Une approche spatiale pour analyser l'insécurité alimentaire dans le département du Nord-Ouest d'Haïti

Une approche spatiale pour analyser l'insécurité alimentaire dans le département du Nord-Ouest d'Haïti

Banque interaméricaine de développement, GeoAdaptive 2022 38 pages
Resume — Cette étude analyse l'insécurité alimentaire et ses facteurs sous-jacents dans le département du Nord-Ouest d'Haïti en utilisant une approche spatiale. Le département fait face à une insécurité alimentaire grave avec 55% de la population ayant besoin d'aide urgente.
Constats Cles
Description Complete
Cette étude présente une analyse complète de l'insécurité alimentaire dans le département du Nord-Ouest d'Haïti, l'une des régions les plus vulnérables du pays. Utilisant le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) et le Cadre de sécurité alimentaire de la Banque Interaméricaine de développement, la recherche emploie une analyse géo-spatiale complétée par un examen des facteurs socioéconomiques. Les résultats révèlent que le déclin de la production nationale a été entravé par des infrastructures et financements inadéquats, l'insécurité et les catastrophes naturelles, survenant parallèlement aux perturbations de la chaîne d'approvisionnement internationale affectant les importations et les recettes d'aide. Ces facteurs impactent négativement la disponibilité alimentaire, tandis que les contraintes d'approvisionnement, restrictions de mobilité, chocs de prix et risques pour les revenus durables affectent aussi l'accès à la nourriture. Les difficultés d'accès à l'eau potable et aux infrastructures sanitaires, ainsi que le manque de diversité alimentaire, entravent l'utilisation de la nourriture. La stabilité alimentaire n'est pas garantie en raison des problèmes liés aux dotations naturelles de la région, au manque ou à la faible capacité des infrastructures d'irrigation, à la vulnérabilité aux chocs climatiques, aux fluctuations des prix et à l'insécurité. L'étude recommande 23 actions ciblées pour augmenter l'accès aux services de base, promouvoir une nutrition adéquate, soutenir une agriculture productive et durable, et accroître la résilience aux chocs.
Sujets
AgricultureÉconomieSantéRéduction des risques
Geographie
Département du Nord-Ouest
Periode Couverte
2020 — 2022
Mots-cles
food insecurity, spatial analysis, northwest department, agriculture, vulnerability, ipc classification, supply chain, nutrition
Entites
Inter-American Development Bank, GeoAdaptive, Haiti, Northwest Department, Laura Giles Álvarez, Juan Carlos Vargas-Moreno, Aastha Patel, Alejandra Mejía, Nerlyne Jean-Baptiste, CNSA, FAO, FEWS NET, FSIN, IHSI, MARNDR, UNDP, UNSCN, USAID, Ukraine, COVID-19, Sudan, Afghanistan, Democratic Republic of Congo, Syria
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Une approche spatiale pour analyser l’insécurité alimentaire dans le département du Nord-Ouest d’Haïti Décembre 2022 Laura Giles Álvarez Juan Carlos Vargas-Moreno Aastha Patel Alejandra Mejía Nerlyne Jean-Baptiste Copyright © 2022 Banque Interaméricaine de Développement (BID). L’œuvre ci-présente est sous une Licence Creative Commons IGO 3.0 Paternité - Pas d’utilisation commerciale - Pas de travaux dérivés (CC-IGO BY-NC-ND 3.0 IGO) (http:// creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/igo/legalcode) et peut être reproduite à la condition de l’attribuer à la BID et pour tous les types d’utilisation non commerciales. Les œuvres de types dérivées sont interdites. Toutes les différences concernant l’usage des produits de la BID qui ne peuvent être résolues amicalement, doivent être soumises à la procédure d’arbitrage conformément aux règles UNCITRAL. Le nom de la BID peut être utilisé seulement pour l’attribution de l’œuvre à la BID. Dans tous autres cas, l’utilisation du nom de la BID et l’utilisation du logo de la BID est interdit et il sera nécessaire d avoir un autre accord de licence convenu entre la BID et l’utilisateur. N.B Le lien ci-dessus contient des informations supplémentaires sur les termes et conditions de la licence. Les opinions exprimées dans cette publication sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement les opinions de la Banque Interaméricaine de Développement, de son Conseil d’administration ou des pays qu’elles représentent. Remerciements L’équipe tient à remercier Yvon Mellinger, Marta Ruiz Arranz, Georgie Pierre, Rafael Millan, Geraud Albaret, Nicola Magri, Said Suire et le personnel du bureau de la Banque interaméricaine de développement, en Haïti, pour leur soutien lors de l’élaboration de l’étude. 2 U N E A P P R O C H E S PAT I A L E P O U R A N A LY S E R L’ I N S É C U R I T É A L I M E N TA I R E D A N S L E D É PA R T E M E N T D U N O R D - O U E S T D ’ H A Ï T I À propos d’Haïti Haïti est situé dans les Caraïbes sur le tiers ouest de l’île Hispaniola. Il est bordé par la République Dominicaine à l’est, la mer des Caraïbes et l’océan Atlantique Nord. La stratégie de la Banque Interaméricaine de Développement (BID) pour le pays vise à contribuer à une croissance plus élevée, inclusive et plus durable qui favorise une réduction de la pauvreté, des inégalités et des écarts de développement. À propos de la BID La vocation de la Banque interaméricaine de développement (BID) est l’amélioration des conditions de vie en Amérique Latine et dans les Caraïbes. Grâce à un soutien financier et technique aux pays qui s’efforcent de réduire la pauvreté et les inégalités, nous aidons à améliorer la santé et l’éducation, et à faire progresser les infrastructures. Son objectif est de parvenir à un développement durable et respectueux du climat. Fondée en 1959, la BID est une source de premier plan en financements pour le développement économique, social et institutionnel en Amérique Latine et dans les Caraïbes. La BID mène par ailleurs des recherches de pointe et offre des conseils en matière de politiques, une assistance technique et des formations à des clients des secteurs public et privé dans toute la région. La BID maintient un engagement ferme à obtenir des résultats mesurables et les normes les plus élevées d’intégrité, de transparence et de responsabilité. À propos de GeoAdaptive GeoAdaptive est une société internationale de services-conseils, de stratégie et de technologie en matière de planification du développement. Il se spécialise dans la résolution de problèmes économiques, environnementaux et sociaux complexes dans une variété d’industries et d’échelles en utilisant des analyses et des technologies avancées d’intelligence territoriale. En intégrant les données et analyses de localisation, l’économétrie spatiale, la conception et la planification, nous créons des stratégies pour nos clients dans le monde entier, réduisant leurs risques et maximisant leurs opportunités de croissance inclusive et durable. En Haïti, GeoAdaptive a soutenu la stratégie de la BID pour le pays en développant une approche spatiale pour cartographier et hiérarchiser les écarts de développement. Contact: info@geoadaptive.com U N E A P P R O C H E S PAT I A L E P O U R A N A LY S E R L’ I N S É C U R I T É A L I M E N TA I R E D A N S L E D É PA R T E M E N T D U N O R D - O U E S T D ’ H A Ï T I 3 Acronymes CNSA FAO FEWS NET FSIN IDB IHSI IPC MARNDR UNDP UNSCN USAID Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture Réseau de systèmes d’alerte rapide aux risques de famine Réseau de prévention des crises alimentaires Banque interaméricaine de développement Institut Haïtien de Statistiques et d’Informatique Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire Ministère de l’Agriculture des Ressources Naturelles et du Développement Rural Programme des Nations Unies pour le développement Comité permanent de la nutrition du système des Nations Unies Agence des États-Unis pour le développement international 4 U N E A P P R O C H E S PAT I A L E P O U R A N A LY S E R L’ I N S É C U R I T É A L I M E N TA I R E D A N S L E D É PA R T E M E N T D U N O R D - O U E S T D ’ H A Ï T I Résumé exécutif Cette étude présente une analyse de l’insécurité alimentaire et de ses facteurs sous-jacents dans le département du Nord-Ouest en Haïti. Ce département est l’un des plus vulnérable et le plus touché par l’insécurité alimentaire en Haïti, avec 55 % de la population ayant besoin d’une assistance urgente (IPC 2022). À l’aide du Cadre intégré des phases de la sécurité alimentaire (IPC) et du Cadre de sécurité alimentaire (BID 2018) de la Banque Interaméricaine de développement (BID), cet article présente une analyse géo-spatiale, complétée par un examen d’autres facteurs socioéconomiques, pour donner un aperçu de ce qui aggrave cette crise alimentaire et des domaines les plus urgents à traiter. Les résultats montrent que le déclin de la production nationale - qui a été entravée par des infrastructures et des financements inadéquats, l’insécurité et les catastrophes naturelles - s’est produit parallèlement aux perturbations de la chaîne d’approvisionnement internationale, affectant les importations conjointement avec les recettes provenant de l’aide. L’ensemble de ces facteurs a un effet négatif sur la disponibilité de la nourriture. Les contraintes d’approvisionnement, les restrictions de mobilité, les chocs de prix et les risques pour les revenus durables ont également un impact négatif sur l’accès à la nourriture. Les difficultés d’accès à l’eau potable et aux infrastructures sanitaires, ainsi que le manque de diversité au niveau des régimes alimentaires, entravent également l’utilisation de la nourriture, décrite comme la disponibilité d’aliments de qualité nécessaires pour atteindre un statut nutritionnel adéquat. En outre, la stabilité alimentaire n’est pas garantie en raison des problèmes liés aux dotations naturelles de la région, au manque ou à la faible capacité des infrastructures d’irrigation, à la vulnérabilité aux chocs climatiques, aux fluctuations des prix et à l’insécurité. Sur la base de ces résultats, ce document recommande 23 actions visant à augmenter l’accès aux services de base, à promouvoir une nutrition adéquate, à soutenir une agriculture productive et durable et à accroître la résilience aux chocs et aux fluctuations inhérentes à l’écosystème alimentaire. Plus important encore, le déploiement efficace de ces mesures nécessitera une approche coordonnée à tous les niveaux administratifs de l’Étatocal et national, en collaboration avec le secteur privé et la communauté des donateurs. INTRODUCTION 5 Image par Bailey Torres on Unsplash TABLE DES MATIÈRES 1. Introduction 2. L’insécurité alimentaire en Haïti et dans le département du Nord-Ouest 3.Une approche spatiale pour comprendre l’insécurité alimentaire dans le département du Nord-Ouest 3.1 Disponibilité de la nourriture 3.2 Accès à la nourriture 3.3 Utilisation de la nourriture 3.4 Stabilité alimentaire 4. Que peut-on faire pour promouvoir une plus grande sécurité alimentaire dans le département du Nord-Ouest d’Haïti ? 5. Conclusions Références Annexe 6 U N E A P P R O C H E S PAT I A L E P O U R A N A LY S E R L’ I N S É C U R I T É A L I M E N TA I R E D A N S L E D É PA R T E M E N T D U N O R D - O U E S T D ’ H A Ï T I 1 Introduction INTRODUCTION 7 Image par: Justine Texler Haïti est confronté à des niveaux d’insécurité alimentaire parmi les plus élevés au monde. Le défi de l’insécurité alimentaire est récemment devenu l’une des priorités de l’agenda politique. La flambée des prix des denrées alimentaires due aux effets de la pandémie de COVID-19, à l’insécurité, aux catastrophes naturelles et aux effets de la guerre en Ukraine, a entraîné une crise alimentaire mondiale aux conséquences dévastatrices dans le monde entier. En effet, le Rapport mondial sur l’alimentation 2022 a constaté les niveaux de faim les plus élevés jamais signalés, avec près de 193 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë et nécessitant une aide urgente. Haïti est l’un des pays les plus touchés par la faim, avec le Soudan, l’Afghanistan, la République démocratique du Congo et la Syrie (RCPA 2022). Avec une proportion estimée à 45 % de la population ayant besoin d’une aide urgente (IPC 2022), Haïti s’est classé 109ème sur 116 pays dans l’indice de la faim dans le monde en 2021.1 La faim et l’insécurité alimentaire aiguës sont liées à de graves problèmes de développement, tant à court qu’à long terme. L’insécurité alimentaire a des répercussions directes sur la santé des personnes et est souvent liée à la pauvreté. On a également constaté qu’elle avait des effets négatifs à long terme sur la population, tels qu’un développement cognitif limité et des résultats de développement inférieurs, notamment des résultats scolaires plus faibles (FAO / OMS 2021). L’insécurité alimentaire est un phénomène multidimensionnel et complexe qui résulte souvent d’une combinaison de facteurs liés à l’offre et à la demande (BID 2018). En Haïti, l’agriculture joue un rôle important dans l’économie, générant environ 18 % du PIB et 50 % des emplois (Morris, Sebastian et Perego 2020). Pourtant, malgré l’importance de l’agriculture, sa productivité est faible par rapport aux normes internationales et le secteur est très vulnérable aux événements climatiques extrêmes. Les chaînes d’approvisionnement en Haïti sont fortement limitées par des infrastructures de faible qualité, des économies d’échelle limitées (reflétant la prévalence de l’agriculture de subsistance à petite échelle), un faible financement public et des zones de production qui nécessitent une meilleure connectivité. Le pays est également confronté à de graves problèmes socio-économiques et politiques, avec des manifestations récurrentes de grande ampleur et une insécurité croissante. Ces facteurs entravent le cadre institutionnel nécessaire à un secteur agricole florissant et nuisent encore davantage à l’approvisionnement adéquat en produits alimentaires. Du côté de la demande, les niveaux élevés de pauvreté et d’inégalité, ainsi que l’érosion du pouvoir d’achat des ménages exacerbée par une forte inflation, ont entravé l’accès à la nourriture. La 1 Voir www.globalhungerindex.org. hausse des prix internationaux des denrées alimentaires et des produits pétroliers en raison des perturbations de la chaîne d’approvisionnement mondiale et de la guerre en Ukraine continuera également à aggraver l’insécurité alimentaire, au cours des prochains mois. Le département du Nord-Ouest est l’un des départements d’Haïti les plus vulnérables et les plus touchés par l’insécurité alimentaire. Les taux de pauvreté élevés, l’isolement géographique et les grands écarts de développement par rapport aux normes nationales reflètent les graves difficultés auxquelles cette région fait face (Giles Alvarez et al. 2021). En dépit d’un secteur agricole dominant, le département du Nord-Ouest présente également des taux d’insécurité alimentaire parmi les plus élevés du pays, 55 % de la population ayant besoin d’une aide urgente (IPC 2022). Six ménages sur dix vivant dans le département ont déclaré avoir recours à des stratégies d’adaptation « d’urgence » pour répondre à leurs besoins alimentaires ces dernières années (CNSA 2020). L’objectif de cet article est d’examiner en profondeur certains des facteurs qui contribuent à ces niveaux élevés d’insécurité alimentaire dans le Nord-Ouest et de recommander des mesures qui pourraient être promues pour atténuer le problème à l’avenir. Ce document fait partie d’une série de quatre études analysant les écarts de développement, le commerce et les chaînes de valeur pour la production agricole en Haïti. Dans Giles Alvarez et al. (2021), le département du Nord-Ouest a été désigné comme l’un des plus vulnérables du pays, avec neuf écarts de développement ou plus affectant une personne sur quatre dans cette région. L’autre étude de la série (Giles Alvarez et al. 2022) développe des analyses du commerce et de la chaîne de valeur qui examinent le potentiel de promotion des produits agricoles pour l’exportation et une plus grande production nationale. Cette étude complète les deux autres en analysant l’insécurité alimentaire et ses facteurs sous-jacents. Elle propose des investissements et des stratégies ciblant les causes profondes et, à terme, améliorer la sécurité alimentaire. La section 2 expose la situation de la sécurité alimentaire dans le département du Nord-Ouest, tandis que la section 3 présente les résultats d’une analyse spatiale et socio-économique des facteurs qui y contribuent. La section 4 propose des interventions politiques et des investissements ciblés pour atténuer l’effet des facteurs qui contribuent à l’insécurité alimentaire, et la section 5 conclut. 8 L’insécurité alimentaire en Haïti 2 et dans le département du Nord Ouest L’ I N S É C U R I T É A L I M E N TA I R E E N H A Ï T I E T D A N S L E D É PA R T E M E N T D U N O R D - O U E S T 9 Image par Colin Thomas-Jensen, USAID/DART security. Section 2 introduces the food security situation in the Northwest department, while Section 3 presents the results of a spatial and socioeconomic analysis of factors that contribute to it. Section 4 proposes policy interventions and targeted investments to alleviate the effect of the factors that contribute to food insecurity, and Section 5 concludes. 2. Food Insecurity in Haiti and the Northwest Department Haïti est l’un des pays les plus touchés par l’insécurité alimentaire dans le monde. Avec près sur deux aujourd’hui. Les raisons de cette situation sont complexes et interdépendantes, mais reflètent Haiti is one of the most food insecure countries in the world. With almost half the population de la moitié de la population confrontée à des niveaux principalement une combinaison de facteurs, notamment facing acute levels of food insecurity (IPC 2022), Haiti ranks 109th out of 116 countries on the aigus d’insécurité alimentaire (IPC 2022), Haïti se l’insécurité, les phénomènes météorologiques extrêmes, Global Hunger Index (2021), making it one of the 10 most food insecure countries in the world classe 109ème sur 116 pays dans l’indice de la faim dans le monde (2021), ce qui en fait l’un des 10 pays la détérioration des conditions macroéconomiques et la faible productivité agricole (IPC 2022).2 Au cours du (FSIN 2022). As seen in Figure 1, the share of Haitians facing acute food insecurity has increased les plus touchés par l’insécurité alimentaire dans le premier semestre 2022, on estime que deux (2) zones substantially, from one in three persons in 2018 to almost one in two today. The reasons for this monde (RCPA 2022). Comme le montre la figure 1, sur trente-deux (32) dans le pays ont été catégorisées are complex and interrelated, but mostly reflect a combination of factors including insecurity, la proportion d’Haïtiens confrontés à une insécurité par la classification intégrée des phases de sécurité extreme weather events, worsening macroeconomic conditions, and low agricultural productivity alimentaire aiguë a considérablement augmenté, alimentaire (IPC) comme étant en situation d’urgence et (IPC 2022).2 In the first half of 2022, an estimated 2 out of 32 areas in the country were classified passant d’une personne sur trois en 2018 à près d’une les autres comme étant en situation de crise.3 by the Integrated Food Security Phase Classification (IPC) as being in an emergency and the rest were classified as being in a crisis.3 Figure 1. L’évolution de l’insécurité alimentaire en Haïti Figure 1. The Evolution of Food Insecurity in Haiti Oct. 2018-Fév. 2019 33 % de la population analysée Oct 2018-Feb 2019 comme souffrant d’insécurité 33% of the population analyzed alimentaire aiguë as having acute food insecurity Mars 2019-Juin 2019 37 % de la population analysée Mar 2019-June 2019 comme souffrant d’insécurité 37% of the population analyzed alimentaire aiguë as having acute food insecurity Oct. 2019-Fév. 2020 35 % de la population analysée Oct 2019-Feb 2020 comme souffrant d’insécurité 35% of the population analyzed alimentaire aiguë as having acute food insecurity Mars 2020-Juin 2020 Août 2020-Fév. 2021 Mars 2021-Juin 2021 2 These factors are discussed in more detail in subsequent sections. 3 The IPC measures food insecurity at a specific point in time and analyzes its severity in terms of threatening lives, 40 % de la population analysée Mar 2020-June 2020 comme souffrant d’insécurité 40% of the population analyzed alimentaire aiguë 41 % de la population analysée Aug 2020-Feb 2021 comme souffrant d’insécurité 41% of the population analyzed alimentaire aiguë 46 % de la population analysée Mar 2021-June 2021 comme souffrant d’insécurité 46% of the population analyzed alimentaire aiguë livelihoods, or both. The analysis of food insecurity combines international standards – including food consumption as having acute food insecurity as having acute food insecurity as having acute food insecurity levels, livelihood changes, nutritional status, and mortality – and triangulates them with several contributing factors (food availability, access, utilization and stability, and vulnerability and hazards) analyzed within the local context. The IPC has a scale ranging from 1 (minimal) to 5 (catastrophe/famine). Levels 3 and above are considered acute levels of food insecurity. 2 Sept 2021-Feb 2022 44% of the population analyzed Mar 2022-June 2022 46% of the population analyzed Légende: 1- Minimale 2- Stress 3- Crise 4- Urgence 5- Famine as having acute food insecurity as having acute food insecurity Source : Cadre intégré des phases de la sécurité alimentaire, disponible à l’adresse https://www.ipcinfo.org/ipc-country-analysis/ details-map/en/c/1155096/ (consulté le 13 septembre 2022). 2 Ces facteurs sont examinés en profondeur dans les sections suivantes. 3 L’IPC mesure l’insécurité alimentaire à un moment précis et analyse sa gravité en termes de menace pour les vies, les moyens d’existence, ou les deux. L’analyse de l’insécurité alimentaire combine des normes internationales - notamment les niveaux de consommation alimentaire, l’évolution des moyens d’existence, l’état nutritionnel et la mortalité - et les triangule avec plusieurs facteurs contributifs (disponibilité, accès, utilisation et stabilité de la nourriture, vulnérabilité et risques) analysés dans le contexte local. L’IPC utilise une échelle allant de 1 (minimale) à 5 (catastrophe/famine). Les niveaux 3 et plus sont considérés comme des niveaux aigus d’insécurité alimentaire. U N E A P P R O C H E S PAT I A L E P O U R A N A LY S E R L’ I N S É C U R I T É A L I M E N TA I R E D A N S L E D É PA R T E M E N T D U N O R D - O U E S T D ’ H A Ï T I 1 0 - Sept. 2021-Fév. 2022 Sept 2021-Feb 2022 44 % de la population analysée comme 44% of the population analyzed souffrant d’insécurité alimentaire aiguë as having acute food insecurity Mars 2022-Juin 2022 Mar 2022-June 2022 46 % de la population analysée comme 46% of the population analyzed souffrant d’insécurité alimentaire aiguë as having acute food insecurity Source: Integrated Food Security Phase Classification, available at https://www.ipcinfo.org/ipc-country Légende: 1- Minimale 2- Stress 3- Crise 4- Urgence 5- Famine analysis/details-map/en/c/1155096/ (accessed September 13, 2022). The Northwest department faces some of the most acute levels of food insecurity in Haiti. Source : Cadre intégré des phases de la sécurité alimentaire, disponible à l’adresse https://www.ipcinfo.org/ipc-country-analysis/ As seen in Figure 1, the department has been classified as being in emergency most recurringly details-map/en/c/1155096/ (consulté le 13 septembre 2022). in the past four years. In the first half of 2022, 55 percent of the population was in need of urgent assistance, above the national average of 46 percent (IPC 2022) (Figure 2). Rural areas within Le département du Nord-Ouest est confronté à le département se distingue comme le département the Northwest department were also highlighted by the Coordination Nationale de la Sécurité certains des niveaux les plus aigus d’insécurité alimentaire en Haïti. Comme le montre la figure 1, d’Haïti présentant la plus forte concentration d’écarts de développement et touche par les plus faibles niveaux de Alimentaire (CNSA) as having the highest share of food insecure households in the country at le département a été classé en situation d’urgence le productivité, un isolement géographique, des conditions 82.7 percent (CNSA 2019). Despite the fact that agriculture is the main economic activity in the plus souvent au cours des quatre dernières années. Au socio-économiques déficitaires et une mauvaise department, the region’s geographic isolation and infrastructure shortcomings – such as limited premier semestre 2022, 55 % de la population avait connectivité. Les taux d’inégalité et de pauvreté sont cold chain supply and low-quality roads and port facilities – have hindered the inclusion of besoin d’une aide urgente, ce qui est supérieur à la moyenne nationale de 46 % (IPC 2022) (figure 2). élevés, notamment dans les zones rurales : 30,7 % de la population du département, essentiellement rurale, agricultural production in export markets and limited access to distribution channels (Giles Alvarez Les zones rurales du département du Nord-Ouest ont et al. 2022b). également été mises en évidence par la Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire (CNSA) comme est confrontée à des niveaux très élevés de pauvreté et d’inégalité des revenus (mesurés par un taux de pauvreté supérieur à 65,4 % et un coefficient de Gini de High food insecurity goes hand-in-hand with other development challenges in the comptant la plus grande proportion de ménages en 0,63, respectivement). 6 Northwest department. Characterized by a largely arid landscape, the department is home to insécurité alimentaire du pays, soit 82,7 % (CNSA 762,507 people and the second-largest city in Haiti, Port-de-Paix.4,5 As shown in Figure 3 and in 2019). Bien que l’agriculture soit la principale activité économique du département, l’isolement géographique de la région et le manque d’infrastructures et/ou la 4 Port-au-Prince, the country’s capital and largest city, is home to roughly 1 million Haitians. 5 Fifty-seven percent of the department is classified as either dry or arid. faiblesse des infrastructures existantes - telles que l’approvisionnement limité en chaîne du froid et les mauvaises conditions des routes et des installations 3 portuaires - ont entravé l’inclusion de la production agricole dans les marchés d’exportation et limité l’accès aux canaux de distribution (Giles Alvarez et al. 2022b). L’insécurité alimentaire élevée s’allie à d’autres défis de développement dans le département du Nord-Ouest. Caractérisé par un paysage largement aride, le département abrite 762 507 personnes et son chef-lieu, Port-de-Paix, est la deuxième plus grande ville d’Haïti.4,5 Selon la figure 3 et Giles Alvarez et al. (2021), 4 Port-au-Prince, la capitale et la plus grande ville du pays, abrite environ un million d’Haïtiens. 5 57 % du département est classé comme sec ou aride. 6 Estimations réalisées à partir de Pokhriyal et al. (2019). L’ I N S É C U R I T É A L I M E N TA I R E E N H A Ï T I E T D A N S L E D É PA R T E M E N T D U N O R D - O U E S T 1 1 Figure 2. Classification de la phase de sécurité alimentaire intégrée du département du Nord-Ouest d’Haïti, mars-juin 2022 Phase Population % Phase 1 Phase 2 Phase 3 Phase 4 Phase 5 66,020 82,525 99,029 82,525 0 20 25 30 25 0 Source : IPC (2022). Note : chaque phase classe différents niveaux de gravité de l’insécurité alimentaire : la phase 1 est qualifiée de minimale, la phase 2 de stress, la phase 3 de crise, la phase 4 d’urgence et la phase 5 de famine. IPC : Cadre intégré des phases de la sécurité alimentaire. Figure 3. Écarts de développement dans le département du Nord-Ouest Peri 39, 349 personnes Le long de la route 151 0,5 km de route goudronnée Route secondaire - 10,7 km Route tertiaire - 225,9 km Governance Nan Palmiste 115,454 personnes Le long de la Route 151 0 km de route goudronnée Route secondaire - 0 km Route tertiaire - 463,9 km Source: Giles Alvarez et al. (2021). Note: Les zones plus sombres indiquent une plus grande concentration des écarts (dans 9 secteurs ou plus), les zones plus claires indiquent des écarts dans 4 secteurs ou moins. 1 2 U N E A P P R O C H E S PAT I A L E P O U R A N A LY S E R L’ I N S É C U R I T É A L I M E N TA I R E D A N S L E D É PA R T E M E N T D U N O R D - O U E S T D ’ H A Ï T I 3 Une approche spatiale pour comprendre l’insécurité alimentaire dans le département du Nord-Ouest U N E A P P R O C H E S PAT I A L E P O U R C O M P R E N D R E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N TA I R E D A N S L E D É PA R T E M E N T D U N O R D - O U E S T 1 3 Image par Claudia Altamimi Cette section combine l’IPC et le cadre de sécurité alimentaire (BID 2018) de la Banque interaméricaine de développement (BID) pour évaluer les facteurs qui entravent la sécurité alimentaire dans le département du Nord-Ouest en Haïti. La sécurité alimentaire est définie comme la situation qui existe « lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, la possibilité physique, sociale et économique de se procurer une nourriture suffisante, salubre et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins et préférences alimentaires pour mener une vie saine et active » (FAO 2007, p. 1). Afin d’analyser les facteurs qui contribuent à l’insécurité alimentaire dans le Nord-Ouest du pays, ce document s’écarte de cette définition, adoptant une approche conforme aux systèmes alimentaires7, combinant les données de l’IPC et le cadre de sécurité alimentaire de la BID dans une analyse spatiale pour examiner les multiples facteurs qui entraînent ces niveaux élevés d’insécurité alimentaire. Figure 4. Le cadre de la sécurité alimentaire Le cadre de sécurité alimentaire de la BID divise les facteurs qui contribuent à l’insécurité alimentaire en quatre dimensions. Ce faisant, il fournit une stratégie à plusieurs volets pour identifier les facteurs influençant l’offre et la demande qui contribuent à l’insécurité alimentaire (figure 4) : 1. Disponibilité de la nourriture : les facteurs qui contribuent à une augmentation, une variation ou une réduction de la disponibilité des aliments. 2. Accès à la nourriture : les facteurs qui déterminent la disponibilité des ressources des ménages pour acquérir des quantités adéquates de nourriture. 3. Utilisation de la nourriture : la disponibilité des services permettant de garantir la qualité de l’alimentation nécessaire pour atteindre un statut nutritionnel adéquat. 4. Stabilité alimentaire : les facteurs qui contribuent à un accès continu à la nourriture pour maintenir un équilibre nutritionnel. Les 4 dimensions de la sécurité alimentaire (Adopté du cadre de la BID) DISPONIBILITÉ de la nourriture UTILISATION de la nourriture STABILITÉ alimentaireACCÈS de la nourriture Approvisionnement alimentaire au niveau national ou local Disponibilité des ressources des ménages (physiques/financières) pour acquérir une quantité adéquate de nourriture Qualité de l’alimentation nécessaire pour atteindre un état nutritionnel adéquat Capacité à avoir un accès continu à la nourriture pour maintenir un équilibre nutritionnel Identifier les zones d’insécurité alimentaire aiguë Source : Préparé par les auteurs à partir de la BID (2018). 7 Plus précisément, les systèmes alimentaires comprennent toutes les activités nécessaires à la plantation, la récolte, la transformation, l’emballage, le transport, la distribution, la commercialisation, le commerce, la consommation et l’élimination des déchets (UNSCN 2016). 1 4 U N E A P P R O C H E S PAT I A L E P O U R A N A LY S E R L’ I N S É C U R I T É A L I M E N TA I R E D A N S L E D É PA R T E M E N T D U N O R D - O U E S T D ’ H A Ï T I L’analyse spatiale sélectionne des indicateurs et des critères de référence clés, les référencie géographiquement et classe les zones en fonction de la gravité des faiblesses identifiées. L’approche spatiale utilisée dans ce document prend des indicateurs clés liés aux quatre dimensions de la sécurité alimentaire et les analyse sur une base géographique à un niveau désagrégé dans le département. L’approche spatiale a été conçue pour compléter d’autres évaluations en capturant et en représentant à travers ses dimensions des subtilités spécifiques désagrégées et géographiques, dont la compréhension peut, à son tour, aider à la conception d’actions plus ciblées. Les indicateurs utilisés dans chaque dimension se trouvent à l’annexe 1. Tout d’abord, des indicateurs spécifiques et des seuils d’écart sont sélectionnés sur la base des données disponibles et de la littérature existante. Ensuite, les indicateurs individuels sont superposés afin d’identifier les lacunes et de classer les domaines du département en lacunes moins graves, graves et plus graves. Les lacunes sont identifiées comme étant des domaines qui sont sous-performant par rapport à l’indice de référence sélectionné. Les données utilisées pour cette analyse ont été obtenues auprès du ministère de l’Agriculture des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR) et d’organisations internationales, dont la BID, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la Banque mondiale et l’Agence américaine pour le développement international, entre autres.8 L’analyse spatiale est ensuite complétée par un examen des autres facteurs socio-économiques qui influent sur les dimensions de la sécurité alimentaire. L’analyse spatiale fournit une évaluation géo-référencée des facteurs clés qui affectent les quatre dimensions du cadre, en développant des recommandations pour des investissements ciblés qui pourraient avoir un effet positif sur la sécurité alimentaire. Toutefois, ces résultats rendent compte des relations spatiales et n’indiquent pas nécessairement une corrélation ou une forte composante statistique. La portée de ce type d’analyse est également limitée par la disponibilité des données et des informations. Ce type d’analyse dans le département du Nord-Ouest, par exemple, ne peut pas prendre en considération des variables telles que les transferts de fonds, les fluctuations de prix et les scores de diversité alimentaire des ménages dans l’approche spatiale en raison de la disponibilité limitée de données granulaires. Par conséquent, l’analyse spatiale est également complétée par un examen des conditions socio-économiques qui affectent les différentes dimensions de la sécurité alimentaire. Enfin, même si ces approches spatiales conduisent à la définition de domaines d’investissement clés et à la conception d’interventions, elles ne fournissent qu’une feuille de route initiale. Des évaluations, des conceptions et des études de préfaisabilité supplémentaires adaptées à chaque dimension ou secteur sont recommandées afin de développer des solutions politiques évolutives et des opérations efficaces basées sur les besoins de chaque secteur. Les sections suivantes présentent les résultats de l’analyse. 3.1 Disponibilité de la nourriture Malgré le grand potentiel de production alimentaire en Haïti, la disponibilité de la nourriture a diminué au cours des dernières années en raison de facteurs nationaux et internationaux. La dimension de la disponibilité alimentaire évalue l’approvisionnement alimentaire, soit par la production nationale, soit par les importations ou l’aide (BID 2018). En Haïti, la 3.1.1 Production intérieure L’agriculture est un secteur clé dans le département du Nord-Ouest. Si l’agriculture est un secteur important en Haïti, générant 18 % du PIB et environ 50 % de l’emploi (Morris, Sebastian et Perego 2020), le secteur est particulièrement important dans le département du chute de la production nationale, qui a été entravée par l’insuffisance d’infrastructures de qualité et de financements, l’insécurité et les catastrophes naturelles, s’est accompagnée d’une hausse des prix des produits importés et d’un blocage de l’aide au secteur. L’ensemble de ces facteurs a un effet négatif sur la disponibilité de la nourriture. Nord-Ouest, qui récolte un large éventail de groupes de cultures, notamment des racines, des tubercules, des amidons et des céréales (MARNDR 2014). L’agriculture emploie également plus de la moitié de la population du département, ce qui est supérieur à la moyenne nationale 8 Compte tenu des limites de l’échelle de disponibilité des données spatiales, un modèle de régression linéaire ne répondait pas aux normes analytiques pour être considéré comme suffisamment robuste pour inférer, statistiquement, les causes de l’insécurité alimentaire. U N E A P P R O C H E S PAT I A L E P O U R C O M P R E N D R E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N TA I R E D A N S L E D É PA R T E M E N T D U N O R D - O U E S T 1 5 de 46,1 % (IHSI 2012).9 Cependant, malgré l’importance de l’agriculture dans le département, divers défis entravent la production et l’offre agricoles, réduisant ainsi la disponibilité des aliments. L’insuffisance des infrastructures de production et de distribution, notamment les routes, l’irrigation et les installations de production, entrave la production, le transport et la transformation des produits agricoles. Le tableau 1 montre les lacunes en matière de routes goudronnées et de routes agricoles, d’irrigation et de centres de traitement dans le département du Nord-Ouest. Au total, ces lacunes touchent 16,9 % de la population et 28 % du département. Les sections communales de la Mare Rouge, de la Mahotière, de la Pointe des Oiseaux, du Bas de Sainte Anne, et des Côtes de Fer (Môle Saint Nicolas) sont particulièrement vulnérables à ces lacunes. Les routes de qualité insuffisante touchent 25,1 % de la population du département. Cela exacerbe l’isolement géographique du département et entrave les chaînes d’approvisionnement et la mobilité, ce qui réduit finalement la production du secteur agricole (Giles Alvarez et al. 2022b). En outre, 22 % de la population est située dans des zones où l’irrigation est insuffisante. Cela limite la capacité de production, notamment en raison de la nature aride du sol. En outre, 16,5 % de la population du département du Nord-Ouest a un accès limité aux centres de transformation agricole, ce qui réduit le potentiel de création d’emplois du secteur et limite la possibilité de production à valeur ajoutée. Tableau 1. Infrastructure de production et de distribution agricoles dans le département du Nord-Ouest d’Haïti A. Disponibilité de routes goudronnées et de routes agricoles • 25,1 % de la population a un accès limité aux routes goudronnées et agricoles. • Haut des Moustiques, Mahotière, Mare Rouge, Pointe des Oiseaux, et Réserve ou Ti Paradis sont les sections communales dont l’accès est le plus limité. B. Disponibilité de l’irrigation • 90 % des terres arables sont situées dans des zones de sécheresse qui nécessitent une irrigation importante pour être productives. • 22 % de la population est située dans des zones où les terres irriguées sont limitées. • Dessources, Mare-Rouge, Côtes de Fer (Môle Saint Nicolas), Mare Rouge, et des Forges sont les sections communales avec la plus faible disponibilité d’irrigation. Source : Préparé par les auteurs. 9 Ces données proviennent de l’Enquête sur les Conditions de Vie des Ménages Après le Séisme de 2012 (IHSI 2021), qui sont les dernières données disponibles au niveau des ménages en Haïti. 1 6 U N E A P P R O C H E S PAT I A L E P O U R A N A LY S E R L’ I N S É C U R I T É A L I M E N TA I R E D A N S L E D É PA R T E M E N T D U N O R D - O U E S T D ’ H A Ï T I C. Disponibilité des centres de traitement • 16,5 % de la population a un accès limité aux centres de transformation agricole. • Mahotière, Mare Rouge, Pointe des Oiseaux, Lacoma, et Côtes de Fer (Môle Saint Nicolas) sont les sections communales dont l’accès est le plus limité. Source : Préparé par les auteurs. Les défis socio-économiques entravent la productivité et les transports.Si Le cadre institutionnel de la production, de la distribution et du commerce agricoles est entravé par un financement limité, qui tend à être le fait des donateurs. Bien que l’agriculture soit le principal secteur économique du pays, seuls 2,5 % du budget de l’État pour l’exercice 2022 (0,2 % du PIB) ont été alloués à ce secteur, soit beaucoup moins que les dépenses des donateurs. L’aggravation de la sécurité ces dernières années a également réduit la mobilité et entravé la distribution de nourriture. Enfin, les pratiques agricoles peu mécanisées et manquant d’économies d’échelle limitent les rendements potentiels (Van Vliet et al. 2017). Les exploitations agricoles du département du Nord-Ouest sont assez petites - moins d’un carreau10 - et 46,3 % d’entre elles sont axées sur l’agriculture de subsistance (MARNDR 2008). Le manque d’infrastructures et de soutien à la mécanisation, aux engrais et à la qualité des semences a également été identifié comme l’un des 10 principaux défis du secteur agricole dans le département.11 La pandémie de COVID-19, ainsi que les manifestations sociales récurrentes et l’insécurité croissante, ont encore entravé la production nationale, réduit l’accès des agriculteurs aux intrants de production et au financement, et limité l’accès à l’assistance technique et à la distribution en raison des restrictions de déplacement et de mobilité. 12 3.1.2 Importations et aides Haïti est un pays grandement dépendant des produits alimentaires importés, qui représentaient en moyenne 19,6 % des biens importés entre 2016 et 2020. Pendant la pandémie de COVID-19, les perturbations de la chaîne d’approvisionnement mondiale ont exercé des pressions sans précédent sur Les événements climatiques extrêmes récurrents entravent la productivité et réduisent les rendements. Le département du Nord-Ouest est vulnérable aux événements climatiques extrêmes, notamment les sécheresses, les inondations, les tempêtes et les tremblements de terre. Cela entrave la capacité de production et le rendement des cultures. Le département a subi des sécheresses et des inondations répétées qui ont eu un impact négatif sur la production agricole, entraînant la perte de récoltes et de revenus pour les ménages les plus pauvres. Par exemple, le département a connu de graves inondations au cours du premier trimestre de 2022 qui ont fait plusieurs morts, endommagé des infrastructures et causé des pertes agricoles. La saison de croissance du printemps 2022 a également été compromise en raison des déficits pluviométriques de mars à mai. Le département a également été frappé par diverses tempêtes tropicales et ouragans, notamment l’ouragan Irma en 2017 et la tempête tropicale Isaias en 2021. Les tremblements de terre sont également fréquents : le département a enregistré 37 séismes d’une magnitude d’au moins 1,5 sur l’échelle de Richter au cours de la seule année écoulée.13 l’approvisionnement alimentaire et ont contribué à faire grimper les prix (RCPA 2022). Les tensions géopolitiques liées à la guerre en Ukraine ont encore perturbé l’approvisionnement alimentaire mondial, entraînant des effets dévastateurs sur les pays importateurs de denrées alimentaires tels qu’Haïti. 10 En Haïti, le carreau est une unité de mesure foncière. Un carreau de terrain en Haïti est équivalent à 1,29 hectare ou 3,18 acres de terrain. 11 Recensements et enquêtes agricoles du ministère de l’agriculture. 12 Voir BID, « Mercredi de Réflexion », disponible sur https://iadb.libguides.com/MRHaiti (consulté le 13 septembre 2022). 13 Voir le suivi des tremblements de terre à l’adresse https://earthquaketrack.com/ht-03-port-de-paix/recent (consulté le 13 septembre 2022). U N E A P P R O C H E S PAT I A L E P O U R C O M P R E N D R E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N TA I R E D A N S L E D É PA R T E M E N T D U N O R D - O U E S T 1 7 Haïti est fortement tributaire de l’aide, qui a atteint, selon les estimations, 2,7 % du PIB au cours de l’exercice 2022, soit près de la moitié des recettes intérieures perçues cette année-là. Toutefois, les recettes de l’aide sont en baisse depuis le tremblement de terre de 2010, passant de 5,7 % du PIB en moyenne sur les exercices 2011 et 2012 à 1,8 % du PIB en 3.2 Accès à la nourriture L’accès limité à la nourriture est généralement le résultat de difficultés liées à l’accès physique et aux revenus. L’accès à la nourriture implique la capacité des ménages à obtenir et à acheter physiquement de la nourriture, qui est liée à la fois à la distance et à l’offre, ainsi qu’à la disponibilité de revenus (BID 2018). Dans le département du Nord-Ouest, les contraintes d’approvisionnement, les restrictions de mobilité, les chocs de prix et les risques pour les revenus durables entravent l’accès à la nourriture. D’après l’analyse 3.2.1Facteurs liés à l’offre L’isolement géographique et les mauvaises infrastructures de transport entravent l’approvisionnement et donc l’accès à la nourriture dans le département du Nord-Ouest. Comme indiqué précédemment, le département souffre d’un isolement géographique et d’un manque d’infrastructures de transport adéquates, ce qui limite la disponibilité et l’accès à la nourriture. Comme le montre le tableau 2, 40,9 % de la population du département du Nord-Ouest a un accès limité à la nourriture en raison de la longue durée de déplacement (plus de 60 minutes) pour atteindre les marchés ou les zones de production. Cela est dû à une mauvaise infrastructure de transport et des réseaux de marché inadéquats pour distribuer la production aux marchés locaux. Les sections communales de Derourvay, du Haut des Moustiques, des Granges, de la Mare Rouge et de la Pointe des Oiseaux sont confrontées aux plus graves difficultés d’accès à la nourriture. L’insécurité et la vulnérabilité aux chocs climatiques entravent également la mobilité, ce qui, avec la hausse des prix alimentaires internationaux, réduit l’accès à la nourriture. Comme cela a été évoqué de manière récurrente dans ce document, les niveaux élevés et croissants d’insécurité réduisent la mobilité dans le département, ralentissant le processus de transportation pouvant faciliter la distribution alimentaire et augmentant les prix intérieurs. L’aggravation de la sécurité s’est traduite moyenne sur les exercices 2021 et 2022.14 Les dépenses annuelles d’aide au secteur agricole ont représenté en moyenne 9,4 % du total des recettes provenant de l’aide, soit 0,5 % du PIB, entre 2010 et 2020.15 Cette somme représente plus du double du montant alloué au secteur par le budget de l’État pour l’exercice 2022. spatiale présentée ci-dessous, 8,3 % de la population et 12 % de la zone couverte par le département du Nord-Ouest ont un degré élevé de difficulté d’accès à l’alimentation. La plus forte concentration de population à risque se trouve aux Côtes de Fer (Anse-à-Foleur), Bas de Sainte Anne, Lafague (Chamoise), la Pointe et Mayance. par une pénurie croissante de produits alimentaires, qu’ils soient produits localement ou importés. Au niveau national, 33 % et 66 % de la population ont identifié la violence armée et les enlèvements, respectivement, comme la principale raison entravant l’accès aux marchés en 2019 (CNSA 2019). Depuis, la sécurité s’est encore détériorée. Les prix internationaux des denrées alimentaires ont également augmenté de façon spectaculaire en raison des perturbations de la chaîne d’approvisionnement pendant la pandémie de COVID-19 et des effets de la guerre en Ukraine, qui se sont produits parallèlement à une dépréciation de la monnaie nationale. Le taux d’inflation annuel des produits importés a atteint 41,7 % en juin 2022, contre 14,2 % en juin 2021, et le taux d’inflation annuel des produits alimentaires a été de 30,7 % en juin 2022, contre 15 % en juin 2021. Enfin, les chocs climatiques réduisent les possibilités d’accès à la nourriture en raison des infrastructures de production et de transport endommagées. Étant donné que le département est éloigné de la capitale et que les installations portuaires de Port-de Paix sont confrontées à de graves difficultés, cela contribue également à retarder les efforts de reconstruction et de remise en état et ralentit les efforts pour augmenter l’accès à la nourriture après ces événements. 14 L’aide a légèrement augmenté depuis le tremblement de terre de 2021. Données obtenues à partir de la base de données des Perspectives de l’économie mondiale du Fonds monétaire international, à l’adresse https://www.imf.org/en/Publications/WEO/weo-database/2022/April (consulté le 13 septembre 2022). 15 Données obtenues auprès de l’Initiative internationale pour la transparence des données à l’adresse https://iatistandard.org/en/iati-tools-and-resources/ en utilisant le code de secteur 311 (consulté le 13 septembre 2022). 1 8 U N E A P P R O C H E S PAT I A L E P O U R A N A LY S E R L’ I N S É C U R I T É A L I M E N TA I R E D A N S L E D É PA R T E M E N T D U N O R D - O U E S T D ’ H A Ï T I Tableau 2. Accès à la nourriture et aux revenus dans le département du Nord-Ouest d’Haïti A. Accès à la nourriture • 40,9 % de la population n’a qu’un accès limité à la nourriture, compte tenu de la longueur des trajets pour atteindre les marchés ou les zones de production. • Les sections communales de Derourvay, du Haut des Moustiques, des Granges, de la Mare Rouge et de la Pointe des Oiseaux sont confrontées aux défis les plus importants. B. Accès aux revenus • 15,6 % de la population vit dans des conditions de pauvreté aiguë (> 63,7 % de pauvreté de revenu). 1 • Les sections communales de Chansolme, Côtes de Fer (Môle Saint Nicolas), Bas des Moustiques, Côtes de Fer (Anse-à-Foleur), et Carreau Datty font face aux plus grands défis. 1 Ce seuil a été choisi sur la base d’une analyse de la distribution des quartiles. Source : Préparé par les auteurs. 3.2.2 Facteurs liés à la demande Les niveaux élevés de pauvreté et la hausse des prix réduisent le pouvoir d’achat et par conséquent entravent l’accès à la nourriture. Les niveaux de pauvreté dans le département du Nord-Ouest sont plus élevés que la moyenne nationale : 63 % par rapport à la moyenne nationale de 58 %.16 Comme le montre le tableau 2, 15,6 % de la population (118 739 personnes) du département vit dans une zone de grande pauvreté, ce qui peut entraver la capacité à acquérir de la nourriture. Les sections communales de Chansolme, Côtes de Fer (Môle Saint Nicolas), Baie des Moustiques, Côtes de Fer (Anse-à-Foleur) et Carreau Datty font face aux défis les plus importants. Enfin, les risques liés à la durabilité des sources de revenus des ménages s’ajoutent également aux facteurs liés à la demande et pourraient contribuer à un accès limite à la nourriture en période de ralentissement économique. Par exemple, plus de la moitié de la population du département (51 %) dépend des transferts de fonds comme principale source de revenus. La pandémie de COVID-19 et la volatilité de la gourde haïtienne ont affecté le niveau de consommation des ménages directement dépendants des transferts, entraînant des baisses de pouvoir d’achat (MARNDR 2014 ; CNSA 2019),17 et contribuant à la dégradation de la sécurité alimentaire dans le département. 16 Les derniers chiffres datent de 2012, et la pauvreté a probablement augmenté depuis. Ces mesures ont été obtenues à partir de Pokhriyal et al. (2019 17 60 % des ménages ont également constaté une perte de revenus ou de salaires pendant la pandémie (UNDP 2022). U N E A P P R O C H E S PAT I A L E P O U R C O M P R E N D R E L’ I N S É C U R I T É A L I M E N TA I R E D A N S L E D É PA R T E M E N T D U N O R D - O U E S T 1 9 3.3 Utilisation de la nourriture L’utilisation de la nourriture est souvent entravée par un accès lim