Plan Communal de Développement de Jean Rabel 2012-2017

Plan Communal de Développement de Jean Rabel 2012-2017

Gouvernement d'Haïti 2012 124 pages
Resume — Plan de développement communal pour la commune de Jean Rabel dans le département du Nord-Ouest couvrant la période 2012-2017. Le document présente les priorités stratégiques pour le développement local dans plusieurs secteurs incluant l'agriculture, la santé, l'éducation et l'infrastructure.
Constats Cles
Description Complete
Ce Plan Communal de Développement constitue un cadre stratégique complet pour le développement de la commune de Jean Rabel dans le département du Nord-Ouest d'Haïti pour la période 2012-2017. Le document représente un effort collaboratif impliquant les autorités locales, la société civile et les partenaires de développement à travers le Conseil de Développement Communal (CDC). Il s'appuie sur les leçons apprises du premier PCD mis en œuvre de 2007 à 2010. Le plan suit une méthodologie participative incluant un diagnostic territorial, la définition des priorités et la planification stratégique dans plusieurs secteurs. Les domaines clés couverts incluent l'infrastructure de transport, l'agriculture et l'élevage, l'environnement, l'entrepreneuriat et le commerce, la santé, l'éducation, l'énergie, l'eau et l'assainissement, les sports et la culture, et le renforcement institutionnel. Le document fournit une analyse détaillée des caractéristiques démographiques, géographiques, économiques et sociales de la commune, identifiant à la fois les forces à valoriser et les faiblesses à corriger. Il établit une vision claire et des objectifs pour la période de cinq ans, ainsi que des programmes et projets spécifiques alignés sur la stratégie nationale de développement d'Haïti. La mise en œuvre se concentre sur les mécanismes de financement, la planification des investissements, la mobilisation des ressources et les systèmes de suivi et d'évaluation. Le plan vise à servir d'outil directeur pour tous les acteurs intéressés par le développement de Jean Rabel tout en évitant la duplication et le gaspillage dans le financement des projets.
Sujets
GouvernanceEnvironnementInfrastructureDéveloppement urbain
Geographie
Département du Nord-Ouest
Mots-cles
jean rabel, Communal development, nord-ouest, community planning, participatory development, local governance, haiti
Entites
Jean Rabel, Nord-Ouest, Nan Vincent, Initiative Développement, ADEMA, Conseil de Développement Communal, CDC, République d'Haïti, Plan Stratégique de Développement d'Haïti, PSDH
Texte Integral du Document

Texte extrait du document original pour l'indexation.

République d’Haïti Département du Nord-Ouest Commune de Jean Rabel Plan Communal de Développement de Jean Rabel 2012 – 2017 Vue de la vie quotidienne au village Nan Vincent à Jean Rabel Mars 2013 République d’Haïti Département du Nord-Ouest Commune de Jean Rabel Plan Communal de Développement de Jean Rabel 2012 – 2017 Vue de la vie quotidienne au village Nan Vincent à Jean Rabel Mars 2013 TABLE DES MATIÈRES LISTE DES SIGLES, ACRONYMES ET ABREVIATIONS 6 LISTE DES TABLEAUX 8 LISTE DES CARTES 10 LISTE DES FIGURES ET GRAPHIQUES 10 LISTE DES PHOTOS 10 AVANT-PROPOS 11 INTRODUCTION 12 HISTORIQUE ET BRÈVE PRÉSENTATION DE LA COMMUNE 13 PARTIE I : METHODOLOGIE 1.1.- Formation du conseil de Développement de la commune 16 1.2.- Evaluation des résultats du 1er PCD de Jean Rabel 16 1.3.- Diagnostic territorial 16 1.4.- Programmation (vision, objectifs, hiérarchisation des priorités et 17 planification) 1.5.- Validation 18 1.6.- Limites de la méthode 18 PARTIE II : DIAGNOSTIC 2.1 Organisation et structuration du territoire 20 2.1.1 Localisation de la commune de Jean Rabel 20 2.1.2 Démographie/répartition de la population par sexe et par âge 21 2.1.3 Répartition spatiale de la population 21 2.1.4 Organisation administrative 23 2.1.5 Situation foncière des domaines de l’Etat 25 2.2.- Fonctionnement des Collectivités et Services Déconcentrés de l’Etat 26 2.2.1.- Collectivités Territoriales 26 2.2.2 Les services déconcentrés de l’état 28 2.3 Le milieu physique et l’environnement 29 2.3.1 Occupation du sol 29 2.3.2 Climat et pluviométrie 30 2.3.3 Hydrographie et hydrologie 31 Plan Communal de Développement de Jean Rabel (2012-2017) 3 2.3.4 Caractéristique agro-morphologique 2.3.5 Environnement 2.4 Milieu social et services sociaux 2.4.1 L’éducation 2.4.2 La santé 2.4.3 L’urbanisation et les migrations 2.4.4 Emploi 2.4.5 Sport, loisirs, religions et culture 2.4.6 Les sources d’énergies utilisées et potentialités 2.4.7 Adduction et accès à l’eau potable 2.4.8 Communication 2.5 Le contexte économique de la commune de Jean Rabel 2.5.1 La production végétale 2.5.2 L’Elevage 2.5.3 La Pêche 2.5.4 La production de charbon 2.5.5 Le commerce 2.5.6 L’Entreprenariat 2.5.7 Exploitation de mines et carrières 2.5.8 Artisanat III : PLANIFICATION 33 33 36 36 39 43 44 44 46 47 50 53 53 58 59 61 62 65 66 67 3.1 Vision et Objectif 69 3.2 Choix des priorités 70 3.3 Orientations stratégiques 71 3.3.1.- Orientations pour secteur transport 72 3.3.2.- Orientations pour le secteur Agriculture (l’élevage et la 73 pêche) 3.3.3.- Orientations pour le secteur Environnement 74 3.3.4.- Orientations pour le secteur Entreprenariat et Commerce 75 3.3.5.- Orientations pour le secteur Santé 75 3.3.6.- Orientations pour la filière fruit 76 3.3.7.- Orientations pour le renforcement institutionnel 77 3.3.8.- Orientations pour le secteur énergie 77 3.3.9.- Orientations pour le secteur éducation 78 3.3.10.- Orientations pour le secteur sportif et culturel 79 3.3.11.- Orientations pour le secteur Eau Potable 79 Plan Communal de Développement de Jean Rabel (2012-2017) 4 3.3.12.- Orientations pour le secteur Artisanal 3.4. Cohérence avec le Plan Stratégique du Développement d’Haïti 3.5 Programmes et Projets 3.6 Mesures politiques PARTIE IV : MISE EN ŒUVRE DU PCD 4.1 Le financement du PCD 4.2 Plan d’investissement quinquennal 4.3 Mobilisation, Communication et Gestion des ressources 4.4 Le dispositif de suivi et d’évaluation du PCD ANNEXES Annexe 1 : Arbres à Problèmes Annexe 2 : Règlement intérieur du CDC Annexe 3 : Composition du CDC Annexe 4 : Liste des participants aux ateliers communaux BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE 80 80 83 93 96 97 102 103 105 113 119 120 123 Plan Communal de Développement de Jean Rabel (2012-2017) 5 LISTE DES SIGLES, ACRONYMES ET ABRÉVIATIONS AAA : Agro Action Allemande ACDI : Agence Canadienne pour le Développement International ADEMA : Ansanm pou yon Demen Miyò an Ayiti ADPVM : Asosyasyon pou Devlopman Peyizan Vyèytè Wout Mawouj APLJ : Association des Planteurs de Légumes de Jean Rabel ASEC : Assemblée de la Section Communale BAC : Bureau Agricole Communale BV : Bassin Versant BMF : Banque de Médicament du Far West CAP : Centre d’Appui Pédagogique CARE : Coopérative for Assistance and Relief Everywhere CASEC : Conseil d’Administration de la Section Communale CCSC : Comité de Concertation de la Section Communale CFA : Centre de Formation ADEMA CEFOTENO : Centre de Formation Technique du Nord-Ouest CEP : Certificat d’Études Primaires CFPB : Contribution Foncière des Propriétés Bâties CDC : Conseil de Développement Communal CME : Commission Municipale d’Éducation CRS : Catholic Relief Services CT : Collectivités Territoriales CTC : Centre de Traitement du Choléra DCP : Dispositif Concentrateur de Poissons DINEPA : Direction Nationale de l’Eau Potable et de l’Assainissement DGI : Direction Générale des Impôts EDH : Électricité d’Haïti EFA : École Fondamentale d’Application EFACAP : École Fondamentale d’Application et Centre d’Appui Pédagogique ENINO : École Normale d’Instituteurs du Nord-Ouest FAES : Fonds d’Assistance Économique et Sociale FEDEC : Fédération pour le Développement de Cabaret FEKAJ : Federasyon Koperativ Janrabèl FJM : Fondation Jésus Marie GSB : Groupe Santé Bêtes HACHO : Haitian American Community Help Organization HIMO : Haute Intensité de Main d’œuvre HNDP : Hôpital Notre Dame de la Paix Plan Communal de Développement de Jean Rabel (2012-2017) 6 ID : Initiative Développement IFA : Inisyativ Fanm IFOS : Institut de Formation du Sud IHSI : Institut Haïtien de Statistiques et d’Informatique INARA : Institut National pour la Réforme Agraire IST : Infections Sexuellement Transmissibles KORAL : Konbit pou Remanbre Aksyon Lakay MARNDR : Ministère de l’Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural MDE : Ministère de l’Environnement MICTDN : Ministère de l’Intérieur, des Collectivités Territoriales et de la Défense Nationale MJSAC : Ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action Civique MPCE : Ministère de la Planification et de la Coopération Externe MSPP : Ministère de la Santé Publique et de la Population OB : Organisation de Base OCB : Organisation Communautaire de Base ONG : Organisation Non Gouvernementale OREPA : Office Régional de l’Eau Potable et de l’Assainissement PAM : Programme Alimentaire Mondial PCD : Plan Communal de Développement PDL : Plan de Développement Local PEPFAR : President’s Emergency Plan For AIDS Relief PNCS : Programme National de Cantine Scolaire PNH : Police Nationale d’Haïti PRODEP : Programme de Développement Participatif PSDH : Plan Stratégique de Développement d’Haïti PSUGO : Programme de Scolarisation Universelle Gratuite et Obligatoire RGPH : Recensement Général de la Population et de l’Habitat SDE : Services Déconcentrés de l’État SEMANAH : Service Maritime de la Navigation Haïtienne SIDA : Syndrome Immunodéficitaire Acquis SNA / EPT : Stratégie Nationale d’Action / Éducation pour Tous SOGEDEV : Société Générale de Développement TDR : Termes de Référence TK : Tèt Kole TNH : Télévision Nationale d’Haïti UCS : Unité Communale de Santé UE : Union Européenne VIH : Virus Immuno Humain Plan Communal de Développement de Jean Rabel (2012-2017) 7 LISTE DES TABLEAUX Tableaux Tableau 1 : Répartition de la population par sexe et par âge 21 Tableau 2 : Répartition de la population par section communale 22 Tableau 3 : Représentation des habitations et des sections de la commune 23 Tableau 4 : Recettes tirées de la CFPB 26 Tableau 5 : Réalisations du 1er PCD de Jean Rabel / Secteur Administration 28 Tableau 6 : Réalisations du 1er PCD de Jean Rabel / Secteur Services Communaux 28 Tableau 7 : Réalisations du 1er PCD / Secteur Éducation 36 Tableau 8 : Taux de réussite en 6ème AF / 2007-2011 / EFACAP de Jean Rabel 37 Tableau 9 : Bilan quantitatif des écoles de Jean Rabel / 2007 2012 (1ère à 6ème AF) 38 Tableau 10 : Bilan quantitatif des écoles de Jean Rabel / 2007-2012 (7ème AF – Philo) 38 Tableau 11 : Liste des écoles professionnelles de Jean Rabel 39 Tableau 12 : Soins de santé locaux 41 Tableau 13 : Réalisations du 1er PCD / Secteur infrastructure sanitaire 42 Tableau 14 : Prise en charge sanitaire 42 Tableau 15 : Causes des déplacements vers la commune de Jean Rabel 43 Tableau 16 : Causes des déplacements hors de la commune de Jean Rabel 43 Tableau 17 : Répartition des espaces de loisirs de la commune de Jean Rabel 45 Tableau 18 : Pratiques culturelles à Jean Rabel 45 Tableau 19 : Réalisations du 1er PCD / Secteur Culture, Sport 46 Tableau 20 : Réalisations du 1er PCD / Secteur énergie 46 Tableau 21 : Approvisionnement en eau potable 49 Tableau 22 : Réalisations du 1er PCD / Secteur eau potable et assainissement 50 Tableau 23 : Réalisations du 1er PCD / Secteur Transport 51 Tableau 24 : Perception du secteur transport par les habitants 51 Tableau 25 : Réalisations du 1er PCD / Secteur communication 52 Tableau 26 : Principaux échanges agricoles de la commune 54 Tableau 27 : Réalisations du 1er PCD / Secteur agriculture 55 Plan Communal de Développement de Jean Rabel (2012-2017) 8 Tableau 28 : Perception des habitants sur la filière céréale 56 Tableau 29 : Perception des habitants sur la filière manioc 57 Tableau 30 : Réalisations du 1er PCD / Secteur élevage 59 Tableau 31 : Perception des habitants sur la pêche 60 Tableau 32 : Provenance et destination des produits vendus sur les marchés de Jean Rabel 64 Tableau 33 : Réalisations du 1er PCD / Secteur entreprenariat 66 Tableau 34 : Forces à valoriser 70 Tableau 35 : Faiblesses à corriger 71 Tableau 36 : Tableau synoptique des programmes et projets du PCD de Jean Rabel / 2012-2017. 84 Tableau 37 : Dépenses d’investissement des ONG et Fondations pour les années 2012-2017 96 Plan Communal de Développement de Jean Rabel (2012-2017) 9 LISTE DES CARTES Cartes Carte 1 : Position de la commune de Jean Rabel sur la carte d’Haïti 20 Carte 2 : Le bourg et ses nouveaux quartiers 22 Carte 3 : Carte administrative de la commune de Jean Rabel 24 Carte 4 : Topographie de la commune de Jean Rabel 29 Carte 5 : Hydrologie de la commune de Jean Rabel 32 Carte 6 : Extrait de la carte des pôles de développement 81 Carte 7 : Extrait du PSDH / Tronçon reliant Port-de-Paix à Môle Saint Nicolas 82 LISTE DES FIGURES ET GRAPHIQUES Figures Figure 1 : Organigramme de la mairie de Jean Rabel 27 Figure 2 : Vision de la commune 69 Figure 3 : Objectif du PCD de la commune pour les 5 années 69 Figure 4 : Schéma du Plan Stratégique de Développement d’Haïti 81 Graphiques Graphique 1 : Hydrographie de la commune de Jean Rabel 31 LISTE DES PHOTOS Photos Photo 1 : Vue partielle de l’état de la route de Port-de-Paix menant vers Jean Rabel 50 Plan Communal de Développement de Jean Rabel (2012-2017) 10 AVANT-PROPOS La constitution de 1987 a rompu avec la tradition haïtienne attachée à un pouvoir centralisateur, elle a institué la décentralisation à laquelle est assignée une triple perspective : la fourniture adéquate de services publics à la population, le développement local et de la démocratie participative. Le décret fixant le cadre général de la décentralisation définit la collectivité municipale en tant que division du territoire dotée de la personnalité morale et de l’autonomie administrative et financière dans les limites de sa compétence. Ce même décret définit le Conseil de Développement comme une structure participative de prise de décisions, de planification, d’exécution et de suivi des actions de développement, intégrant les autorités locales, les représentants de la société civile locale et encadré par les représentants du pouvoir central et des organismes de développement qui interviennent sur le territoire de la collectivité municipale. L’administration municipale de Jean Rabel consciente de sa mission sacro-sainte d’assurer le développement de cette collectivité a joué sa participation dans le cadre de la loi en dotant la commune de Jean Rabel d’un Plan Communal de Développement (PCD). Ce plan de développement est le fruit de l’effort conjugué de toute la population communale et de tous les acteurs impliqués dans le développement de la commune à travers le Conseil de Développement Communal (CDC). L’Administration Municipale de Jean Rabel espère que ce plan de développement constituera la boussole pour tous ceux qui s’intéressent au développement de la commune et qu’il nous aide à éviter toute duplication et gaspillage d’argent dans le financement des projets de développement. Plan Communal de Développement de Jean Rabel (2012-2017) 11 INTRODUCTION En 2007, la commune de Jean Rabel s’était dotée d’un premier Plan Communal de Développement grâce à la mobilisation de l’ensemble des acteurs. Ce document d’importance capitale pour la commune devait permettre aux collectivités territoriales de faire une meilleure gestion du territoire par la mobilisation des ressources disponibles tout en mettant à leur disposition des outils de planification stratégique. Le cartel en place qui a contribué corps et âme à l’élaboration du document n’était pas celui qui allait assurer sa mise en œuvre suivant le principe de la transition démocratique. Elaboré sur une période de trois ans (2007-2010), ce PCD a reçu l’aval de l’administration municipale, avec l’appui technique de l’ONG française Initiative Développement, ADEMA et d’autres partenaires de développement qui ont aussi contribué à sa mise en œuvre. Le renouvellement qui devait avoir lieu en 2010 a été finalement reporté à 2012 suite à des troubles politiques et autres difficultés techniques et financières de l’administration municipale. Ce n’est qu’à la fin de l’année 2012 que la mairie de Jean Rabel a pris la décision de l’actualiser cette fois-ci sur une période de cinq ans, notamment grâce au support financier de l’Union Européenne. Ce document est composé de quatre grandes parties dont la méthodologie qui donne une description de la démarche utilisée, le diagnostic participatif qui fait un état des lieux de la situation de la commune en faisant une comparaison de la situation avant le premier plan et le bilan en fin d’exécution, la programmation qui reprend la vision, les objectifs et les orientations stratégiques, la mise en œuvre du PCD avec l’élaboration d’un plan d’investissement pour les programmes et projets à mettre en œuvre, et finalement les annexes. Plan Communal de Développement de Jean Rabel (2012-2017) 12 HISTORIQUE ET BRÈVE PRÉSENTATION DE LA COMMUNE L’histoire de la commune de Jean Rabel est controversée tant autour de son appellation que de la date de sa fondation. Christophe Colomb débarqua dans la baie de Port à l’Ecu le huit décembre 1492, il fut accueilli par la population locale qu’il considérait comme des Indiens qui étaient en réalité des Taïnos faisant partie du caciquat de Marien, dirigé par Guacanagary. Leur principale activité économique s’articulait autour de l’agriculture et de la chasse où ils pratiquaient la cueillette de fruit et chassaient les cochons sauvages. Le contact brutal avec les Espagnols qui s’installèrent sur l’Ile allait décimer cette population à cause des travaux forcés et de l’introduction de nouvelles maladies. A partir de 1629, les français vinrent s’établir sur l’île de la Tortue, lieu stratégique pour contrôler les bateaux qui passent par le canal du vent afin de les piller. Tout au début de la seconde moitié du 17ème siècle, plusieurs violentes confrontations entre Français et Espagnols eurent lieu surtout dans les parages de l’île de La Tortue. C’est à cette période que le nom de Jean Rabel a été cité pour la première fois; nom d’un aventurier ayant pris possession du canton. L’endroit portait auparavant le nom de Morne Massacre. Selon Michel Christian Camus, une autre source citée par Gesler Jean Gilles1, Jean Rabel est une déformation de «Juan Rabelo», un colon portugais qui possédait sur la côte Nord de St Domingue une plantation sur laquelle travaillaient dix-huit prisonniers français. Ainsi, la commune de Jean Rabel porte le nom du premier colon Juan Rabelo qui s’y installa vers 1583 et dont le nom se perpétue dans la toponymie sous la forme française de Jean Rabel. Jusqu’ici, les recherches ne nous ont pas permis de remonter avec précision à l’origine de ce nom. Toutefois, il est évident qu’un grand nombre des habitations de la commune portent le nom de leurs propriétaires colons français ou affranchis tels: Foache, Collette, Sauval, Coicou, etc. «Vers la fin de l’année 1742, les habitants de Jean Rabel, jusqu’alors petits boucaniers chasseurs, lancèrent l’idée de la construction d’un bourg destiné à entreposer leurs productions en partance pour le Cap français mais aussi à les accueillir lors des services divins» nous dit Moreau de St Mery. C’est ainsi que les autorités d’alors ont été contactées pour le développement économique de ce nouveau quartier construit pour améliorer le contrôle financier de l’administration coloniale. «Le dix juillet 1743, une ordonnance a été émise portant sur la fondation de la paroisse de Jean Rabel». 1 Auteur de l’ouvrage « À la recherche de Jean Rabel » Plan Communal de Développement de Jean Rabel (2012-2017) 13 L’emplacement du bourg fut l’objet de différentes pérégrinations. La première construction démarra sur le site d’un ancien boucan de chasseur qui était devenu la propriété de l’église catholique au milieu des années 1730. A la suite de la construction d’une nouvelle église en 1770, les habitants proposèrent le déplacement du bourg au Bord de Mer précisément sur quinze (15) carreaux de terre de la rive gauche de la rivière. Quelques temps après, ils revinrent sur leurs décisions en raisons de l’aridité de la zone, de la chaleur, de la mauvaise qualité de l’eau et de l’éloignement du marché. En fin de compte, le bourg fut placé dans ses limites actuelles. Jean Rabel fut d’abord paroisse en 1634. Elle est passée au rang de canton par une loi votée au conseil des cinq cent le 1er Mars 1797. Elle fut ensuite élevée au rang de commune le 17 octobre 1821 sous le gouvernement de Jean Pierre Boyer. Cette loi fit d’elle la 52e commune de la république. Plan Communal de Développement de Jean Rabel (2012-2017) 14 Partie I Méthodologie Plan Communal de Développement de Jean Rabel (2012-2017) 15 I- MÉTHODOLOGIE L’approche méthodologique suivante a été utilisée pour la réalisation de ce document. 1.1.- Formation du conseil de Développement de la commune Le processus a été enclenché au mois de mai 2012 par la mairie avec la publication de deux décrets portant sur la mise en place de la démarche elle-même et sur la formation du Conseil de Développement de la Commune (CDC). L’administration municipale a reçu l’appui d’ADEMA. Le CDC a été constitué conformément à la loi portant sur l’organisation des communes de la République. Une formation a été dispensée au profit des membres sur leur rôle, les méthodes et les enjeux, l’élaboration et le suivi du PCD. Plusieurs commissions ont été mises en place en vue d’un suivi plus efficace. Les règlements intérieurs et statuts ont été élaborés par les membres desdites commissions. 1.2.- Evaluation des résultats du 1er PCD de Jean Rabel Le bilan du premier Plan de Développement a été fait en trois étapes : 1. Recueil des données statistiques autour des actions et projets menés avec chaque acteur individuellement : ONG, collectivités, services déconcentrés... 2. Établissement d’un bilan des actions par thématique, par comparaison aux actions prévues dans le Plan de Développement. 3. Présentation du bilan à la population lors de 11 ateliers menés dans le bourg, la zone côtière et chacune des 7 sections. On pouvait recenser une participation moyenne de 40 personnes par atelier. Les CDC, CDSC, collectivités et organisations de base ont valablement participé dans tout le processus, notamment en fournissant des informations-clé permettant de compléter, questionner, et valider le bilan partiel avant la parution du bilan définitif. 1.3.- Diagnostic territorial Le diagnostic territorial a été réalisé en cinq étapes : 1. Réalisation d’enquête sur les 7 sections de la commune dans le but de recueillir des données statistiques sur un ensemble de secteurs et de les comparer avec celles recueillies dans le cadre du premier PCD. La mairie et les CASEC ont été chargés du recrutement des animateurs alors que la formation de l’équipe a été assurée par ADEMA. Plan Communal de Développement de Jean Rabel (2012-2017) 16 2. Organisation d’ateliers thématiques réunissant les acteurs de la thématique en question (collectivités, services déconcentrés concernés, producteurs, commerçants… en fonction de la thématique). Un atelier a été organisé pour chacune des 12 thématiques suivantes : pêche, manioc, élevage, commerce entreprenariat, éducation, santé, eau potable, environnement, culture-loisirs, fonctionnement des services de l’État, transport-communication. Les ateliers se sont déroulés en 6 étapes : présentation du bilan du 1er PCD par thématique, tableau des forces-faiblesses-opportunités et menaces, classification des forces et des faiblesses, arbre-à-problèmes, rêves-vision à atteindre pour le secteur, proposition d’actions pour le 2ème PCD. 3. Réalisation d’ateliers thématiques dans les sections communales selon un découpage lié au bassin de vie de celles-ci, vu la grande superficie de certaines sections. 4. Organisation d’ateliers pluri-thématiques où les acteurs ont pu échanger leur point de vue sur des thématiques comme l’éducation, la santé, l’eau potable et assainissement, infrastructures (route, communication, transport), agriculture et environnement. Ces ateliers ont aussi permis l’élaboration d’une carte d’aménagement avec l’apport des participants. 5. Organisation d’ateliers spécifiques avec les cadres des services déconcentrés sur les filières-clé de l’économie locale (céréales, fruits, manioc, pêche…). 1.4.- Programmation (vision, objectifs, hiérarchisation des priorités et planification) La programmation a été faite en deux ateliers avec le CDC. Le premier a été organisé en vue de définir la vision et les objectifs de développement pour les années à venir. Le second a permis aux participants de définir les priorités de développement à partir des forces et des faiblesses identifiées lors des ateliers participatifs. La vision formulée dans le premier plan a été discuté par les collectivités et le CDC, et conservée à l’identique, car elle traduit encore les principaux leviers d’actions ciblés durant tout le processus d’élaboration du deuxième plan. L’objectif général reste pratiquement le même. Cependant, les acteurs estiment qu’il y a nécessité d’approfondir certaines réalisations. C’est donc dans cette perspective que l’objectif global du 1er PCD a été reconduit afin de poursuivre l’idéal de changement souhaité pour la commune. Plan Communal de Développement de Jean Rabel (2012-2017) 17 Pour définir les priorités de la commune pour le prochain quinquennat, la méthode de pointage a été utilisée. Cette méthode consiste à assigner des points aux forces et faiblesses de la commune selon leur ordre de priorité pour les acteurs. Après avoir reformulé en des phrases claires les forces et faiblesses, chaque participant choisit 4 forces jugées incontournables au développement de la commune et 4 faiblesses constituant un frein au développement dans la matrice. La pondération des notes de chaque participant donne lieu à la hiérarchisation. Les forces et faiblesses ayant obtenu le plus grand score constituera le pilier sur lequel les décideurs devront orienter le développement de la commune pendant les 5 années à venir. La planification a été élaborée par l’équipe en fonction des informations recueillies lors des ateliers participatifs, dans le diagnostic descriptif et enfin avec les institutions de développement travaillant dans la commune. Ces dernières ont présenté leur programme de réalisation ainsi que les montants prévisionnels de leurs dépenses sur les cinq années à venir. 1.5.- Validation La validation a été réalisée en deux temps : 1- Implication du CDC : diffusion d’une ébauche, analyse par les membres et intégration des recommandations D’une part avec le CDC qui a reçu une copie et, après analyse apporte ses recommandations pour validation. 2- Organisation d’une cérémonie par la mairie de Jean Rabel avec une représentation de l’ensemble des secteurs de la commune. 1.6.- Limites de la méthode La méthode choisie a permis de dresser un bilan du premier PCD et un diagnostic plus complet que lors de l’élaboration du premier plan. De plus, les ateliers thématiques ont permis d’approfondir l’analyse des problèmes et la situation grâce au choix de participants par thématique, au découpage géographique pour la tenue des rencontres et au temps imparti aux ateliers. Cependant, on y perd l’élan général qui aurait été créé par la participation à tous les ateliers d’un même groupe de personnes. Les récents troubles politiques qui ont saisi la commune durant l’élaboration de ce deuxième PCD ont sans doute affecté et influencé le cadre de réflexion. D’où la nécessité de relancer la dynamique du CDC avec le lancement du 2ème plan, en partant sur la base de la réflexion plus poussée autour du conflit politique et sur les actions proposées par le plan pour y remédier. Plan Communal de Développement de Jean Rabel (2012-2017) 18 Partie II Diagnostic Plan Communal de Développement de Jean Rabel (2012-2017) 19 2.- DIAGNOSTIC 2.1 Organisation et structuration du territoire 2.1.1 Localisation de la commune de Jean Rabel Étendue sur une superficie de 484 km2, la commune de Jean Rabel est située dans la partie occidentale du département du Nord-Ouest de la République d’Haïti et fait partie de l’arrondissement du Môle Saint Nicolas. Fondée en 1734, Jean Rabel fut d’abord une paroisse avant d’être élevée au rang de commune le 17 octobre 1821. Elle est limitée au Nord par l’Océan Atlantique, au Sud par les communes de Baie de Henne et d’Anse Rouge, à l’Est par la commune de Port-de-Paix et à l’Ouest par la commune du Môle Saint Nicolas. La commune de Jean Rabel est comprise entre les 19°41’ et 19°55’ de latitude Nord et entre les 72°56’ et 73°45’de longitude Ouest. Carte 1 : Position de la commune de Jean Rabel sur la carte d’Haïti Plan Communal de Développement de Jean Rabel (2012-2017) 20 2.1.2 Démographie/répartition de la population par sexe et par âge Total Hommes Femmes Général 108 738 53 497 55 241 % Sexe 100% 49% 51% Age moyen 25,4 25,3 25,6 Caractéristiques Jean Rabel Département Pays Taux de population rurale 92% 75% 53% Taux de population âgée entre18 ans et plus 55% 53% 57% Nombre d’hommes pour 100 femmes 102 98 98 Densité de population en 2009 (projection) 277 315 367 Densité de population en 1982 - 140 187 Taux croissance entre les recensements de 1982 et 2003 1,7% 2,9% 2,5% Tableau 1 : Répartition de la population par sexe et par âge / Source : IHSI, RGPH L’analyse de ce tableau montre que la population de la commune de Jean Rabel est relativement jeune (âge moyen : 25 ans). Les femmes sont légèrement majoritaires en milieu rural alors qu’en milieu urbain, le taux accuse une hausse de 3%. Comme dans beaucoup d’autres communes du pays, la population jeanrabéloise est rurale à 92%. 2.1.3 Répartition spatiale de la population La commune de Jean Rabel est la commune la plus dense du département après Port de-paix. La répartition de la population dans l’espace est caractérisée par un habitat dispersé. Cependant, une certaine concentration de cette population est constatée surtout le long des axes routiers, près des marchés et aux abords des points d’eau. Les zones dites cadastre située dans la partie septentrionale est la moins habitée en raison de la sécheresse qui sévit et l’absence d’eau. A noter que dans le cadre du projet de l’aménagement urbain de Jean Rabel validé en 2008, un arrêté municipal avait établi les nouvelles limites du bourg qui avait inclus plusieurs quartiers périphériques comme faisant partie intégrante de la ville. Les sections communales affectées par cette mesure sont : la Réserve (3e section), Diondion (7e section) et Dessources (5e section). La superficie du bourg est passée de 1,69 km2 à environ 3 km2 (il s’agit d’une estimation car ces données ne sont pas encore disponibles au niveau du MICTDN). L’arrêté municipal a été déjà transmis au Ministère de l’intérieur mais il est en attente de publication au Journal Officiel. Plan Communal de Développement de Jean Rabel (2012-2017) 21 Carte 2 : Le bourg et ses nouveaux quartiers Sections communales Superficie (Km2) Population Densité (hab/ Km2) Lacoma 136,33 27 427 201 Guinaudée 104,83 22 312 212 Vieille Hatte 100,47 10 250 102 La Montagne 31,73 10 390 327 Dessources 32,20 10 815 335 Grande source 30,64 7 281 237 Diondion 47,66 12 522 262 Bourg 1,69* 7 740 4 579 Total Commune 484 108 738 224 Tableau 2 : Répartition de la population par section communale (Extrapolation 2012 d’après recensement national RGPH 1982 et 2003, taux de croissance moyen en campagne et en ville) Plan Communal de Développement de Jean Rabel (2012-2017) 22 2.1.4 Organisation administrative La commune de Jean Rabel comprend sept sections communales et le Bourg. Centre commercial et administratif, le Bourg loge les services déconcentrés de l’État, l’administration communale, l’Hôpital, certaines institutions scolaires d’envergure (les lycées, les collèges, les écoles congréganistes) et les bâtiments religieux les plus importants de la commune. C’est aussi au Bourg qu’on retrouve la plus grande concentration de population de la commune (plus de 13000 habitants, ce chiffre prend en compte les nouveaux quartiers). Les sections communales jouent peu de rôle sur le plan administratif. Elles sont classées dans l’ordre selon la taille de leur population. Il convient de citer : Lacoma, Guinaudée, Vieille Hatte, La Montagne, Dessources, Grande Source et Diondion. Chacune de ces sections est divisée en habitations qui elles-mêmes se subdivisent en localités. Le nombre des habitations et des localités varie d’une section à l’autre. En se référant aux registres de l’Administration Municipale, la commune de Jean Rabel compte deux sections à onze habitations chacune, une à 10 habitations, trois à neuf habitations et une à huit habitations, réparties selon le tableau ci-dessous. No Nbre habitations Sections communales Distance du centre au bourg en km Les habitations 01 11 Lacoma 15 Atrèl, Barbe Pagnol, Cabaret, Caletang, Dubois, Fond Lectine, Gombo, Lacoma, Pisée, Port-à-l’ecu*, Raymond 02 11 Guinaudée 13 Boucan Patriot, Café, Paul, Ca Philippe, Colette, Datty, Fond noir, Guinaudée, Lalande 2ème, Loubier, Péchaud, Sauval 03 10 La Reserve 19 Bassin Bleu, Campledo (Ca Matthieu), Fourby, Grande Falaise, La Source*, La Réserve, Nan Solon (parfois appelée Fond Zombi), Repos, Trassael, Vieille Hatte 04 9 La Montagne 19 Bois aux Vents, Cademé, Ca Gaudette, Désabée, Gaudette, Jens, Labellée, Nan Jules, Nan Plaisir 05 9 Dessources 5 Catron, Goimbert, Lalande 5ème, Leblanc, Moudo, Nan Man Noël, Porrier, Vert de Gris, Yawe 06 9 Grande Source 9 Buron (+ Beauvoir), Fond Madame (+Bois Neuf), Grande Source, Jean Solme (+Métayer), Nan Digé, Nan Saut (+ La Salombe), Osina, Pellier (+Bombel), Richard 07 8 Diondion 9 Gros Sable (+ Leban), Fond Ramadou, Baguette, Vieille Terre (Deschamps), Diondion, Corail, Bingo (Beauvoir), Coicou Tableau 3 : Représentation des habitations et des sections de la commune / Source : Mairie de Jean Rabel, CASEC et atelier participatif des sections. LÉGENDE : En gras : L’habitation considérée comme le centre administratif de la section / Suivi d’un * les habitations donnant sur la mer Plan Communal de Développement de Jean Rabel (2012-2017) 23 Carte 3 : Division administrative de la commune Plan Communal de Développement de Jean Rabel (2012-2017) 24 2.1.5 Situation foncière des domaines de l’Etat Jean Rabel est l’une des rares communes du département à avoir abrité une bonne quantité de terres appartenant soit au domaine privé ou public de l’Etat. Malgré la présence de l’INARA dans la commune, l’institut chargé de la reforme agraire, il est difficile de préciser la quantité de terres faisant partie du domaine de l’État. Cependant, il est possible de situer la position géographique des terres. En effet, selon une enquête réalisée par le bureau de l’INARA en 1996, il avait fait mention de plusieurs centaines d’hectares de terre appartenant à l’État, localisées pour la plupart dans la partie nord de la commune se limitant vers la mer. La plupart de ces terres sont en location à des tiers ou sont en jachère permanente. D’autres sont utilisées comme pâturage par des particuliers pour l’élevage des petits ruminants sur la côte. Il est à signaler que le plus grand problème existant dans le système est la présence de spoliateurs qui font des spéculations sur ces terres rendant ainsi difficile toute tentative de récupération et normalisation de ces terres. De nos jours, il s’avère urgent que l’Etat se donne des moyens afin de régulariser la situation. Notons que plusieurs hectares de terre de l’État ont été laissés au profit du projet Nouveau Kiskeya free zone2. Le Nouveau Kiskeya Free Zone Le Nouveau Kiskeya Free Zone est un projet institué par la Société Générale de Développement (SOGEDEV) à la première section Lacoma sur l’habitation Port-à-l’Écu. C’est un projet de développement intégré à 4 composantes avec pour objectif le redressement de l’image du pays, perle des Antilles autrefois, et de promouvoir la création d’emplois. Le projet s’étend sur une superficie de 4.657 ha et s’articule autour des composantes résidentielle, commerciale, industrielle et touristique. Pour l’instant, les activités connaissent un certain ralentissement. De l’avis de plus d’uns (artisans, responsable du projet…), la composante touristique du projet représente une énorme opportunité pour l’écoulement des produits artisanaux, des produits halieutiques et des fruits. Celle-ci pourrait ainsi permettre l’amélioration du revenu des artisans et des producteurs locaux, et la revalorisation des secteurs d’activités que sont l’artisanat, la pêche et la production agricole. Cependant, tout dépendra des conditions offertes aux producteurs qui devront contractualiser leurs échanges, et de la volonté des gestionnaires du site en termes de valorisation locale. Actuellement, le Nouveau Kiskeya Free Zone compte un immeuble de 12 chambres climatisées et un appartement disponible pour héberger le staff du projet. Il n’existe pas de chambres disponibles pour des étrangers mais il arrive que certaines personnes souhaitant un lieu d’accueil y soient hébergées. 2 Zone réservée pour la promotion du tourisme Plan Communal de Développement de Jean Rabel (2012-2017) 25 2.2.- Fonctionnement des Collectivités et Services Déconcentrés de l’Etat 2.2.1.- Collectivités Territoriales La collectivité territoriale de Jean Rabel est située au 3ème degré suivant le classement établi par le Ministère de l’Intérieur, en raison des ressources relativement faibles dont dispose cette commune. A partir d’une subvention versée par le Ministère de l’Intérieur, l’administration communale paye ses 46 employés et 2 fonctionnaires qui travaillent dans la mairie de Jean Rabel. Certains employés donnent leur service à l’administration sur la forme de volontariat comme le conseiller juridique par exemple. D’importants efforts ont été consentis par l’État et par ADEMA, une institution travaillant dans le développement local, en vue d’améliorer la qualité des services rendus à la population. Ces appuis ont été apportés entre autres dans la formation du caissier payeur, l’augmentation de la subvention, la formation des employés du service de la voirie, la formation sur l’archivage, la fourniture de matériels de bureau et l’électrification de la mairie. Les recettes de la mairie de Jean Rabel ont connu l’évolution suivante : Années 2008-2009 2009-2010 2010-2011 2011-2012 Recettes en gourdes haïtiennes 323 682 159 090 152 516 266 552 Évolution en % - 50,8 % - 4,1 % + 74, 8 % Tableau 4 : Recettes tirées de la CFPB et de la patente. Source : DGI locale En 2008-2009, la Mairie avait organisée de larges actions de motivation, ce qui a entraîné une hausse significative du montant des taxes collectées. En 2010, il était difficile dans le contexte post séisme de mobiliser les contribuables. En 2011-2012, les institutions locales ont été encouragées à verser leurs contributions localement, ce qui a augmenté l’assiette fiscale. Plan Communal de Développement de Jean Rabel (2012-2017) 26 Commission Municipale de Jean-Rabel Direction Générale Dir. des Affaires Administratives et Financières Service Juridique et Contentieux Direction des Affaires Sociales Direction de la Protection Civile Resp. Relations Publiques et Communication Direction de l'amégement duTerritoire Planification et Resp. Financier et Budget Resp. Matériels et Fiscal Génie Municipale Promotion du développement Urbanisme et Architecture Cimétière Parc Epave Figure 1 : Organigramme de la Mairie de Jean Rabel (2013) Voirie et Assainissenent Renforcement des collectivités locales ∙ Renforcement des capacités des CT : formation sur la gestion administrative, rôle, fiscalité. ∙ Appui à la CT dans l’accueil de 10 000 déplacés lors du séisme (aide alimentaire, HIMO, scolarisation) ∙ Renforcement des capacités techniques et organisationnelles des collectivités locales. ∙ Appui aux services techniques de la mairie (Formation pour l’ingénieur municipal, caissier payeur, archivage communal). ∙ Construction du bureau du CASEC de la 7ème section Tableau 5 : Réalisations du 1er PCD de Jean Rabel (Secteur Administration) 2.2.2 Les services déconcentrés de l’état La représentation de l’État central dans la commune est caractérisée par les services déconcentrés suivants : Le bureau agricole communal (BAC), le bureau des contributions (DGI), le tribunal de paix, l’office de l’Etat civil, l’Inspection scolaire, l’Office Régional de l’Eau Potable et de l’Assainissement (OREPA), l’Unité Communale de Santé (UCS), l’office des postes dysfonctionnel actuellement. Les services fournis par ces bureaux sont loin de satisfaire les attentes de la population par manque de moyens constaté tant au niveau des infrastructures qu’au niveau du personnel. Très peu de réalisations ont été faites durant ces dernières années et elles pourraient se résumer comme suit : ∙ Nomination de trois nouveaux juges et d’un secrétaire au tribunal de paix ∙ Nomination d’un clerc au niveau du tribunal ∙ Construction du tribunal de paix Tableau 6 : Réalisations du 1er PCD de Jean Rabel (secteur Services Communaux) Plan Communal de Développement de Jean Rabel (2012-2017) 28 2.3 Le milieu physique et l’environnement 2.3.1 Occupation du sol Le relief de la commune de Jean Rabel est diversifié et constitué de plateaux, collines et de massifs montagneux peu élevés. Leur hauteur varie de 300m à 900m d’altitude. La partie septentrionale de la commune, le long de la côte, est marquée par un petit massif qui culmine à 324 mètres environ communément appelé morne bourrique. Les massifs les plus élevés se trouvent dans la partie Sud. Les mornes les plus importants sont: le morne Dublain (500m) et le morne Movent (711m) qui se trouvent à Guinaudée, le morne Château (885m) qui se situe à la limite de la troisième et de la quatrième section et le morne Déré (907m) qui sépare la commune de Jean Rabel avec celle de Baie-de Henne. Ces massifs sont coupés de profondes vallées orientées Nord-Sud. Carte 4 : Topographie de la commune de Jean Rabel Plan Communal de Développement de Jean Rabel (2012-2017) 29 2.3.2 Climat et pluviométrie De par les caractéristiques de son relief, la commune de Jean Rabel connaît deux régimes climatiques bien distincts : 1. Un climat d’altitude avec une pluviométrie moyenne annuelle de 1200 mm de pluie dans les hauteurs 2. Un climat semi-aride allant de 500 mm à 900 mm de pluie dans sa plus grande partie. La première zone est caractérisée par deux saisons bien marquées: une saison sèche de février à avril et une saison pluvieuse entrecoupée parfois de mois sec durant le reste de l’année. La végétation, de type arboré, est plus dense dans cette zone. Il ne s’agit pas de forêt à proprement parler. Il existe cependant beaucoup d’arbres fruitiers à l’ombre desquels le café et le cacao sont cultivés. Cette zone couvre les sections communales suivantes: La Montagne, Vieille Hatte (La Réserve, Bassin Bleu), les hauteurs de Grande Source, de Dessources et de Diondion. La zone semi-aride est très étendue. Elle commence à l’Est à partir du bas des Moustiques, dans les environs de la commune de Port-de-Paix, couvre entièrement la partie septentrionale des sections communales de Lacoma, de Guinaudée et de Vieille Hatte et se prolonge à l’Ouest jusque dans les piémonts karstiques de Dessources, de Grande Source et de Diondion. Les observations des pratiques culturales de la population et les données pluviométriques recueillies montrent que la zone semi-aride est caractérisée par quatre saisons: deux saisons sèches et deux saisons pluvieuses. La première saison pluvieuse va du mois de septembre à novembre. Elle est suivie immédiatement par une saison sèche de décembre à avril. La deuxième saison pluvieuse va de la première décade du mois de mai à la dernière décade du mois de juin. La période sèche se réinstalle à nouveau en juillet. Durant les saisons sèches le vent souffle très fort ce qui a pour conséquence la diminution du débit des sources et des cours d’eau. Les périodes sèches nuisent au développement de l’agriculture. Dans la vaste plaine de 15000 hectares, qui va de Sauval à Lacoma, les cultivateurs sont contraints de pratiquer une agriculture pluviale c’est-à-dire liée à la tombée de la pluie. Dans les périmètres irrigués, la distribution de l’eau se fait dans des conditions qui aboutissent souvent à des conflits entre cultivateurs. A noter que ces saisons ne sont pas toujours régulières. La pluviométrie varie d’une année à l’autre. Sur deux années consécutives un même mois peut-être sec ou pluvieux. C’est le cas, par exemple, du mois de janvier qui a été particulièrement pluvieux en 2010 et sec en 2012. Les données pluviométriques relevées à la station de Désabée à La Montagne montrent un écart disproportionné entre les mêmes mois pour les années 2003, 2004 et 2005. L’analyse de ce graphique montre que la pluviométrie moyenne annuelle accuse une forte irrégularité. Sur une période de 23 ans, les années se suivent et ne se ressemblent Plan Communal de Développement de Jean Rabel (2012-2017) 30 pas. Une périodicité s’établit entre années pluvieuses et années sèches. L’année 1981 a été la plus pluvieuse avec 1651,9mm de pluie. De même, l’année 2002 a été la plus sèche avec 462,5mm de pluie. Ces instabilités climatiques sont liées en partie à la proximité de la commune par rapport au Tropique du Cancer, son ouverture sur l’Océan Atlantique et les caractéristiques de son relief, lequel est soumis de façon constante aux alizés qui soufflent durant une grande partie de l’année. Par ailleurs, du 21 au 26 novembre 2006 entre 300mm et 400mm de pluie ont été déversés sur la commune. Ces pluies diluviennes, liées à la saison cyclonique, étaient dues au passage d’une onde tropicale stationnaire sur Haïti notamment sur les régions du Nord-Ouest, de la Grande Anse et des Nippes. Elles ont provoqué le débordement des rivières des deux principaux bassins versants de la commune, (BV de Jean Rabel et BV de Catinette) avec comme conséquence l’inondation du Bourg et des plaines. Il faut noter qu’une inondation pareille avait frappé la commune en avril 1971. Cependant il est constaté que la commune jouit d’une température relativement fraîche de novembre à mars. 2000 1500 pluviométrie en mm 1000 500 0 1980 1981 1982 1983 1984 1985 Pluviométrie Moyenne Annuelle sur 23 ans 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 Années Graphique 1 : Hydrologie de la commune de Jean Rabel (IHSI) 2.3.3 Hydrographie et hydrologie 2002 La Commune de Jean Rabel dispose de deux principaux bassins versants. Celui de la rivière de Jean Rabel (145 km2), à l’Ouest du Morne Tapion, et celui de la rivière Catinette (150 km2) à l’Est du Morne. La rivière de Jean Rabel mesure environ 23 km. Elle prend sa source au morne Château situé à 885 m d’altitude. Dans sa partie supérieure, la rivière de Jean Rabel est essentiellement alimentée par des ravines torrentielles. Sur les 10 premiers kilomètres du cours de la rivière, on dénombre 20 ravines principales, pour un seul affluent régulier, la rivière Doucet. La rivière de Jean Rabel est donc sujette aux crues subites et dévastatrices, comme en novembre 2006, où les inondations ont fait 6 morts et de nombreux dégâts matériels. Les berges de la rivière sont aussi fortement érodées. 31 Plan Communal de Développement de Jean Rabel (2012-2017) Au Nord du bourg de Jean Rabel, 17 km après sa source, la rivière de Jean Rabel rencontre ses deux principaux affluents: la rivière Coicou (4,5 km) et la rivière Prien (15,5 km). Ces deux affluents connaissent eux aussi de graves problèmes d’érosion de leurs berges, en particulier la rivière Prunier, dont le lit mesure de 30 à 100 mètres de large sur les 12 derniers kilomètres de son cours, pour un débit moyen de quelques centaines de litres par seconde. De très importants aménagements de berges seraient nécessaires afin de contrôler l’érosion et de limiter les risques d’inondations destructrices. Les derniers kilomètres avant l’embouchure de la rivière de Jean Rabel sont moyennement aménagés, avec la présence de nombreuses parcelles irriguées. La rivière Catinette quant à elle, prend sa source à 500m d’altitude. Elle parcourt plus de 15 km avant de rejoindre la rivière Dispute (21 km) pour donner naissance à la rivière de Lacoma. Celle-ci se perd dans les marais de Port à l’Ecu, sans atteindre la mer, tout comme la rivière Denisse, généralement incluse dans le même bassin versant. Globalement, les berges de ces cours d’eau sont moins endommagées que celle des rivières Prunier (couramment appelée Prien) et de Jean Rabel. Cependant, les crues de ces dernières années ont causé d’importants dégâts sur les berges où à certains endroits quelques dizaines d’hectares de terres ont donc été emportées. Il faut noter que ces cours d’eau ont souvent des débits moins élevés dans leur partie inférieure, en arrivant près de Port à l’Ecu, que dans leur partie moyenne au pied des mornes. Une partie des cours d’eau s’assèche en arrivant dans la vallée de Lacoma. Ceci est dû au fait que cette plaine connaît un climat semi aride (moins de 400 mm de pluie par an), et au fait que la barrière corallienne empêche l’écoulement des eaux et la force à s’infiltrer dans le sol. Carte 5 : Hydrologie de la commune de Jean Rabel Plan Communal de Développement de Jean Rabel (2012-2017) 32 2.3.4 Caractéristique agro-morphologique Sur le plan pédologique, plusieurs types de sol sont identifiés dans la commune de Jean Rabel. Le premier est un sol alluvionnaire. Il est composé d’un mélange d’argile et d’alluvions, emportées par les eaux de ruissellement, reposés sur un substrat calcique. Toutes les plaines de la commune sont de cette composition. De nature spongieuse, il a une grande capacité d’absorption d’eau. D’après les analyses faites, il s’est révélé qu’il existe une forte teneur en sel dans le sol des plaines alluviales de Jean Rabel. Il faut enfin souligner que ce sol est pâteux en saison pluvieuse et poussiéreux en période de sécheresse. Le second est une marne karstique. Les mornes d’altitude moyenne sont principalement constitués à partir de celui-ci. Il est visible partout dans les sections communales de Diondion, de Grande Source et de Dessources. La couleur du sol est jaune brunâtre. L’observation a montré que le sol de la section communale de Dessources est le plus karstique. Ainsi, à quelques centimètres au-dessous des plantations se trouvent les bancs rocheux qui, une fois cassés donnent les roches dont l’exploitation a connu une certaine ampleur durant ces dernières années dans la commune. Dans la partie haute des mornes, le sol est constitué de calcaire dur. Ce type de sol peut-être observé à Vieille Hatte et à La Montagne particulièrement. Il est de couleur blanche grisâtre. D’autre part, la structure calcique des mornes facilite la création des nombreuses ravines répertoriées ça et là au niveau des bassins versants de la commune de Jean Rabel. A côté de ces types de sol qui forment la majeure partie du terroir de la commune, un autre type de sol de moindre importance est identifié sur la zone du littoral de la commune. Il s’agit du calcaire corallien. Ainsi toute la zone côtière qui va de l’Est de la commune (zone de Port-à-l’Ecu) à l’Ouest jusqu’à Nan Digo (Section Communale de Diondion) est de cette nature. Il faut souligner aussi qu’à certains endroits de la côte, la présence de sel. C’est le cas à Charrier, une localité de l’habitation Port-à-l’Ecu, où du sel non exploi