Éviter l’effondrement : évaluation du secteur de la sécurité en Haïti et perspectives pour de futurs programmes de gouvernance et de réforme du secteur de la sécurité 2025
Resume — Ce rapport résume l'évaluation du secteur de la sécurité en Haïti réalisée par le DCAF à la demande de la Suisse, de la France et de l'Allemagne. Il décrit les menaces à la sécurité, analyse l'écosystème de la sécurité, examine la transition de la Mission multinationale de soutien à la sécurité vers une force de répression des gangs, cartographie l'aide internationale à la sécurité et recommande des améliorations pour la gouvernance et l'efficacité du secteur de la sécurité.
Constats Cles
- L'écosystème de la sécurité nationale en Haïti se caractérise actuellement par l'interaction dynamique d'une multitude d'acteurs opérant de facto dans le domaine de la sécurité.
- Le gouvernement haïtien estime qu'il est urgent de remédier à la faiblesse des effectifs de la police en portant le nombre de personnes à au moins 20 000.
- La transition de la MSS vers la FRG offre à la communauté internationale une nouvelle occasion de soutenir Haïti dans le rétablissement de la sécurité de ses habitants et d'ouvrir la voie à des élections.
- La coordination entre les partenaires internationaux prend principalement la forme d'un financement conjoint de programmes multilatéraux soutenant des activités liées à la sécurité.
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Ce document présente une vue d’ensemble du contenu de l’évaluation du secteur de la sécurité en Haïti réalisée par le DCAF à la demande de la Suisse, de la France et de l’Allemagne. L’évaluation originale propose un profil des menaces pour la sécurité, une analyse de l’écosystème de la sécurité et de ses défis, un bref examen de la transition de la Mission multinationale de soutien à la sécurité vers la Force de répression des gangs, une cartographie de l’aide apportée par les partenaires internationaux en matière de sécurité et des recommandations avec des pistes d’amélioration possibles pour la gouvernance et l’efficacité du secteur de la sécurité. L’evaluation s’est déroulé de novembre 2024 à novembre 2025.
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Éviter l’effondrement : évalua - tion du secteur de la sécurité en Haïti et perspectives pour de futurs programmes de gouvernance et de réforme du secteur de la sécurité 2025 RÉSUMÉ DU RAPPORT Éviter l’effondrement : évaluation du secteur de la sécurité en Haïti et perspectives pour de futurs programmes de gouvernance et de ré - forme du secteur de la sécurité Ce document présente une vue d’ensemble du contenu de l’évaluation du secteur de la sécurité en Haïti réa- lisée par le DCAF à la demande de la Suisse, de la France et de l’Allemagne. L’évaluation originale propose un profil des menaces pour la sécurité, une analyse de l’écosystème de la sécurité et de ses défis, un bref examen de la transition de la Mission multinationale de soutien à la sécurité vers la Force de répression des gangs, une cartographie de l’aide apportée par les partenaires internationaux en matière de sécurité et des recommandations avec des pistes d’amélioration possibles pour la gouvernance et l’efficacité du secteur de la sécurité. L’evaluation s’est déroulé de novembre 2024 à novembre 2025. A PROPOS DU DCAF Le Centre pour la gouvernance du secteur de la sécurité, Genève, se consacre à l’amélioration de la sécurité des états et de leurs citoyens dans le cadre d’une gou - vernance démocratique, de l’état de droit, et dans le respect des droits humains. Depuis sa création en 2000, il contribue à rendre la paix et le développement plus durables en aidant les états partenaires, ainsi que les acteurs internationaux qui les soutiennent, à améliorer la gouvernance de leur secteur de la sécurité grâce à des réformes participatives et inclusives. Il développe des matériels pédagogiques, fait la promotion de normes et de bonnes pratiques, délivre un conseil juridique, politi- que et technique, et appuie le développement capacitaire des parties prenantes tant étatiques que non-étatiques. DCAF - Centre pour la gouvernance du secteur de la sécurité Maison de la Paix Chemin Eugène-Rigot 2E 1202 Geneva, Switzerland Tel: +41 22 730 94 00 info@dcaf.ch www.dcaf.ch Droits d’auteur : DCAF encourage l’utilisation, la traduction et la diffusion de cette publication. Le contenu du rapport ne doit pas être modifié. Veuillez utiliser la cita - tion ci-dessous pour toute référence. Citer comme : DCAF – Le Centre de Genève pour la gouvernance du secteur de la sécurité, “ RÉSUMÉ DU RAPPORT. Éviter l’effondrement : Évaluation du secteur de la sécurité en Haïti et perspectives pour de futurs programmes de gouvernance et de réforme du secteur de la sécurité” (Genève: DCAF, 2025). Mise en page : Camilo Medina ISBN: 978-92-9222-806-4 Auteurs : Anícia Lalá Zoryana Verbych Shestin Thomson Witny Dorsainvil Révision : Hervé Auffret Jean-Michel Rousseau Enric Gonyalons Publication : Publié en 2025 par le DCAF – Centre de Genève pour la gouvernan - ce du secteur de la sécurité (DCAF Genève) Toutes les photos : © Zoryana Verbych Tous droits réservés. Table des matières A brévi A tions ......................................................................................................6 1. i ntroduction ................................................................................................... 7 1.1 Objectifs ..................................................................................................................................... 9 1.2 Questions générales de recherche ....................................................................................... 9 1.3 Considérations méthodologiques ........................................................................................ 10 2. c onst A t A tions et c onclusions ........................................................................... 11 Un écosystème de sécurité nationale dynamique .................................................................... 11 Explorer d’autres investissements : du court terme au moyen terme ................................ 15 La planification stratégique comme moyen de passer de la réactivité à la prévention ..... 16 Investissements complémentaires dans la consolidation de la paix ..................................... 17 Transition du MSS vers une force de répression des gangs ................................................ 18 Cartographie de l’aide des partenaires internationaux .........................................................20 3. r ecomm A nd A tions ..........................................................................................23 AIDE AU SECTEUR DE LA SÉCURITÉ ..........................................................................................23 1. Coordination internationale pour un impact ........................................................................ 23 2. Reconfiguration du MSS en une force de répression des gangs .....................................25 3. Planification stratégique et efficacité opérationnelle .....................................................25 4. Contrôle interne et surveillance externe du secteur de la sécurité ............................ 27 Contrôle interne .......................................................................................................................... 27 Contrôle externe ......................................................................................................................... 27 5. Du DDR et de la CVR ................................................................................................................. 28 6. Soutien psychosocial et guérison des traumatismes ......................................................... 29 7. Assistance en matière de Genre et de sécurité .................................................................... 29 8. Sécurité maritime ...................................................................................................................... 30 AIDE AU SECTEUR DE LA SÉCURITÉ ..........................................................................................30 9. Coordination de la sécurité nationale haïtienne : vision stratégique pour une prise de décision éclairée ........................................................................................................................... 31 10. Leadership et gestion du changement ................................................................................. 32 FACTEURS ENGLOBANTS DE L’ÉCOSYSTÈME DE SÉCURITÉ NATIONALE ..........................32 11. Lutter contre le trafic illégal d’armes et la criminalité transnationale organisée . 33 12. Réglementation et surveillance des sociétés de sécurité privées ................................ 33 13. Renforcer la coordination et la communication publique .............................................. 34 14. Lutter contre l’impunité et la corruption ......................................................................... 34 15. Coordination au sein du système de justice pénale ......................................................... 34 16. Régime de sanctions ............................................................................................................... 35 FACTEURS ENGLOBANTS DE L’ÉCOSYSTÈME DE SÉCURITÉ NATIONALE ..........................35 17. Dialogue de paix, traitement du passé et non-répétition .................................................. 35 Abréviations ACLED Armed Conflict Location & Event Data - Données sur les lieux et les événements liés aux conflits armés AF Année fiscale BINUH Bureau intégré des Nations Unies en Haïti BSAP Brigade de surveillance des aires protégées CARICOM Communauté des Caraïbes CPT Conseil présidentiel de transition CSNU Conseil de sécurité des Nations Unies DCAF Centre pour la gouvernance du secteur de la sécurité à Genève DDR Désarmement, démobilisation et réintégration EAS Exploitation et abus sexuels États-Unis États-Unis d’Amérique EUR Euro FAd’H Forces armées haïtiennes FRG Force de répression des gangs G/RSS Gouvernance/réforme du secteur de la sécurité HCDH Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme HQ Siège IATI Initiative internationale pour la transparence de l’aide IDP Personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays IGPNH Inspecteur général de la police nationale d’Haïti GICAS Groupe international de coordination de l’aide à la sécurité MD Ministère de la Défense d’Haïti MSS Mission multinationale de soutien à la sécurité OCAG Organisme de contrôle des mesures gouvernementales OCDE Organisation de coopération et de développement économiques CAD Comité d’aide au développement OEA Organisation des États américains ONU Organisation des Nations Unies ONUDC Office des Nations Unies contre la drogue et le crime OPC Office de protection des citoyens OSC Organisations de la société civile PNH Police nationale haïtienne PNUD Programme des Nations Unies pour le développement PTF Partenaires techniques et financiers RNDDH Réseau national des droits humains Royaume-Uni Royaume-Uni RVC Réduction de la violence communautaire SMSP Sociétés militaires et de sécurité privées VBG Violence basée sur le genre UE Union européenne UNSOH Bureau d’appui des Nations Unies en Haïti USD Dollar américain ZEE Zone économique exclusive 6 Haïti traverse actuellement une nouvelle période sombre de son histoire, ravagée par la violence armée perpétrée par des gangs criminels organisés responsables de violations flagrantes des droits humains de sa population, face à une capacité étatique incapable de fournir une protection et une réparation minimales. 1 Une politique fragmentée, érodée par la quête égoïste du pouvoir des acteurs politiques, la faiblesse des institutions chargées de la sécurité, l’absence générale de services publics et la corruption institutionnalisée, conjuguée à l’absence d’élections depuis près d’une décennie, ont plongé le pays dans une profonde crise de gouvernance et de sécurité. L’érosion de la légitimité de l’État qui en a résulté a créé une occasion propice pour les gangs de tirer profit et de consolider leur pouvoir, une triste illustration du fait que les solutions durables vont au-delà de la sécurité immédiate et englobent des dimensions structurelles englobant la création d’emplois, la fin de l’impunité et la justice. Le pays est donc confronté à un nouveau test décisif pour la refondation de son contrat social, sous peine de s’effondrer. Un événement majeur dans l’histoire récente d’Haïti a été l’assassinat du président Jo - venel Moïse le 7 juillet 2021, qui a laissé la gestion provisoire du pays entre les mains du Premier ministre Ariel Henry, lequel a démissionné sous la pression de l’intensification de la violence des gangs et des troubles croissants au début de l’année 2024. Cela a donné lieu à des négociations entre les acteurs politiques, qui ont abouti à l’accord de Kingston du 11 mars 2024, négocié par la Communauté des Caraïbes (CARICOM). Cet accord a permis la mise en place d’un dispositif de gouvernance pour une période de transition jusqu’aux élections, comprenant la création d’un Conseil présidentiel de transition (CPT) composé de neuf membres. Cet organe a ensuite nommé un Premier ministre chargé de diriger un gouvernement intérimaire dont la mission était de rétablir la sécurité, d’engager consultations vers une réforme constitutionnelle et d’organiser des élections. Jusqu’à pré - sent, M. Gary Conille, puis M. Alix Didier Fils-Aime, ont occupé le poste de Premier minis - tre pendant cette transition politique. L’Organe de contrôle de l’action gouvernementale (OCAG) faisait également partie de la structure de gouvernance provisoire, mais n’a pas été mis en place, ce qui a créé un vide important en matière de redevabilité et de contrôle en l’absence d’un parlement élu. 2 La légitimité et l’autorité du CPT ont été remises en question par des appels à un change- ment de direction ou à sa dissolution et par des manifestations de rue contre son inaction perçue face à la recrudescence de la violence des gangs (Blaise, 2025a), mais aussi de 1 Selon les estimations, environ 200 gangs opèrent en Haïti. Une description détaillée des gangs haïtiens, notamment de leur composition et de leurs activités, figure dans le rapport « Gangs of Haïti : Expansion, power and an escalating crisis » publié en octobre 2022 par Global Initiative Against Transnational Organized Crime. 2 Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH). (28 avril 2025). Mauvaise gouvernance, insécuri - té, corruption et impunité : en un an, le CPT a aggravé la situation déjà préoccupante dans le pays. RNDDH. https://web. rnddh.org/poor-governance-insecurity-corruption-and-impunity-in-one-year-the-cpt-has-worsened-the-already-concer - ning-situation-in-the-country/?lang=en 1. Introduction 7 l’implication présumée de certains de ses membres dans des pratiques de corruption. 3 Au moment de la rédaction du présent rapport, les élections qui devaient initialement avoir lieu en novembre 2025 afin de permettre un transfert de pouvoir d’ici février 2026 ont été reportées à août 2026 et décembre 2026 (second tour), le nouveau président devant en - trer en fonction en janvier 2027. Compte tenu de l’histoire des interventions étrangères précédentes en Haïti à la suite de crises sécuritaires, il est évident que malgré la stabilisation temporaire obtenue, leur hé- ritage en matière de réformes institutionnelles n’a pas été suivi d’un accompagnement et d’un leadership suffisants pour tirer parti de cette nouvelle opportunité de consolider les institutions de sécurité de l’État. La police haïtienne, en tant qu’institution clé de la sécuri - té, n’a pas été en mesure de faire face à la menace des gangs et fait l’objet d’allégations de violations des droits humains et d’exécutions extrajudiciaires, tandis que les forces ar - mées, encore embryonnaires, manquent d’effectifs et de capacités. Cela met en évidence les faiblesses stratégiques et opérationnelles ainsi que les lacunes en matière de légitimité résultant du manque d’investissements publics dans ces institutions. L’ampleur de la violence, tant systémique que directe, et la terreur infligée aux Haïtiens par le biais d’enlèvements, de raids, de meurtres, de violences sexuelles et de déplacements cycliques, ont conduit à la création et au déploiement en octobre 2023 d’une mission mul - tinationale de soutien à la sécurité (MSS) en Haïti, approuvée par le Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU) et dirigée par le Kenya. Chargée de soutenir la Police nationale haïtienne (PNH) afin de rétablir la sécurité et de créer les conditions sécuritaires propices à la tenue d’élections libres et équitables, la MSS s’est heurtée à un mandat problémati- que et à des ressources insuffisantes, ce qui, compte tenu de la menace que représentent les gangs, a mis ses résultats à l’épreuve face à des progrès limités. Parallèlement au déploiement du MSS début 2024, les gangs se sont regroupés au sein d’une alliance fonctionnelle et plutôt stable, connue sous le nom de Viv Ansanm . Des gangs criminels aux niveaux de pouvoir, de force et d’étendue territoriale différents 4 ont mis fin à leurs luttes intestines pour se tourner vers un objectif commun : exercer la violen - ce sur les institutions étatiques et leurs représentants. 5 Les estimations indiquaient que les gangs contrôlaient plus de 85 % de Port-au-Prince (Blaise, 2024), grâce à leur capacité à 3 Ces faits ont été révélés par une enquête menée par l’Unité anti-corruption et l’affaire serait en suspens pour des raisons de compétence judiciaire et de procédure, ainsi qu’en raison du droit à l’immunité dont bénéficient les mem - bres de ce Conseil (Mérancourt, 2024). Rapport d’enquête conduit par l’ULCC sur les allégations de sollicitation de cent millions de gourdes par trois membres du Conseil présidentiel de transition (CPT) : Smith AUGUSTIN, Emmanuel VER - TILAIRE et Louis Gerald GILLES pour la reconduction de Monsieur Raoul Pascal PIERRE LOUIS à la présidence du Conseil d’administration de la Banque nationale de crédit (BNC). https://www.haitilibre.com/docs/ULCC-Resume-Execu - tif_241002_130345.pdf Mérancourt, W. (4 octobre 2024). Le « pacte de corruption » caché entre les membres du conseil présidentiel et le directeur de la banque. AyiboPost. https://ayibopost.com/the-hidden-corruption-pact-between-presiden - tial-council-members-and-bank-chief/ 4 Selon les estimations, environ 200 gangs opèrent en Haïti. Une description détaillée des gangs haïtiens, no - tamment de leur composition et de leurs activités, est disponible dans « Gangs of Haiti: Expansion, power and an escala - ting crisis » (Les gangs d’Haïti : expansion, pouvoir et crise croissante), Global Initiative Against Transnational Organized Crime, octobre 2022. 5 Selon l’analyse de l’International Crisis Group, l’accord de coopération Viv Ansanm a vu le jour en septembre 2023, lorsque les chefs de gangs de Port-au-Prince ont déclaré qu’ils cesseraient de se battre entre eux. Cette décision a été largement considérée comme une réponse aux négociations du Conseil de sécurité des Nations unies sur une résolution autorisant la mission multinationale, et les chefs de gangs ont continué à communiquer au cours des mois suivants sur la possibilité d’unir leurs forces contre une mission de sécurité étrangère. Briefing de Crisis Group, Les gangs en Haïti : une mission étrangère peut-elle briser leur emprise ? Briefing de Crisis Group sur l’Amérique latine et les Caraïbes n° 49, 5 janvier 2024. 8 mener des attaques coordonnées, y compris dans des zones auparavant sûres de Port- au-Prince. Si l’existence des gangs haïtiens repose sur l’exploitation de la faiblesse de l’État, leur résilience est fortement ancrée dans l’économie criminelle régionale et transnationale. Par conséquent, leur niveau d’organisation, leur implication dans la destruction systématique des infrastructures publiques, leur prise de contrôle coordonnée de territoires stratégiques et leur armement de type militaire ont soulevé la question de savoir si la menace actuelle pour la sécurité avait été correctement évaluée et classée, et si une réponse nationale et internationale proportionnel avait été élaborée. Un réajustement prévu de la réponse inter - nationale a été apporté le 30 septembre 2025 à travers l’adoption par le Conseil de sécuri - té des Nations unies d’une résolution établissant la Force de repression des gangs (FRG) comme successeur de la MSS (S/RES/2793). La résolution parrainée par les États-Unis a été adoptée six mois après qu’une proposition urgente de reconfiguration ait été présentée par le secrétaire général des Nations unies au Conseil de sécurité. La GSF bénéficiera d’un soutien logistique renforcé grâce à la création d’un bureau d’appui des Nations unies en Haïti (UNSOH) et d’un financement provenant des contributions obligatoires du budget régulier des opérations de maintien de la paix, tout en s’appuyant sur un mandat exécutif pour mener des opérations de manière autonome et en soutien à la PNH. Dans le même temps, les réponses apportées par des acteurs non étatiques et hybrides dans le domaine de la sécurité se sont multipliées, aggravant la situation déjà difficile en matière de gouvernance de la sécurité. Les communautés haïtiennes se sont organisées en constituant des groupes d’autodéfense qui ont riposté par des mesures violentes, trai - tant sans distinction les membres de gangs et les suspects criminels. Des forces de sécu - rité non statutaires telles que la Brigade de surveillance des aires protégées (BSAP) ont été officiellement appelées sous les drapeaux, une force opérationnelle de sécurité a été formée et activée, et des sociétés militaires et de sécurité privées (SMSP) internationales ont commencé à opérer. Dans ce contexte, le DCAF – Centre pour le contrôle de la sécurité à Genève a été chargé par la Suisse de réaliser une évaluation préliminaire du secteur de la sécurité en Haïti afin d’identifier les points d’entrée pour un soutien supplémentaire potentiel à celui qui existe déjà, mais en se concentrant sur la satisfaction des besoins à court et moyen terme. La France et l’Allemagne se sont associées à cette initiative, qui recense également l’appui apporté par la communauté internationale au secteur de la sécurité au cours des cinq der- nières années, dans le but de renforcer la coordination. En raison de contraintes de temps et de ressources, le secteur de la justice n’a pas été pris en compte dans cette étude, bien que des liens importants avec le secteur de la sécurité aient été identifiés comme perti - nents. Les objectifs et les questions de recherche clés suivants ont été définis pour l’éva - luation : 1.1 Objectifs 1. Améliorer les connaissances et la sensibilisation des partenaires internationaux aux défis et aux opportunités de la gouvernance/réforme du secteur de la sécurité (G/ RSS) en Haïti, en identifiant des points d’entrée spécifiques pour la fourniture d’un soutien stratégique et opérationnel au pays. 2. Renforcer la capacité de conseil stratégique des partenaires internationaux afin 9 d’améliorer la prise de décision concernant les futures opportunités en matière de SSG/R en Haïti, grâce à une sensibilisation accrue et à des discussions approfondies sur les conclusions de l’évaluation. 3. Favoriser l’accord des partenaires internationaux sur l’amélioration des mécanismes de coordination et des initiatives de programmation conjointes afin de soutenir une meilleure performance et une meilleure gouvernance du secteur de la sécurité en Haïti. 1.2 Questions générales de recherche 1. Au-delà de l’intervention urgente de la Mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS) et des efforts parallèles d’aide humanitaire, comment les partenaires interna - tionaux peuvent-ils apporter leur soutien pour renforcer l’efficacité et la gouvernance des institutions de sécurité et de défense légitimement établies en Haïti ? 2. Compte tenu des interventions passées et du soutien actuel aux institutions haïtien- nes de sécurité et de défense, quel soutien supplémentaire est nécessaire pour la stratégie nationale de sécurité et de défense et la planification stratégique institution - nelle ? Quelles autres lacunes potentielles subsistent ou sont récemment apparues et doivent être comblées ? 3. Comment une coordination accrue entre les partenaires techniques et financiers (PTF) pourrait-elle renforcer l’efficacité de l’aide internationale actuelle et future ? Comment renforcer la collaboration entre les autorités nationales et les partenaires internationaux en matière de soutien au secteur de la sécurité ? 4. Comment l’aide au secteur de la sécurité et de la défense peut-elle être mieux alig - née sur les stratégies visant à soutenir une transition politique démocratique et être cohérente avec la création, à moyen et long terme, d’une société plus inclusive et plus cohésive sur le plan social ? 5. Compte tenu de l’expérience des précédentes interventions externes de stabilisation de la sécurité en Haïti, quelles mesures sont nécessaires pour améliorer les perfor - mances du MSS et sa coordination avec les autorités haïtiennes ? 1.3 Considérations méthodologiques Rédigé à l’aide de méthodes combinées, ce rapport s’appuie sur une analyse documen - taire basée sur des données et des analyses provenant de sources ouvertes, ainsi que sur plus de 50 entretiens en ligne avec des informateurs clés, des échanges dans le pays et des groupes de discussion. Ces derniers ont été réalisés fin juillet 2025, après le report du travail de terrain en raison de la situation sécuritaire désastreuse. Afin de faire face aux différents défis en matière d’engagement et de logistique, mais aussi dans le cadre des bonnes pratiques générales, l’équipe du DCAF a fait appel à un consultant national travaillant en Haïti. La collaboration entre l’équipe du DCAF et les mandants a été essen- tielle au processus de collecte de données, et nous leur en sommes reconnaissants. Nous remercions également tous les acteurs nationaux et internationaux qui ont généreusement consacré leur temps et fourni des informations pour cette étude. Des informations détai - llées sur le mandat et la méthodologie sont disponibles sur demande. 10 2. Constatations et Conclusions Un écosystème de sécurité nationale dynamique L’écosystème de la sécurité nationale en Haïti se caractérise actuellement par l’interac - tion dynamique d’une multitude d’acteurs opérant de facto dans le domaine de la sécurité, avec deux forces de sécurité clés mandatées par la Constitution, à savoir la police natio - nale d’Haïti (PNH) et les forces armées d’Haïti (FAd’H). Toutefois, ces deux forces restent l’incarnation contesté du monopole de la force par l’État, compte tenu de leur incapacité à lutter efficacement contre la criminalité nationale et le crime organisé transnational sous forme de trafic de drogue, de contrebande d’armes, de flux financiers illicites, de traite des êtres humains et de trafic d’organes. La PNH a été créée en 1995, après la dissolution des forces armées, en tant que princi - pale force de sécurité. Bien qu’elle dût devenir la pierre angulaire de la sécurité publique et de l’application professionnelle de la loi, elle n’a jamais atteint les effectifs, les capacités techniques et le niveau de professionnalisme nécessaires pour remplir efficacement sa mission de sécurité et de sûreté des Haïtiens. Un facteur structurel clé concerne l’effectif de la force, que la plupart des personnes inte - rrogées estiment à 12 000 au maximum, un chiffre bien inférieur à celui représentant le personnel opérationnel immédiatement disponible, compte tenu du nombre considérable de personnes affectées à des fonctions administratives, mais aussi d’un taux d’attrition important, comprenant les défections, les licenciements, les décès dans l’exercice de leurs fonctions, les démissions et les départs à la retraite. Avec une population estimée à envi - ron 12 millions d’habitants, Haïti affiche un ratio d’ un policier pour 1 000 habitants , ce qui est bien inférieur à la norme internationale reconnu de 2,2 et du ratio des pays voisins, comme le montre la figure 1. Figure 1 – Policiers pour 1 000 habitants, 2015 Source : OurWorldinData 11 De plus, l’essentiel de ces effectifs est concentré dans la zone métropolitaine de Port-au- Prince, laissant le reste du pays encore plus exposé aux menaces. Par conséquent, le gouvernement haïtien estime qu’il est urgent de remédier à cette fai - blesse en portant les effectifs à au moins 20 000 personnes. Si l’augmentation des effecti - fs est une nécessité incontestable, il ne faut pas pour autant négliger le rythme et la mé - thode à adopter. La réduction prévue de la durée de la formation de base (de 6 à 3 mois), conjuguée au faible niveau des salaires et à l’absence de système de vérification obligatoi - re dans le processus de recrutement, soulève d’importantes préoccupations (entretien 21, 2025). D’une part, des recrues mal formées peuvent devenir plus un handicap qu’un atout lors d’opérations réelles. D’autre part, la combinaison de salaires bas et de l’absence de contrôle interne risquent d’entraîner un taux élevé de corruption parmi les agents qui peu - vent recourir à l’extorsion de la population ou se livrer à des activités illégales, s’ils sont confrontés à une structure incitative attrayante pour intégrer des réseaux d’information criminels, voire rejoindre les rangs de gangs. Cela risque d’aggraver la vulnérabilité ac- tuelle de la PNH face à l’infiltration de ses rangs par des acteurs criminels et à la collusion de certains membres du personnel avec quelques chefs de gangs, ce qui nuit à l’efficacité des opérations fondées sur le renseignement. Ces développements soulignent donc la nécessité de mettre en place un système de vérification des antécédents ( vetting ) solide. Les forces armées naissantes d’Haïti (Fad’H) doivent trouver un équilibre délicat entre la construction d’une nouvelle organisation, créée en 2017, fondée sur les valeurs de non-in - gérence, de professionnalisme et d’éthique, et le poids de l’héritage de récidive en matière d’interventionnisme politique par le biais de coups d’État et de violations systématiques des droits humains, qui ont conduit à sa dissolution en 1995. Elles sont composées de 1 000 membres, dont les femmes pourraient représenter jusqu’à 10 % du total (entretiens 24, 45 et 47, 2025). À court terme et grâce au soutien à la formation apporté par des par - tenaires internationaux, ces effectifs devraient bientôt atteindre 1 300 personnes, l’objectif étant d’atteindre 5 000 à 10 000 personnes à moyen terme (5 ans), dans l’armée de terre, l’armée de l’air et la marine. Par conséquent, à l’heure actuelle, et compte tenu également de leur équipement limité, leur capacité à contribuer au rétablissement de la sûreté et de la sécurité par le renforcement de la police reste extrêmement faible. Le gouvernement haïtien a pris des mesures pour augmenter le budget alloué aux opéra- tions de la PNH et des FAd’H, mais des inquiétudes ont été exprimées quant à la capacité d’absorption tout en respectant les principes de gestion financière de l’État. Il n’est pas clair si celles-ci sont liées à un manque de capacités de gestion et de gouvernance de la part de la PNH, à une communication déficitaire avec le ministère des Finances, ou aux deux. Plus généralement, cela montre qu’il est nécessaire de prêter attention à la gestion financière du secteur de la sécurité, car les ressources de l’État et des partenaires interna - tionaux continueront d’affluer. Les efforts déployés au fil du temps par les partenaires internationaux pour aider à renfor - cer les capacités de la PNH, tout en reléguant au second plan toutes les autres institutions du secteur de la sécurité, ont contribué à créer des déséquilibres importants dans l’archi- tecture de sécurité. Cette dernière a été privée de complémentarités institutionnelles, de contrôles et d’équilibres intra-sectoriels mutuels et de résilience. En outre, une conséquen - ce involontaire a été qu’en l’absence d’investissements publics solides dans les forces de sécurité statutaires et en raison de la faiblesse des mécanismes de contrôle institutionnel 12 et de contrôle externe, ces déséquilibres ont créé un terrain fertile pour certains acteurs armés étatiques et non étatiques effrénés. C’est le cas de BSAP et des groupes d’autodé - fense, appelés localement « Bwa Kalé », qui nécessiteront une attention particulière et des stratégies de désengagement adaptées une fois que l’insécurité rampante aura été maîtri - sée. La dynamique de l’aide sous forme de formation et d’équipement ainsi que l’action exécu - tive des acteurs de sécurité non statutaires engagés par les autorités nationales dans le cadre de leur approche « sécurité d’abord » pour lutter plus efficacement contre les gangs sont particulièrement prépondérantes. Cela inclut la création d’une ‘Security Task Force’ et la sous-traitance de Global Vectus, une SMSP internationale, par le gouvernement. Pa - rallèlement, il existe des risques liés à une coordination insuffisante dans le secteur de la sécurité et, surtout, à la relégation des considérations relatives aux droits de l’homme, aux pertes en vies humaines en tant que dommages collatéraux, à l’amplification de la violen - ce et à l’externalisation des responsabilités fondamentales de l’État. Le groupe de travail sur la sécurité rassemble des éléments provenant de différentes forces de sécurité d’élite, qui auraient été recrutés parmi des unités chargées de protéger les biens de l’État dans le passé. Cependant, il existe peu d’informations dans le domaine public sur cet acteur ou sur son mode de fonctionnement. D’après les informations trans - mises à l’équipe d’évaluation par les personnes interrogées, les risques se présentent au moins à trois égards. Le premier est que, apparemment, cette nouvelle force opérationne - lle de sécurité ne comprenait pas de membres issus des forces de sécurité statutaires – par crainte d’une infiltration des gangs dans ces forces – et n’assurait aucune coordination entre elles, ce qui soulève des questions quant à son efficacité. Le deuxième est que cette force opérationnelle de sécurité a commencé à utiliser des drones armés comme nouvel instrument dans la lutte contre les gangs, alors que l’ambiguïté règne autour de l’apparte - nance à ces gangs, compte tenu du recrutement forcé et du pourcentage élevé de mineurs parmi leurs membres (Vyas, 2025). Le troisième est que la surveillance et la responsabilité de la gestion et des activités de cet organisme ne sont pas clairs, tant en ce qui concerne sa structure institutionnelle, ses conditions de paiement que ses liens hiérarchiques avec les autorités de l’État, actuellement représentées uniquement par le pouvoir exécutif, à savoir le cabinet du Premier ministre. Compte tenu du niveau actuel de menace, il ne faut pas s’attendre à ce que le gouverne - ment divulgue des détails opérationnels sur cette ‘ Security Task Force ’, mais une commu- nication publique sur sa constitution, son organisation, sa gestion et sa supervision con- tribuerait dans une certaine mesure à combler les lacunes en matière de transparence et de légitimité, en particulier face à une société qui attend avec impatience des résultats en matière de sûreté et de sécurité. D’un point de vue programmatique mais aussi pragmatique, il est nécessaire de soutenir une plus grande efficacité du contrôle des autorités nationales sur les SMSP, tant natio - nales qu’internationales, étant donné que celles-ci sont susceptibles de rester un acteur important de la sécurité en Haïti, au moins à court terme, alors que la capacité de l’État à lutter contre l’insécurité reste faible. Cela devrait inclure la mise en œuvre de la trans - parence et la divulgation des contrats conclus avec les SMSP étrangères ; l’adoption de contrats à durée limitée et le renouvellement des licences sur la base du suivi des inci- dents et des analyses après action, ainsi que l’évaluation régulière des performances en 13 fonction des résultats ; et des mesures solides pour contrôler le respect des dispositions légales relatives à l’usage de la force, y compris l’emploi de technologies et d’équipements de surveillance et létaux, en garantissant la responsabilité en cas d’éventuelles violations des droits humains et la transparence financière. L’écosystème sécuritaire actuel (voir figure 2 ci-dessous) est donc typique des contextes sécuritaires hybrides, où une myriade de liens entre les acteurs de la sécurité, dont la légitimité varie selon les différents groupes politiques, économiques et sociaux, se main - tiennent et se reproduisent grâce à la fluidité des relations informelles et transactionnelles. Ces dernières finissent par prévaloir sur le développement institutionnel et la consolidation des institutions de sécurité de l’État (DCAF, 2024a). Même s’il a été remodelé avec l’introduction d’éléments « plus récents » tels que les SMSP, le développement historique à long terme du secteur de la sécurité en Haïti montre une résurgence des pratiques de résistance populaire, de conquête violente du pouvoir, y compris le recours à des milices et à des groupes paramilitaires, et de sécurisation des lu- ttes de pouvoir politiques et économiques comme adaptation des stratégies de contrôle. Il est essentiel de bien les comprendre et d’en tenir compte pour mesurer et accepter qu’un certain degré de risque accompagne la fourniture d’une aide au secteur de la sécurité en Haïti. Les efforts de développement institutionnel déséquilibrés des institutions de sécurité de l’État échoueront de manière récurrente en l’absence de contrôle, de stratégies de con - solidation de la paix plus larges menées à l’échelle nationale, et si le changement vers une politique plus inclusive et une redistribution des opportunités et des ressources du pays ne se concrétise pas en parallèle. Figure 2. Schéma de l’écosystème de la sécurité nationale Source : illustration de l’auteur 14 Explorer d’autres investissements : du court terme au moyen terme L’occasion de faire les choses différemment cette fois-ci se présente, à condition d’être ouvert à l’idée de combiner une aide à la sécurité à court terme, fondée sur une approche tactico-opérationnelle essentielle mais insuffisante qui privilégie la sécurité, avec un sou - tien institutionnel à moyen terme au minimum. Cela se traduirait par des investissements dans l’aide à la sécurité pour renforcer les capacités de gestion et de leadership, ainsi que la gouvernance et la responsabilité du secteur de la sécurité. Les investissements dans les capacités opérationnelles et stratégiques ne doivent pas nécessairement s’exclure mutuellement, car les deux peuvent bénéficier d’éléments transversaux tels que l’intégrité institutionnelle et la durabilité. Les deux permettent d’améliorer l’exécution des mandats, ainsi que la réactivité dans la fourniture de la sécurité publique en tant que service aux communautés. Cela revêt une importance capitale dans le contexte haïtien, où la recher - che d’un leadership fiable a été ternie par la poursuite d’intérêts personnels égocentriques et la corruption, discréditant un nombre important de dirigeants passés et présents, y com - pris dans le secteur de la sécurité. La profonde méfiance entre les dirigeants, entre eux et leurs subordonnés, et entre eux et les communautés, nuit à la légitimité des institutions de sécurité et à la reconstruction de la cohésion sociale. Les partenaires internationaux peuvent intervenir à court terme à deux niveaux. Le premier concerne le partenariat entre le FRG et les forces de sécurité et de défense haïtiennes pour lutter contre les gangs, qui devrait envisager une approche de formation sur le terrain dans le cadre d’opérations conjointes, en plus de la transmission délibérée de connaissan- ces par l’apprentissage entre pairs et le mentorat. Cela permettrait de renforcer la capacité opérationnelle de la PNH et des FAd’H à assumer de manière durable les responsabilités en matière de sécurité, une fois que la force d’intervention étrangère aura quitté le pays. La seconde comprend des efforts complémentaires essentiels de la part des partenai - res bilatéraux et multilatéraux visant à renforcer l’aide à la gouvernance du secteur de la sécurité par le biais de programmes destinés à instaurer une culture institutionnelle, un savoir-faire et une régularité des processus d’élaboration des politiques de sécurité. Il s’agit notamment de renforcer les capacités en matière de planification stratégique, d’éla - boration et de mise à jour des cadres réglementaires, d’examens institutionnels et d’inté- gration des stratégies, mécanismes et méthodes de lutte contre la corruption. Ces efforts doivent inclure un soutien aux entités d’inspection générale des institutions de sécurité et de défense, mais aussi renforcer le contrôle externe exercé par le Parlement, l’institution de médiation - Office de la Protection du Citoyen (OPC), les institutions judiciaires, les organisations de la société civile (OSC) et les médias. Au sein de la PNH et des FAd’H, les entités d’inspection générale se sont montrées ouver - tes au soutien, et le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), par l’intermédiai - re du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), a récemment commencé à apporter son aide. Le soutien à la PNH s’est concentré sur l’amélioration des contrôles réglementaires, des politiques internes et des enquêtes afin de garantir le respect des normes internationales en matière de droits de l’homme, qui sont pertinentes en ce qui concerne la proportionnalité et le respect de la légalité dans l’usage de la force. L’aide apportée aux FAd’H a pris la forme de formations sur les droits de l’homme, l’éthi - que et la déontologie. Ce type de soutien mérite d’être approfondi en vue de sa consolida - 15 tion et de son expansion, mais il est également insuffisant en soi. Il est essentiel de réali - ser des investissements supplémentaires dans le contrôle externe, afin de promouvoir les pratiques positives, la transparence et la responsabilité, et ceux-ci devraient être planifiés en tenant compte d’une approche en réseau entre l’OPC, les OSC et les médias, ainsi que dans la perspective d’un nouveau Parlement qui sera élu en 2026. La planification stratégique comme moyen de passer de la réactivité à la prévention La culture de la planification stratégique n’est pas suffisamment établie dans les insti - tutions haïtiennes de sécurité et de défense – malgré l’exemple des plans stratégiques précédents de la PNH (2017-2021) – cette pratique étant adoptée de manière ponctuelle et souvent déterminée par les dirigeants du moment plutôt que par des processus institu - tionnalisés réguliers. Par conséquent, le manque de cohérence affecte les performances opérationnelles en raison de l’absence ou de la mauvaise hiérarchisation de la gestion des ressources humaines, des allocations financières et des ressources logistiques. En fin de compte, cela nuit à la qualité de la prise de décision et a un impact négatif sur l’efficacité opérationnelle, au détriment de l’engagement dans les efforts de prévention et de la prépa - ration à d’éventuelles crises sécuritaires. Il est révélateur que seuls 3 des 10 départements géographiques qui composent Haïti aient été gravement touchés par le fléau de la menace des gangs, comme le montre la figure 3 ci-dessous, mais que toutes les réponses aient été axées sur l’urgence de la crise sécuritaire dans ces départements. La préservation de l’intégrité territoriale des zones « sans gangs » grâce à des mesures préventives et la lutte active contre les vulnérabilités découlant des lacunes structurelles et conjoncturelles sur les plans social, économique et de l’état de droit ne sont pas activement mises en œuvre par les institutions haïtiennes du secteur de la sécurité et leurs partenaires internationaux. Une évaluation attendue depuis longtemps, destinée à déboucher sur un plan stratégique de la PNH pour les cinq prochaines années, aurait pu inclure l’approche et l’engagement manquants en matière de prévention, sans pour autant reléguer au second plan l’urgence d’agir. Figure 3. Décès lors d’événements violents - 1.01.20-10.05.25, par département Source : DCAF, avec les données d’ACLED 16 L’absence d’une entité collégiale réunissant les dirigeants des institutions compétentes en matière de sécurité et de défense, qui devrait fonctionner comme un organe décision - nel/de coordination et/ou consultatif pour l’orientation en matière de sécurité, contribue à l’absence de politique, de stratégie et de planification. Cette question pourrait être traitée en instituant/réactivant le Conseil national de sécurité. Au-delà de la gestion des crises, cette entité a le potentiel de travailler dans une optique de prévoyance et de planification, en fournissant par exemple des orientations et un ancrage au processus nécessaire de révision du système national de sécurité et de défense d’Haïti, d’autant plus qu’une déce - nnie s’est écoulée depuis la publication du dernier livre blanc du pays, que la géopolitique évolue rapidement et que le pays est confronté à une crise majeure de sécurité intérieure, dans un contexte troublante de criminalité transnationale organisée régionale. La révision du système national de sécurité et de défense d’Haïti ne doit pas être consi - dérée comme un exercice purement formel, mais comme un processus ayant des consé - quences réelles sur la réorganisation et l’efficacité opérationnelle du secteur de la sécurité. Outre la mise à jour d’une analyse SWOT ( forces, faiblesses, opportunités, menaces ), ce processus permet de remettre en question la configuration du secteur de la sécurité et d’interroger le rôle et la contribution de chaque acteur à la réalisation de la sécurité, de la stabilité et de la paix. Les missions et les rôles obsolètes, les chevauchements de man - dats, les zones d’ombre, les complémentarités et les lacunes, ainsi que la répartition terri - toriale des forces sont examinés de près, ce qui permet de rationaliser et de dissiper les ambiguïtés, par exemple en matière de sécurité publique et d’application de la loi. Ainsi, non seulement les chevauchements potentiels entre les FAd’H et la PNH seraient analy - sés, en particulier dans la perspective de l’expansion des deux forces, mais la fragmenta - tion de la fonction et des services de renseignement serait également abordée. En outre, il existe une réelle valeur ajoutée en termes d’efficacité, les besoins actuels, émergents et prévus étant définis afin de comprendre dans quelle mesure ils correspondent aux res - sources financières disponibles et au potentiel de croissance, compte tenu de la marge de manœuvre budgétaire prévue par l’État pour investir dans le secteur de la sécurité et de la défense. Une occasion de combler les lacunes stratégiques liées au Conseil national de sécurité et à la révision de la sécurité et de la défense nationales consiste à aligner progressivement cette dernière sur un processus plus large et potentiellement imminent de révision consti- tutionnelle . Cela permettrait de mettre à jour la Constitution en remédiant à l’inadéquation actuelle avec la réalité d’un écosystème de sécurité hybride et fragmenté, tout en ancrant de nouvelles dispositions liées à la sécurité dans une analyse approfondie, un examen ju - ridique et des processus de discussion inclusifs impliquant des acteurs étatiques tels que les institutions de sécurité, la fonction publique, le pouvoir judiciaire, les universités, les groupes de réflexion, la société civile, les groupes religieux, les associations de femmes et de jeunes et le secteur privé. De cette manière, l’aide au secteur de la sécurité et de la défense serait davantage alignée sur les stratégies de soutien à la transition et à la conso - lidation politiques démocratiques. Investissements complémentaires dans la consolidation de la paix La consolidation politique démocratique nécessite des engagements en faveur de la con - solidation de la paix dans le cadre de processus liés à la sécurité, comme c’est le cas des programmes de Désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) et de Réduction 17 de la violence communautaire (RVC) , qui ciblent différents groupes, mais accordent la priorité aux enfants et aux jeunes déserteurs ou sauvés de l’emprise des gangs. Il sera es - sentiel d’offrir des possibilités de formation professionnelle et d’emploi rémunérateur dans le cadre des programmes de réintégration dans la société. Il existe des options à explorer, notamment des projets menés par des OSC nationales, ainsi que des possibilités de dé - velopper de tels programmes favorisant les coalitions entre l’État, les OSC et, à terme, le secteur privé afin de mettre en œuvre des processus établis par la Constitution, tels que le Service Civique Mixte et le Service Militaire. Un autre point d’entrée concerne le dialogue sociétal en faveur de la réconciliation . La société haïtienne a connu des périodes cycliques d’extrême violence, marquées par de graves abus et violations des droits humains perpétrés par les groupes militaires, para- militaires et miliciens, qui n’ont pas été reconnus collectivement et qui persistent encore aujourd’hui sous le voile de l’impunité. La reproduction de ces cycles, alimentée par une mentalité militarisée nourrie non seulement par la violence directe et les conditions d’iné- galité structurelle, mais aussi par le culte de la violence qui prévaut dans les médias, doit être interrompue par l’action des Haïtiens, dont beaucoup restent indécis quant à la voie à suivre pour dialoguer avec les gangs. Dans l’intervalle, les efforts visant à démilitariser les esprits et à améliorer les relations entre les civils et les militaires pourraient com- mencer par le soutien à des projets spécifiques ou à des axes d’activité dans le cadre de programmes d’aide internationale plus larges, dans le but de parvenir à une société plus pacifique et plus résiliente et à une cohésion sociale. Transition du MSS vers une force de répression des gangs La transition du MSS vers la FRG offre à la communauté internationale une nouvelle occa - sion de soutenir Haïti dans le rétablissement de la sécurité et de la sûreté de ses habitants et d’ouvrir la voie à des élections. La question fondamentale de savoir si une mission de 2 500 personnes était suffisante pour réprimer une force criminelle estimée à environ 12 000 membres a trouvé une réponse partielle, la FRG envisageant désormais un effectif maxi - mal de 5 550 personnes, comprenant des policiers, des militaires et 50 civils (S/RES/2793, 2025, par. 4). En termes de mandat, la FRG a été autorisée à jouer un rôle opérationnel et offensif plus important, ce qui signifie qu’elle peut désormais mener des opérations ciblées contre les gangs, de manière indépendante ou en coopération avec la PNH et les FAd’H, afin de neutraliser, d’isoler et de dissuader les g