(2023-03) Une évaluation de l'économie de l'agroécologie en Haïti : Une étude de cas de la partie nord du plateau central d'Haïti
Resume — Une étude de cas de l'initiative Economics of Land Degradation (ELD) quantifiant les rendements de l'agriculture agroécologique chez les membres d'associations paysannes du nord d'Haïti, à partir d'une enquête menée en juin-juillet 2021 auprès de 330 ménages agricoles à Bois Neuf, Sans Souci et La Belle-Mère. Le revenu net des cultures et des arbres par hectare des agriculteurs modèles agroécologiques (1 231 à 1 596 USD) est près du double de celui des agriculteurs conventionnels (616 à 806 USD), l'analyse de régression identifiant la culture intercalaire comme principal moteur de la productivité des terres.
Constats Cles
- Les agriculteurs modèles agroécologiques obtiennent un revenu net des cultures et des arbres de 1 231 à 1 596 USD par hectare, près du double des 616 à 806 USD des agriculteurs conventionnels, malgré des coûts de production plus élevés.
- L'analyse de régression montre que l'écart de revenu tient aux pratiques agroécologiques et aux dépenses en semences de qualité et en main-d'œuvre de désherbage, non à l'éducation, aux réseaux de soutien ou à la distance des parcelles.
- La culture intercalaire est le principal moteur de productivité : passer de 2 à 6 espèces fait passer le revenu brut attendu des cultures d'environ 700 à 1 680 USD par hectare.
- Les données satellitaires NDVI valident les résultats d'enquête, les parcelles modèles affichant des valeurs mensuelles de végétation supérieures de 4,3 pour cent malgré 3,5 mm de pluie en moins par mois.
- 98 pour cent des agriculteurs modèles comptent à la fois poursuivre l'agroécologie et étendre la superficie qui y est consacrée.
Description Complete
Réalisée par Altus Impact avec l'ONG haïtienne Partenariat pour le Développement Local (PDL) et Groundswell International dans le cadre de l'initiative Economics of Land Degradation (ELD), cette étude construit et applique un outil d'évaluation au niveau de l'exploitation combinant des budgets d'utilisation des terres issus d'enquêtes auprès des ménages, des groupes de discussion et une validation satellitaire. Le terrain est le nord du bassin du Plateau Central (sections communales de Bois Neuf, Sans Souci et La Belle-Mère dans les communes de Saint-Raphaël, Mombin-Crochu et Pignon), où le PDL appuie des associations paysannes depuis 2009 ; 330 agriculteurs, modèles agroécologiques et conventionnels, ont été enquêtés en juin-juillet 2021. Les agriculteurs modèles tirent de leur parcelle principale un revenu brut des cultures et des arbres supérieur à 1 600 USD par hectare contre environ 900 USD pour les conventionnels ; après déduction des coûts d'intrants et de main-d'œuvre, leur revenu net (1 231 à 1 596 USD/ha) est près du double de la référence conventionnelle (616 à 806 USD/ha). Les régressions de fonction de production montrent que l'écart ne s'explique pas par l'éducation, les réseaux de soutien ou la distance des parcelles, mais par les dépenses en semences de qualité et en main-d'œuvre de désherbage et par les pratiques agroécologiques elles-mêmes ; la culture intercalaire est le moteur le plus puissant, le passage de 2 à 6 cultures faisant passer le revenu brut attendu d'environ 700 à 1 680 USD par hectare. Les données satellitaires NDVI corroborent la productivité supérieure des terres (valeurs mensuelles supérieures de 4,3 pour cent sur les parcelles modèles malgré moins de précipitations), et 98 pour cent des agriculteurs modèles comptent poursuivre et étendre l'approche. L'étude recommande des solutions de financement mixte, des paiements pour services écosystémiques, la sécurisation du régime foncier et des partenariats public-privé-ONG pour la mise à l'échelle de l'agroécologie.