Banque centrale en faveur du crédit privé,
notamment du crédit à des secteurs productifs,
ce dernier continue d’afficher un manque de
dynamisme, lié à un ensemble de contraintes
structurelles et conjoncturelles. De plus, la mise
en œuvre de la politique monétaire en Haïti au
cours de ces dernières années, s’inscrit dans un
contexte de crise multidimensionnelle avec des
incidences inflationnistes, lesquelles se sont
exacerbées au cours de la période post-Covid.
Cette persistance du taux d’inflation à deux (2)
chiffres est le reflet d’un ensemble de défis
auxquels l’économie haïtienne est confrontée,
allant de la dégradation des fondamentaux
macroéconomiques à la récurrence des
chocs conjoncturels, tels que la pénurie de
produits pétroliers, la dégradation du climat
sécuritaire entravant la mobilité des facteurs de
production et la flambée des prix des matières
premières sur les marchés internationaux. Le
taux d’inflation, qui a bondi à 38,7 % en 2022
contre 13,1 % en 2021, ainsi que la dépréciation
de 20 % de la gourde par rapport au dollar
américain, attestent de l’ampleur des chocs et
de l’accentuation des vulnérabilités existantes
en Haïti.
Dans un tel environnement, les contraintes à
l’efficacité de la politique monétaire se sont
renforcées et ont conduit à des arbitrages
difficiles de la Banque centrale, entre la relance
économique et la maîtrise de l’inflation. Pour
contrer la forte volatilité des prix, la Banque de
la République d’Haïti (BRH) a dû resserrer les
conditions monétaires en août 2022 à travers
notamment l’augmentation des taux d’intérêt
directeurs et l’ajustement à la hausse des
coefficients de réserves obligatoires sur les
passifs en devises.
Toutefois, la BRH reste attachée à son objectif
de soutien à l’économie et suit de près le
mécanisme de son financement, à travers
notamment le crédit bancaire au secteur privé.
Conséquemment, cette note analyse l’évolution
de cet agrégat sur la période allant de septem-
bre 2022 à septembre 2023, en mettant un
accent particulier sur le rôle du crédit en
tant que canal de transmission des impulsions
monétaires au secteur réel. Il s’agit également
de mettre en relief la répartition sectorielle des
prêts à l’économie afin d’en tirer les implications
pour la croissance économique. La répartition
régionale et par genre du crédit est aussi
analysée, en vue de dégager des perspectives
par rapport à la mise en œuvre de la politique
monétaire et l’implémentation de la Stratégie
Nationale d’Inclusion Financière (SNIF).
INTRODUCTION
6
NOTE
SUR LE CRÉDIT
A- L’ÉVOLUTION DU CRÉDIT
AU SECTEUR PRIVÉ
Le contexte sociopolitique continue d’amplifier
les anticipations négatives des agents économi-
ques, notamment ceux ayant une aversion pour
le risque. Ce climat pèse également sur la dyna-
mique de l’intermédiation financière au niveau
du système bancaire haïtien. La dégradation de
la conjoncture a renforcé la posture attentiste
des acteurs économiques, avec des répercus-
sions négatives à la fois sur l’offre et la demande
de crédit.
En termes nominaux, le portefeuille de crédit
s’est replié d’environ 10 % en 2023, après avoir
enregistré une croissance de 14,1 % un an plus
tôt. Hormis une hausse en décembre 2022,
le crédit privé a plutôt regressé en rythme
trimestriel sur l’ensemble de l’exercice 2023.
Cette variation négative enregistrée entre
septembre 2022 et septembre 2023 reflète
à la fois le comportement du portefeuille de
prêts en dollars et en gourdes, lesquels ont
respectivement reculé de 15,06 % et 16,2 %.
À noter que, rapporté au PIB de 2023, le
crédit au secteur privé ne représente que 5 %,
ce qui est nettement inférieur à la moyenne
régionale oscillant autour de 45 %.
En termes réels, la contraction des concours
à l’économie est encore plus importante,
s’inscrivant à -31,4 % en 2023 contre -17,35 %
en 2022 compte tenu du niveau élevé de
l’inflation.
Source : BRH/Direcon de la Supervision
Portefeuille de prêts du système bancaire
Graphique I
(en milliards de gourdes)
Sep-22
Oct-22
Nov-22
Dec-22
Jan-23
Feb-23
Mar-23
Apr-23
May-23
Jun-23
Jul-23
Aug-23
Sep-23
150
154
159
163
162
158
160
155
145
146
142
140
135
Quant au ratio crédit/dépôt, il demeure en deçà
de 30 % depuis l’exercice 2022 et s’est inscrit
en baisse à 26 % au 30 septembre 2023. Ceci
traduit une faiblesse encore plus marquée de
l’intermédiation bancaire et le renforcement
de la tendance des institutions financières à
orienter leurs ressources vers des opérations
moins risquées.
Source : BRH/Direcon de la Supervision
Ratio crédit/dépôt
Graphique II
20%
25%
30%
35%
40%
45%
2013
2014
2015
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
2023
L’ÉVOLUTION DU CRÉDIT
AU SECTEUR PRIVÉ
A
7
NOTE
SUR LE CRÉDIT
DOLLARISATION DU CRÉDIT
En ce qui a trait à la dollarisation du crédit, elle
continue d’évoluer en-dessous de 50 %, résultat
des mesures prises par la Banque centrale, en
vue de limiter les prêts en dollars, notamment
ceux dédiés à la consommation. Ajouté à cela,
il est important de souligner le taux élevé des
réserves obligatoires sur les passifs en devises
(53 %), en vue de mitiger les risques associés à
l’octroi de crédit en dollars ÉU, compte tenu de
la tendance fondamentale du taux de change.
Entre septembre 2022 et septembre 2023, le
ratio crédit dollars/crédit total n’a augmenté
que de 80 points de base pour s’établir à
41,5 %, ceci, en raison de l’effet-change, le
volume de prêts en devises ayant chuté sur
la période.
Sep-21
Jan-22
May-22
Sep-22
Jan-23
May-23
Sep-23
35%
40%
45%
50%
55%
Dollarisa on(créditendollars/totalcréditausecteurprivé)
TROsurpassifsendevises
Source : BRH/Direcon Monnaie et Analyse Économique (MAE)
TRO sur les passifs en devises et
dollarisation du crédit
Graphique III
B- IMPACT DES
IMPULSIONS MONÉTAIRES
SUR LES CONDITIONS
DE FINANCEMENT DE
L’ÉCONOMIE
RÉACTIONS DES TAUX D’INTÉRÊT
DÉBITEURS AUX IMPULSIONS
MONÉTAIRES
La transmission des impulsions monétaires
est de plus en plus difficile dans un contexte
de dollarisation partielle et de faible niveau
de bancarisation des agents économiques.
De plus, une réaction asymétrique des taux
débiteurs aux décisions de politique monétaire
est généralement observée. En effet, selon
une étude intitulée « Pass-through des taux
directeurs de la Banque centrale sur les taux
bancaires en Haïti : Implications pour les
Autorités monétaires » (Claude Jacques Divers,
Cahier de recherche BRH No 4, 2019), il apparaît
que les banques commerciales réagissent plus
vite à une posture monétaire restrictive en
répercutant la hausse des taux directeurs sur
les taux débiteurs. En revanche, elles sont
moins enclines à diminuer les taux d’intérêt
sur les prêts lorsque la politique monétaire
s’assouplit.
Au cours de l’exercice sous étude, les Autorités
monétaires ont gardé inchangées les mesures
adoptées en 2022 pour éviter de pénaliser
davantage l’activité économique qui pâtit déjà
IMPACT DES IMPULSIONS
MONÉTAIRES SUR LES CONDITIONS
DE FINANCEMENT DE L’ÉCONOMIE
B
8
NOTE
SUR LE CRÉDIT
des effets de nombreux chocs négatifs, tant
internes qu’externes. Il convient de rappeler
qu’en août 2022, la BRH avait affiché une
posture restrictive, en vue d’atténuer les
tensions sur le marché des changes et leurs
impacts sur l’évolution des prix. Ainsi, les taux
sur les bons BRH de 7, 28 et 91 jours ont été
fixés à 6 %, 8 % et 11,5 % contre 4 %, 6 % et
10 % auparavant tandis que le taux de mise en
pension a été maintenu à 17 % pour les bons
BRH et fixé à 14 % pour les bons du trésor.
L’ajustement des taux d’intérêt débiteurs
au niveau du système bancaire s’est fait
graduellement. En effet, le taux d’intérêt moyen
appliqué sur les prêts en gourdes a connu une
hausse, passant de 14,75 % en septembre 2022
à 16,5 % en décembre pour atteindre 17 %
en février 2023. Par la suite, ce taux a affiché
un comportement en dents de scie, avant
de terminer l’année à un niveau de 13 %. Le
taux d’intérêt maximum a suivi une tendance
similaire, passant de 24 % en septembre 2022
à un pic de 28 % en février 2023 avant de se
replier à 20 % en septembre 2023. Cette baisse
en fin de période ne devrait pas être associée à
un renversement de tendance car les taux ont
rapidement augmenté, se rapprochant de leur
niveau maximal les mois suivants.
Par ailleurs, le spread de taux d’intérêt demeure
particulièrement élevé en Haïti, comparable
uniquement à celui observé en Jamaïque au
sein de la région (voir Graphique V). Cette
situation met en évidence les défis posés par
la surliquidité et la structure oligopolistique
caractérisant le système bancaire haïtien.
Source : BRH/Direcon du Contrôle de Crédit
Graphique IV
Sep-21
Nov-21
Jan-22
Mar-22
May-22
Jul-22
Sep-22
Nov-22
Jan-23
Mar-23
May-23
Jul-23
Sep-23
Taux d'intérêt directeur et taux d’intérêt
moyen sur les prêts en gourdes
10%
11%
12%
13%
14%
15%
16%
17%
18%
Taux d’intérêt moyen sur les prêts en gourdes
Tauxd'intérêtdirecteur
Source : Banque Mondiale
Spread de taux d’intérêt (en %)
Graphique V
4
6
8
10
12
14
16
Hai Jamaïque
AmeriqueLa neetCaraibes RépubliqueDominicaine
2013
2014
2015
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
IMPACT DES IMPULSIONS
MONÉTAIRES SUR LES CONDITIONS
DE FINANCEMENT DE L’ÉCONOMIE
B
9
NOTE
SUR LE CRÉDIT
QUALITÉ DU PORTEFEUILLE DE
CRÉDIT
En 2023, la qualité du portefeuille de crédit
s’est détériorée, les conditions sécuritaires
ayant négativement impacté le chiffre d’affaires
des entreprises avec des effets induits sur la
solvabilité des débiteurs du système.
Ainsi, le coefficient d’arrérage du système
bancaire a affiché une hausse, passant de
6,67 % en septembre 2022 à 8,51 % en
septembre 2023, avec un pic de 11,85 % en
mai 2023. Par ailleurs, les provisions pour
créances douteuses ont représenté 79,38 %
des prêts improductifs bruts, soit un repli
de 10,13 points de pourcentage par rapport
à septembre 2022. Cette situation s’est
accompagnée de la réduction significative
du nombre de comptes de prêts, lequel est
passé de 91 733 en 2021 à 79 508 en 2022
pour se chiffrer à 69 098 en 2023.
Face à ces constats, la BRH a pris un ensemble
de dispositions à travers la circulaire 115-3,
allant du moratoire sur les remboursements de
capital à la restructuration des prêts devenus
improductifs, en vue de limiter les impacts
de la dégradation du climat des affaires sur la
stabilité du système financier.
Source : BRH/Direcon de la Supervision
Prêts improductifs en % des prêts bruts
Graphique VI
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
Sep-21
Nov-21
Jan-22
Mar-22
May-22
Jul-22
Sep-22
Nov-22
Jan-23
Mar-23
May-23
Jul-23
Sep-23
Sep-17
Sep-18
Sep-19
Sep-20
Sep-21
Sep-22
Sep-23
140325
127822
122387
102563
91733
79508
69098
Source : BRH/Direcon de la Supervision
Nombre de comptes de prêts (en unités)
Graphique VII
IMPACT DES IMPULSIONS
MONÉTAIRES SUR LES CONDITIONS
DE FINANCEMENT DE L’ÉCONOMIE
B
10
NOTE
SUR LE CRÉDIT
CRÉDITS ACCORDÉS DANS LE
CADRE DES PROGRAMMES
INCITATIFS DE LA BRH
Différentes initiatives ont été mises sur pied afin
d’apporter un soutien particulier aux secteurs
porteurs de croissance. Il s’agit de facilités
accordées par la Banque centrale, à travers
les intermédiaires financiers, pour stimuler
l’activité économique.
Au terme de l’exercice 2022-2023, les crédits
accordés dans le cadre de ces programmes se
sont élevés à 12,37 milliards de gourdes. Le
secteur immobilier a été le plus grand
bénéficiaire avec un portefeuille de 3,173
milliards de gourdes représentant 26,16 % du
total. S’ensuivent les crédits octroyés aux
zones franches industrielles, qui ont totalisé
3,022 milliards de gourdes, équivalant à
24,91 % de l’encours. Le montant attribué
aux entreprises tournées vers l’exportation
s’est établi à 2,437 milliards de gourdes, soit
une pondération de 20,42 %. L’enveloppe
allouée au secteur agricole a totalisé
1,661 milliard de gourdes, soit 13,69 % de
l’encours total. Les crédits accordés au secteur
touristique et hôtelier, ainsi qu’au programme
de promotion de développement d’immobiliers,
se sont établis respectivement à 791 et 747
millions de gourdes, ce qui représente 6,52 %
et 6,16 % de l’enveloppe.
3,173
3,022
2,437
747
1,661
791
300
Programmeauxzones
franchesindustrielles
Programmedelogement
Programmeàl'exporta on
Programmeausecteur
agricole
Programmeauxsecteurs
touris queethôtelier
Crédit-bail
Programmedepromo on dedéveloppement d'immobilier
Source : BRH/Direcon Contrôle de Crédit
Graphique VIII
Crédit aux secteurs productifs (MG)
Programme aux zones
franches industrielles
Programme de logement
Programme