(2023-03) Marchés criminels en Haïti : cartographie des tendances du trafic d'armes à feu et de drogue
Resume — Cette évaluation de l'ONUDC cartographie l'ampleur, les itinéraires et la dynamique du trafic d'armes à feu et de drogue en Haïti, à partir de sources publiées et inédites et de 45 entretiens à distance menés fin 2022. Elle constate que des armes de plus en plus sophistiquées et de gros calibre, provenant principalement des États-Unis, parviennent aux gangs via des ports et frontières poreux, tandis qu'Haïti demeure un point de transbordement de la cocaïne colombienne et du cannabis jamaïcain, débordant les capacités sous-financées de la police, des douanes et des garde-côtes.
Constats Cles
- Des armes et munitions de plus en plus sophistiquées et de gros calibre, y compris des fusils de précision de calibre .50 et des mitrailleuses à bande, sont introduites en Haïti, la plupart provenant des États-Unis et transitant par des intermédiaires via des ports publics et privés.
- Les estimations évoquent jusqu'à 500 000 armes légères en circulation contre environ 38 000 enregistrées légalement en 2015 ; des pistolets vendus 400 à 500 dollars aux États-Unis peuvent se revendre jusqu'à 10 000 dollars en Haïti.
- Haïti demeure un pays de transbordement de la drogue, principalement la cocaïne colombienne et le cannabis jamaïcain, entrant par bateau ou avion via des ports et pistes clandestines puis réexpédiés vers la République dominicaine, les États-Unis et l'Europe occidentale.
- Des frontières poreuses (1 771 km de côtes, 392 km de frontière terrestre) débordent les capacités sous-dotées de la police, des douanes, des patrouilles frontalières et des garde-côtes, de plus en plus ciblés par les gangs.
- Presque tous les indicateurs d'insécurité sont en hausse : les homicides sont passés de 1 141 en 2019 à 2 183 en 2022 et les enlèvements de 78 à 1 359, tandis que 150 à 200 gangs sont imbriqués dans des réseaux de clientélisme des élites.
Description Complete
Préparée par le Service de la recherche et de l'analyse des tendances de l'ONUDC et rédigée entre le 20 novembre et le 31 décembre 2022, cette évaluation analyse les sources, itinéraires, vecteurs et destinations du trafic d'armes à feu et de drogue en Haïti dans un contexte sécuritaire en dégradation rapide. Elle s'appuie sur des informations publiées et inédites et sur 45 entretiens à distance avec des représentants du gouvernement haïtien, des agences bilatérales et multilatérales, des experts et la société civile. Le rapport situe le trafic dans un contexte criminel de 150 à 200 gangs imbriqués dans des réseaux de clientélisme des élites, avec des homicides passés de 1 141 en 2019 à 2 183 en 2022 et des enlèvements de 78 à 1 359 sur la même période. Il documente des frontières essentiellement poreuses (1 771 km de côtes et 392 km de frontière terrestre avec la République dominicaine), une infrastructure de trafic couvrant ports publics, privés et informels, routes et pistes clandestines, et des flux d'armes dominés par des achats aux États-Unis, notamment en Floride, acheminés par des intermédiaires ; une estimation de la commission nationale de désarmement de 2020 évoquait jusqu'à 500 000 armes légères en circulation, contre environ 38 000 armes enregistrées légalement en 2015, et des pistolets vendus 400 à 500 dollars aux États-Unis peuvent se revendre jusqu'à 10 000 dollars en Haïti. Du matériel de calibre croissant, dont des fusils de précision de calibre .50 et des mitrailleuses à bande, a été saisi. Côté drogue, Haïti demeure un pays de transbordement de la cocaïne colombienne et du cannabis jamaïcain vers la République dominicaine, les États-Unis et l'Europe occidentale. Le rapport passe en revue les réponses internationales, régionales et nationales, dont le régime de sanctions de l'ONU, et appelle à des approches globales couvrant la gestion des frontières, la police communautaire, la réforme de la justice pénale et la lutte contre la corruption.
Notes
new: firearms/drugs market mapping 2023; corpus holds only SC quarterlies