(2024-06) Un travail considérable en perspective : le gouvernement haïtien cherche à rétablir la sécurité avec le soutien international
Resume — Keith Mines et Kirk Randolph soutiennent que le nouveau Conseil de transition et le Premier ministre Garry Conille doivent bâtir une stratégie globale contre les gangs : montée en puissance de forces de sécurité correctement échelonnées aux côtés de la mission MSS dirigée par le Kenya, programme massif de démobilisation et de désarmement ciblant les réseaux de parrainage des élites, système judiciaire et pénal temporaire, et implication citoyenne sans précédent via des dialogues de sécurité. Avec des gangs contrôlant 80 pour cent de Port-au-Prince, ils avertissent que les efforts actuels sont sous-financés et insuffisants.
Constats Cles
- Les gangs ont tué ou blessé plus de 4 700 personnes en 2023, déplacé plus de 600 000 habitants et contrôlent 80 pour cent de Port-au-Prince, tandis que les élites se sont protégées en excluant les citoyens des politiques de sécurité.
- Une stratégie globale contre les gangs exige quatre piliers : montée en puissance de forces échelonnées avec la MSS, démobilisation et désarmement massifs, système judiciaire et pénitentiaire temporaire, et engagement citoyen financé ; les efforts actuels sont insuffisants et sous-financés.
- Le DDR échouera si les réseaux de parrainage des élites qui soutiennent les gangs (du Tonton Macoute aux Chimères) ne sont pas poursuivis, au-delà des chefs comme Barbecue, Vitel'Homme et Izo.
- La MSS arrive avec des capacités mais de réels déficits (taille, langue, connaissance locale) et a besoin de multiplicateurs — drones, appui aérien, renseignement — pendant qu'Haïti réorganise ses forces, de la police communautaire aux unités de réaction rapide, armée comprise.
- Des dialogues communautaires justice-sécurité, avec une place centrale pour les femmes, les déplacés et les jeunes, peuvent guider la stratégie et étendre les services publics au-delà de la sécurité.
Description Complete
Rédigée en juin 2024 après l'assassinat des missionnaires américains Davy et Natalie Lloyd et du directeur local Jude Montis, cette analyse (publiée initialement par Just Security) rappelle que la violence qui choque les États-Unis est le quotidien d'Haïti : les gangs ont tué ou blessé plus de 4 700 personnes en 2023, déplacé plus de 600 000 habitants et contrôlent 80 pour cent de Port-au-Prince. Les auteurs reprochent aux classes d'affaires et politiques d'avoir privatisé leur propre sécurité en excluant les citoyens, et avertissent que sans réponse adéquate Haïti risque de passer d'État fragile à État failli.
La stratégie contre les gangs, à élaborer par un Conseil national de sécurité haïtien avec conseillers internationaux et apport communautaire, repose sur quatre piliers : rééquilibrer le rapport de force (la mission MSS apporte capacité et mobilité mais reste petite et aura besoin de multiplicateurs — drones, appui aérien, renseignement — pendant qu'Haïti réorganise ses forces en échelons, police communautaire adossée à des unités lourdes et forces de réaction rapide, en réintégrant l'armée) ; démobilisation et désarmement différenciant les hommes de troupe, à qui offrir formation professionnelle et travaux communautaires restaurateurs, des chefs et surtout des réseaux de parrainage des élites (du Tonton Macoute aux Chimères), dont la poursuite conditionne l'acceptation du DDR par les communautés ; un système judiciaire et pénitentiaire temporaire, le pénal ayant reçu très peu d'aide et les prisons ayant été détruites par les gangs ; et une implication citoyenne réelle via des tables rondes et des dialogues communautaires justice-sécurité pilotés par l'USIP en Afrique, avec une place centrale pour les femmes, les déplacés et les jeunes. L'objectif : restaurer les droits fondamentaux des Haïtiens et rebâtir confiance et protection des droits humains comme fondement d'une stabilité durable.
Notes
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