Development Plan for the North/Northeast Corridor Cap-Ouanaminthe
Summary — A territorial development plan for Haiti's North/Northeast corridor addressing demographic growth, urbanization, and economic development challenges through 2030.
Key Findings
- The Cap-Ouanaminthe corridor is inhabited by nearly 650,000 people in 2012 with rapid urban growth.
- Port-au-Prince metropolitan region produces over 90% of state revenues and concentrates 80% of economic activity.
- Seven major challenges identified: demographic growth, urban structuring, economic transformation, agricultural modernization, heritage valorization, vulnerability reduction, and governance.
- Major investments underway including Caracol Industrial Park, Route Nationale 6 rehabilitation, airport improvements, and tourism development.
- Without proper planning, urbanization risks becoming slum formation.
Full Description
This comprehensive territorial development plan for Haiti's North/Northeast corridor from Cap-Haïtien to Ouanaminthe addresses seven major challenges facing the region through 2030. The plan focuses on managing demographic growth, structuring cities, transforming the economy, modernizing agriculture, valorizing heritage, reducing vulnerabilities, and ensuring good governance. The region, inhabited by nearly 650,000 people in 2012, is experiencing significant investment including the Caracol Industrial Park, infrastructure improvements, and tourism development. The document emphasizes the need for planned urban development to avoid slum formation and proposes integrated cities with proper infrastructure. The plan aims to create economic opportunities outside the Port-au-Prince metropolitan area, which currently generates over 90% of state revenues and concentrates 80% of the country's economic activity. It includes detailed programming for urban development, economic transformation, spatial organization, and access to basic services including water, sanitation, waste management, energy, communications, education, and health.
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RÉPUBLIQUE D’HAÏTI PRIMATURE CIAT Comité Interministériel d’Aménagement du Territoire Décembre 2012 PLAN D’AMÉNAGEMENT DU NORD / NORD-EST COULOIR CAP - OUANAMINTHE 1 Mornes, église et baie de Fort-Liberté vus du Fort Saint-Joseph 2 CIAT - plan d’aménagement du Nord / Nord-Est Une politique de réhabilitation de l’environnement haïtien ne peut pas être une vaine promesse électorale. L’impulsion donnée dans ce domaine doit être forte, doit être novatrice et doit commencer aujourd’hui si on veut en voir les effets dans dix ans, dans vingt ans, qui est l’horizon temporel dans lequel s’inscrit l’action sur l’environnement. On sait bien aujourd’hui que la façon pérenne d’aborder la question de l’environnement est l’aménagement du territoire. Aménager pour réduire les risques. Aménager pour créer un meilleur cadre de vie pour la population haïtienne. Aménager pour un meilleur équilibre entre les régions haïtiennes. Aménager pour sortir de l’hypertrophie de la région métropolitaine de Port-au-Prince qui produit plus de 90% des recettes de l’État et concentre plus de 80% des revenus de l’activité économique du pays. L’aménagement du territoire est un exercice volontariste et ne peut se faire sans plan et sans les moyens de mettre le plan à exécution. Une conjoncture exceptionnelle de projets économiques et d’investissements publics donne aujourd’hui au Nord et au Nord-Est une opportunité unique de construire une économie forte en région. Ce projet économique doit s’inscrire dans le territoire et l’État doit se donner les moyens de concilier développement économique, utilisation raisonnée de l’espace et satisfaction des besoins de la population. Ce plan d’aménagement donne à tous les intervenants les outils techniques, institutionnels, humains de saisir cette opportunité et d’en faire un modèle pour le reste de la nation haïtienne. Michel Martelly Président de la République Le Comité Interministériel d’Aménagement du Territoire (CIAT) qui réunit les six ministères les plus impliqués dans la gestion du territoire haïtien a pour mission essentielle de définir la politique nationale en matière d’aménagement du territoire. Il veille à ce que l’ensemble du gouvernement prenne en compte les enjeux territoriaux dans ses activités, projets et programmes. Il est essentiel que les institutions nationales parlent d’une même voix quand il s’agit de l’aménagement du territoire dans le Nord et le Nord-Est d’Haïti. Le schéma de cohérence territoriale pour le couloir Cap-Ouanaminthe présente une vision moderne du développement du tissu urbain en Haïti et il doit servir de banc d’essai pour une meilleure gouvernance territoriale. Déconcentration et décentralisation seront des moteurs essentiels pour la mise en œuvre du schéma de cohérence territoriale du couloir Cap-Ouanaminthe. Pour une présence plus forte de l’État sur le territoire national, pour une meilleure prise en charge de leur espace par les collectivités territoriales. Le gouvernement haïtien saura relever le défi et accompagner investisseurs, institutions et citoyens dans un projet d’envergure : rompre avec le monopole de fait de la région métropolitaine de Port-au-Prince. Laurent Lamothe Premier Ministre AVANT-PROPOS Ce plan d’aménagement est le troisième document stratégique produit par le Comité interministériel d’Aménagement du Territoire (CIAT) depuis le tremblement de terre du 12 janvier 2010. Le premier, Haïti Demain, a donné un cadre national de référence pour l’aménagement du territoire haïtien. Le second a défini un espace, la boucle Centre-Artibonite, où les risques naturels sont les plus faibles que dans le reste du pays et qui peut constituer un pôle économique important. Avec ce plan sur le couloir Cap-Ouanaminthe, le Comité Interministériel d’Aménagement du Territoire (CIAT) inscrit les investissements importants, récents ou en cours, dans le Nord et le Nord-Est d’Haïti dans une cohérence territoriale qui permet de prendre en compte les dimensions humaines et spatiales du développement économique. Discuté avec les acteurs de terrain – institutions publiques, élus et société civile, présenté aux ministères membres du Comité Interministériel d’Aménagement du Territoire (CIAT), ce document constitue aujourd’hui un cadre contraignant pour tous les acteurs nationaux et internationaux intervenant dans cet espace. Michèle Oriol Secrétaire exécutif du CIAT Couloir Cap - Ouanaminthe / Avant-Propos 3 4 LE NORD / NORD-EST DANS UNE VISION DYNAMIQUE DU TERRITOIRE NATIONAL Nord / Nord-Est Boucle Centre Artibonite Port-au-Prince Grand Sud CIAT - plan d’aménagement du Nord / Nord-Est Couloir Cap - Ouanaminthe Représentation schématique du couloir Cap - Ouanaminthe Le Nord / Nord-Est est depuis quelques années l’objet de toutes les attentions : l’Union Européenne a financé la remise en État de la Route Nationale 6 en 2008 ; le Parc Industriel de Caracol, financé par le Département d’État Américain, l’USAID et la BID, a été inauguré le 22 octobre de cette année ; la piste de l’aéroport du Cap-Haïtien a été adaptée à cette occasion pour accueillir de plus gros avions ; la Banque Mondiale investit dans le tourisme et la protection du patrimoine ; la République Dominicaine a financé le campus de l’Université Roi Henri Christophe qui vient d’ouvrir à Limonade ; Feed the Future développe un large programme pour la modernisation de l’agriculture, etc. Toute cette énergie déployée sur le Nord / Nord-Est promet un avenir meilleur. Encore faut-il accompagner ce développement des structures nécessaires, au risque, sinon, d’aggraver la situation du plus grand nombre. Accompagner ce développement, c’est organiser le cadre de vie des futurs habitants du Nord / Nord-Est. C’est se projeter en 2030, dessiner des solutions et définir en amont des règles permettant de relever les défis présents et futurs, cesser de subir les aléas et de déplorer les conséquences d’un développement anarchique non maîtrisé, prendre en compte de façon appropriée tous les facteurs nécessaires pour échapper à l’urgence permanente. Aménagement du territoire Le premier défi est posé par la démographie. Les opportunités économiques espérées avec les projets en cours de développement vont attirer une foule de nouveaux habitants. Il convient donc d’organiser les espaces d’accueil de ces populations : villes intégrées, structurées, reliées aux réseaux urbains (eau, assainissement, déchets, électricité, transports). Sans planification, l’urbanisation bascule dans la bidonvilisation. Les projets industriels ont motivé la mise en place de ce plan d’aménagement. Ils seront également le moteur d’une transformation de l’économie. L’agriculture restera le pilier de l’économie. Elle doit être modernisée pour répondre aux enjeux de sécurité alimentaire pour le million d’habitants attendu en 2030. Les patrimoines historique et naturel sont fragiles. Ils méritent la mise en place de programmes de sauvegarde. Mis en valeur, ils sont sources de développements touristiques importants. L’éducation a bien sûr un rôle transversal, primordial dans l’accompagnement de ces différents processus. Le Nord / Nord-Est doit parallèlement prendre en compte les risques environnementaux pour réduire sa vulnérabilité, en particulier face au risque sismique et aux inondations, en définissant zonage et normes de construction ; face à l’érosion, en proposant une gestion intégrée des bassins-versants concernés. Le septième défi est celui de la gouvernance. Le point de départ d’une meilleure gouvernance est ce Couloir Cap - Ouanaminthe / Introduction INTRODUCTION plan d’aménagement dont l’objet est de présenter le projet systémique du gouvernement haïtien pour le Nord / Nord-Est. Plan du dossier de présentation Ce dossier est constitué de trois parties : 1. La première partie présente les conclusions essentielles du diagnostic régional. Elle s’appuie sur le travail exploratoire d’AIA financé par la BID et l’USAID, sur l’ensemble des données mises à disposition par les différents ministères et leurs partenaires, et sur un travail de terrain minutieux. Elle brosse le portrait de la situation actuelle et restitue les clés de compréhension du territoire. 2. La seconde partie dessine les perspectives d’aménagement, cadre spatial dans lequel s’inscrivent les projets futurs, objectifs dessinés à l’horizon 2030 pour sortir du cercle infernal de l’urgence. Elle s’appuie sur le diagnostic régional et propose un schéma de cohérence territoriale qui répond aux différents défis. 3. La troisième partie esquisse les étapes de mise en œuvre nécessaires à la concrétisation du schéma, et les chantiers d’aménagement et d’extension qui se présentent aux différentes villes. Aux communes et aux organismes ad hoc de relever à leur tour ces défis et de mettre en musique le schéma d’aménagement régional. Pour que tous ensemble nous avancions sur cette route, et que demain devienne aujourd’hui. 5 L’IMPORTANCE DE FIXER DES RÈGLES POUR VIVRE ENSEMBLE, POUR QUE CHACUN TROUVE SA PLACE SUR LE TERRAIN ET DONNE LE MEILLEUR DE LUI-MÊME. Photo-montage Terrain de football le long de la RN6 CIAT - plan d’aménagement du Nord / Nord-Est 6 1 / DIAGNOSTIC RÉGIONAL p.9 2 / PLAN D’AMÉNAGEMENT p.25 3 / MISE EN ŒUVRE SOMMAIRE p.39 SEPT DÉFIS À RELEVER D’ICI 2030 : ❑ Accompagner la croissance démographique ❑ Structurer les villes ❑ Transformer l’économie ❑ Moderniser l’agriculture ❑ Mettre en valeur le patrimoine ❑ Réduire les vulnérabilités ❑ Assurer une bonne gestion de l’ensemble xxxx p.11 p.13 p.15 p.17 p.19 p.21 xxxx p.23 ❑ Programmation urbaine ❑ Programmation économique ❑ Organisation spatiale régionale ❑ Accès aux services de base ❑ Eau et assainissement ❑ Gestion des déchets ❑ Énergie et communications ❑ Éducation et santé ❑ Et modes d’habiter ❑ En milieu rural ❑ Dans les bourgs et villes existantes ❑ Dans les centres urbains nouveaux p.27 p.29 p.30 p.33 Xx xxx p.34 Xxx p.35 Xxx p.37 ❑ Gouvernance et montage opérationnel ❑ Orientations pour l’élaboration des plans d’urbanisme ❑ Pôle de Cap-Haïtien : Cap-Haïtien, Quartier Morin, Limonade ❑ Pôle de Trou-du-Nord : Trou-du-Nord, Terrier Rouge, Caracol, Sainte Suzanne ❑ Pôle de Fort-Liberté : Fort-Liberté, Ferrier ❑ Pôle de Ouanaminthe : Ouanaminthe ❑ Plan d’investissement ❑ Opérations identifiées ❑ Budget ❑ Planning p.40 xxxx Xx xxx p.43 xxxx x p.47 xxxx xxxx xxxx p.53 xxxx p.57 xxxx p.59 p.61 Couloir Cap - Ouanaminthe / Sommaire 7 DE LA MER AUX MORNES : LA DIVERSITÉ DES PAYSAGES DU NORD / NORD-EST. Le système côtier / Baie de Fort-Liberté Les plaines / Sur la route d’Acul Samedi aux Perches Les mornes / Entre Dosmon et Gens de Nantes CIAT - plan d’aménagement du Nord / Nord-Est 8 1 DIAGNOSTIC RÉGIONAL SEPT DÉFIS À RELEVER À L’HORIZON 2030 : ❑ Accompagner la croissance démographique. ❑ Structurer les villes. ❑ Transformer la structure économique. ❑ Moderniser l’agriculture. ❑ Mettre en valeur le patrimoine. ❑ Réduire les vulnérabilités. ❑ Assurer une bonne gestion de l’ensemble. Couloir Cap - Ouanaminthe / Diagnostic régional 2012 - 2030 Le Nord / Nord-Est tient une place particulière dans le territoire haïtien : • Par son histoire d’abord, puisqu’il porte encore les marques de toutes les stratifications de l’histoire colorée d’Haïti, des Taïnos de l’époque amérindienne aux victoires de l’indépendance, des pirates du 16ème siècle aux développements industriels du 21ème siècle. • Par sa géographie aussi, puisqu’il présente sur un petit espace tous les types d’écosystèmes présents en Haïti et qu’il vit au contact de l’étranger : la République Dominicaine de l’autre côté de la Rivière Massacre et le reste du monde au-delà des mers ou des airs (Miami, Turks & Caicos, Bahamas). Mais le Nord / Nord-Est doit répondre aux mêmes défis que le reste du territoire haïtien : • Les défis de la croissance démographique, de l’urbanisation et de l’accès de la population aux services de base. • Les défis de la transformation économique, de l’industrialisation, de la modernisation de l’agriculture et du développement du tourisme. • Les défis de l’environnement et de la vulnérabilité face aux risques. • Le défi de la gouvernance. 9 LA STRUCTURE DU PEUPLEMENT CIAT - plan d’aménagement du Nord / Nord-Est 10 DÉFI 1 : ACCOMPAGNER LA CROISSANCE DÉMOGRAPHIQUE Les conséquences des dynamiques démographi ques actuelles La forte croissance démographique d’Haïti a eu ces dernières années les conséquences suivantes : • Paupérisation du rural où le mode d’exploitation des terres et le niveau technologique ne permettent pas de nourrir la population et où la trop nombreuse population agricole constitue un frein à la modernisation de l’agriculture. • Bidonvilisation des villes qui sont les premiers réceptacles de la croissance démographique mais où la vie s’organise sur le mode de vie rural – incompatible avec les densités urbaines car la nature ne peut plus y jouer son rôle régulateur. • Émigration d’une part importante des jeunes Haïtiens, malgré les difficultés à traverser les frontières, et qui vide Haïti de ses forces, en particulier des jeunes diplômés. La construction de villes nouvelles intégrées peut constituer une alternative à cette situation. Les défis de la croissance démographique La croissance démographique pose de nombreux défis auxquels il faut se préparer. Cet exercice de prospective est impératif pour cadrer l’exercice de planification régionale et urbaine. La croissance démographique a en effet des implications sur : • Le besoin de logement et le rythme d’urbanisation, • Le besoin d’équipements, en particulier dans le domaine de la santé et de l’éducation. La situation dans le couloir Cap - Ouanaminthe Le couloir Cap - Ouanaminthe est habité par près de 650 000 personnes en 2012. Près des deux tiers habitent dans des villes qui croissent à un rythme plus rapide que la population. Les ménages sont composés de 5 personnes en moyenne. Cette taille moyenne de ménage devrait diminuer dans les prochaines années avec l’élévation du niveau d’éducation, mais la transition démographique est encore lente. Le déficit de masculinité traduit les phénomènes migratoires à l’œuvre (les hommes partent plus facilement). Le taux de jeunes très élevé (55 %) implique des besoins très forts en équipements scolaires et en enseignants. Le cadrage prospectif 2030 Les estimations de l’IHSI font l’hypothèse d’une croissance annuelle à 1,6 %. Ceci implique une croissance naturelle de la population de 250 000 habitants supplémentaires à l’horizon 2030. Étant par ailleurs probable que les projets du NNE attirent d’autres personnes, nous cadrons le plan d’aménagement sur l’hypothèse d’un million d’habitants. Il s’agit de structurer le couloir Cap - Ouanaminthe pour être en mesure : • d’accueillir 350 000 habitants supplémentaires, • de créer les conditions pour bâtir de 70 000 à 100 000 nouveaux logements, • et autant d’écoles que nécessaire pour accueillir environ 200 000 élèves et étudiants supplémen taires. Traduit en rythme annuel, il s’agit d’être en mesure d’accueillir chaque année près de 20 000 habitants supplémentaires, c’est-à-dire créer les conditions de construire de l’ordre de 5 000 logements par an et suffisamment d’écoles pour 10 000 enfants de plus, soit une centaine de salles de classe sur tout le couloir Cap - Ouanaminthe. Couloir Cap - Ouanaminthe / Diagnostic régional Population par commune, arrondissements et totale couloir Cap - Ouanaminthe (données recensement 2003, estimations IHSI 2012). Estimation IHSI 2012 Pop. 2012 Cap-Haïtien 261 864 Quartier Morin 26 109 Limonade 52 625 Arrondissement de Cap-Haïtien 340 598 Trou-du-Nord 46 695 Sainte Suzanne 26 750 Terrier Rouge 28 938 Caracol 7 362 Arrondissement de Trou-du-Nord 109 745 Fort-Liberté 32 861 Ferrier 13 973 Perches 11 028 Arrondissement de Fort-Liberté 57 862 Ouanaminthe 101 280 Capotille 18 496 Mont-Organisé 20 015 Arrondissement de Ouanaminthe 139 791 Total Couloir Cap - Ouanaminthe 647 996 Quelques caractéristiques démographiques couloir Cap - Ouanaminthe (recensement 2003). Caractéristiques démographiques IHSI 2003 Part de la population urbaine 66 % Part de la population masculine 49 % Part de la population âgée de moins de 18 ans 55 % 11 INFRASTRUCTURES ET SERVICES URBAINS Schéma Directeur Eau potable (DINEPA) Système de traitement d’eau en projet Centre de traitement des déchets CIAT - plan d’aménagement du Nord / Nord-Est 12 DÉFI 2 : STRUCTURER LES VILLES ET L’URBANISATION Une croissance anarchique des quartiers précaires Depuis les années 70, la forte croissance des villes s’est faite sans véritable structure urbaine. De nombreux quartiers précaires se sont développés, en particulier au Cap-Haïtien, 2ème ville du pays et capitale régionale, et à Ouanaminthe, où la zone franche a attiré de nombreuses personnes en quête d’un travail et d’un avenir meilleur. Mais également dans les villes moyennes et les bourgs secondaires (Limonade, Trou-du-Nord, Terrier Rouge, etc.). Les nouveaux arrivants ont développé un type d’habitat qui présente encore toutes les caractéristiques de l’habitat rural (constructions de plain-pied, absence de raccord aux réseaux existants, absence même de VRD et de rues à proprement parler), mais qui atteint des densités critiques, et qui permet, néanmoins, de se rapprocher des aménités urbaines (emplois, éducation, santé). Cette ville sans structure a en outre été construite majoritairement sur des terrains précaires : polder de déchets sur la baie de Petite Anse, berges inondables des rivières, pentes instables du Haut-du Cap, etc. C’est tout le paradoxe : le terrain qui offre le plus de sécurité foncière à celui qui n’a rien et souhaite s’installer près de la ville, est le terrain qui présente le plus de vulnérabilité. Le défi à l’avenir consiste à renverser la tendance. Il convient désormais de définir les zones à risque (zones inondables, fortes pentes, berges de ravine) comme zones inconstructibles, et de mettre en place l’organisation nécessaire au respect de ces mesures. Par ailleurs, la définition de zones constructibles et les règles et normes de construction associées doivent permettre de répondre à la demande potentielle de logement. Un grignotage diffus et continu du foncier disponible La dynamique qu’on peut observer au Cap-Haïtien et à Fort-Liberté est identique à celle qui, à Port-au Prince, a conduit à la disparition extrêmement rapide de la Plaine du Cul-de-Sac. Un coup d’arrêt doit être porté à cette dynamique et le développement urbain doit être structuré autour de nouvelles polarités. En effet, la dynamique à l’œuvre au Cap grignote déjà la plaine. Elle diminue la capacité productive du pays alors même que l’objectif de sécurité alimentaire n’est pas atteint. Elle étale inutilement la ville alors que la ville même souffre d’un déficit d’infrastructures. Elle allonge inutilement les réseaux alors que les services de base ont déjà du mal à être assurés. De même, on assiste à Fort-Liberté à un grignotage progressif du foncier situé entre Carrefour Chevry et la porte de la ville, sans déploiement concomitant de la structure et des réseaux nécessaires à une véritable urbanisation, où les parcelles se juxtaposent sans pour autant créer une ville, où la faible densité produit là encore un étalement inefficace. Une énergie qu’il convient de catalyser pour contribuer à la fabrication de villes cohérentes et fonctionnelles Ce que nous révèle également l’analyse du développement urbain des dernières décennies est l’énergie des ménages et du secteur privé. C’est avec ces acteurs que la structuration et la densification des villes existantes et la construction de nouveaux centres urbains doivent se faire. Loin de vouloir freiner l’initiative du secteur privé et l’autoconstruction, il s’agit pour l’autorité publique de structurer et d’organiser le développement urbain. Couloir Cap - Ouanaminthe / Diagnostic régional Statistiques sur l’accès aux services de base dans les départements du Nord et du Nord-Est (cf. rapport AIA). Taux d’accès aux services de base Accès à l’eau 3 % ont l’eau courante dans la maison. 13 % ont un robinet dans la cour. 2 % ont accès à une source protégée. 33 % ont accès à un puits. 40 % ont accès à des fontaines ou des kiosques. 9 % consomment de l’eau en bouteille. Accès à l’assainissement 24 % ont accès à une fosse septique ou une latrine 36 % ont accès à des systèmes basiques 40 % n’ont accès à aucun système d’assainissement Accès à l’énergie La biomasse fournit 70 % des besoins énergétiques. 39 % des Haïtiens ont accès à l’électricité. Accès aux communications Antennes et kiosques Digicel et Natcom installés dans tous les villages 13 16 MW 2 MW LES INFRASTRUCTURES ET LES PROJETS DE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE CIAT - plan d’aménagement du Nord / Nord-Est 14 La structure de l’économie régionale DÉFI 3 : TRANSFORMER L’ÉCONOMIE Le défi de la diversification des activités et de la Le marché transfrontalier de Dajabon L’entrée du Parc Industriel de Caracol Distillerie Larue entre Cap-Haïtien et Quartier Morin La situation de l’emploi révèle la faible diversification actuelle des activités et leur faible valeur ajoutée. Trois secteurs emploient 82 % de la population active occupée de plus de dix ans (IHSI, 2003) : 50 % de la population active est occupée par l’agriculture, la sylviculture, l’élevage et la chasse (49 %), et par la pêche (1 %), secteurs dont la modernisation et l’efficacité buttent notamment sur le morcellement des terres et la trop forte population vivant de l’agriculture faute d’opportunités dans d’autres secteurs économiques. Le couloir Cap - Ouanaminthe présente trois espaces à fort potentiel qu’il conviendra de développer (cf. défi 4). 25 % de la population active est occupée dans le commerce de gros et de détail, qui se caractérise également par la petite taille des commerces et un nombre important d’intermédiaires. Les échanges marchands sont polarisés : • Sur Ouanaminthe et son marché transfrontalier, • Sur Cap-Haïtien qui constitue le second bassin de consommation d’Haïti. • Sur les marchés régionaux (Trou-du-Nord, Limonade, Ferrier) qui fonctionnent à l’interface des zones de production, des bassins de consommation secondaires et des axes d’échanges. • Sur la RN6 qui s’inscrit sur l’axe historique reliant Santiago et le Cap Français, la République Dominicaine (lieu de production et de transformation) et Cap-Haïtien (lieu de consommation et port marchand), et le long de laquelle une partie des productions (mangues, bananes, charbon…) est échangée. 7 % de la population active est occupée dans les activités de fabrication : guildives (Quartier Morin), garages mécaniques (Terrier Rouge), parcs industriels de Ouanaminthe et de Caracol… Couloir Cap - Ouanaminthe / Diagnostic régional montée en gamme Une agriculture plus efficace conduira à une diminution du nombre d’emplois à l’hectare, et a fortiori, à une diminution de la part d’actifs occupés par l’agriculture. Il est donc nécessaire d’une part d’évoluer vers une industrie de l’emballage, du transport et de la transformation des produits agricoles et, d’autre part, de développer l’emploi dans les autres secteurs. La production locale mérite d’être encouragée, que ce soit à l’échelle industrielle et à destination de l’exportation dans le contexte de la loi Hope, ou au niveau des artisans susceptibles de répondre à la demande locale. Les investissements récents sur le Parc Industriel de Caracol devront être complétés par les investissements nécessaires à la consolidation des infrastructures régionales : port de Cap-Haïtien, aéroport international, entretien routier, énergies alternatives (parc éolien, parc solaire). Les ressources minières (or, grès) promettent également des développements intéressants dans les prochaines années. Le secteur du tourisme (cf. défi 5) doit poursuivre son développement en s’appuyant d’un côté sur Labadie, de l’autre sur la proximité à la République Dominicaine. En outre, le système éducatif devra rapidement évoluer pour soutenir les autres secteurs en répondant aux besoins de formation d’ouvriers spécialisés et de cadres. Le pôle créé avec l’ouverture de l’Université de Limonade sera un acteur majeur pour la modernisation de la région. Pôle économique en lui-même (hébergement des professeurs et des étudiants), les choix d’enseignements et de recherche seront déterminants. C’est l’opportunité d’ouvrir l’enseignement et la recherche sur le service : métiers de l’aménagement du territoire, de la transformation agricole, du tourisme et du patrimoine. 15 Plaine humide : canne à sucre RESSOURCES NATURELLES 16 CIAT - plan d’aménagement du Nord / Nord-Est DÉFI 4 : MODERNISER L’AGRICULTURE Grande Saline Saline / Caracol Pêche / Bord de mer de Limonade Un secteur essentiel à réformer et encourager L’agriculture est un pilier doublement nécessaire à l’économie nationale : • Par le nombre d’emplois qu’elle fournit, elle occupe une part importante de la population (50 % à l’échelle nationale) et est une source importante de revenus. • Par la production – encore trop faible – et dont l’objectif est de garantir la sécurité alimentaire du pays. Moderniser l’agriculture et en augmenter l’efficacité sont des objectifs en cohérence avec les autres objectifs visés parallèlement : • Faire baisser la pression démographique sur les écosystèmes sensibles (en particulier le haut des mornes où l’agriculture sarclée accélère l’érosion). • Dégager la main d’œuvre nécessaire au développement en plaine de l’industrie. • Nourrir la population. • Réduire le déficit de la balance commerciale et la dépendance vis-à-vis de l’aide internationale. Le Nord / Nord-Est fort de potentiels sous exploités Les gradients de milieux, de climats et d’altitudes sont favorables à une large palette de productions : produits de la mer (pêche, sel) et de la terre (productions végétales et animales, cf. Carte et photos ci-contre). Le maintien jusqu’à présent des terres de la Plantation Dauphin dans le giron de l’État donne aujourd’hui l’opportunité d’une mise en valeur à grande échelle dans le cadre d’un vaste et ambitieux programme agricole basé sur des exploitations de superficie moyenne avec un niveau Couloir Cap - Ouanaminthe / Diagnostic régional technologique plus avancé que les pratiques paysannes d’aujourd’hui. Les terres de la Plantation Dauphin sont considérées comme propice à la production d’oléagineux. Toute l’huile consommée aujourd’hui en Haïti est importée. Un pôle de production d’huiles alimentaires contribuerait fortement à la sécurité alimentaire. Des actions à entreprendre pour atteindre les objectifs visés Pour parvenir à en exploiter pleinement les potentialités, il convient de lever les freins aujourd’hui à l’œuvre : Dans le domaine du foncier, une politique foncière qui sécurise les terres productives est nécessaire au développement de l’agriculture. La maîtrise et la valorisation des ressources en eau doit être le principe directeur de tout programme de mise en valeur intensive de cette zone. Pour les plaines, deux axes majeurs d’intervention doivent être retenus : l’extension des surfaces irriguées à partir des eaux souterraines et des eaux de surface afin de valoriser ses sols fertiles (réfection et extension du système d’irrigation datant de la colonie) et la mécanisation des opérations de labour. Dans l’aire de montagne, la priorité doit aller aux ouvrages de maîtrise du ruissellement et d’intensification agricole dans les petites ravines et les ravines moyennes afin de favoriser l’infiltration de l’eau, facteur essentiel au développement agricole et industriel des plaines et des villes, d’augmenter le revenu des agriculteurs en montagne et d’assurer la protection des bassins versants. 17 SITES CULTURELS ET PATRIMONIAUX CIAT - plan d’aménagement du Nord / Nord-Est 18 DÉFI 5 : METTRE EN VALEUR LE PATRIMOINE La Citadelle Henry vue du ciel Bateau de croisière au ponton de Labadie Bassin Mambo Diversité et richesse, atouts du NNE Le Nord / Nord-Est porte les marques de la riche histoire d’Hispaniola, de l’époque précolombienne à nos jours. Les témoignages de l’histoire ont une portée nationale et internationale : l’arrivée de Christophe Colomb, l’indépendance d’Haïti et la toute première République noire… Le must : le Parc National Historique, patrimoine mondial de l’UNESCO, qui réunit le Palais Sans Souci, la Citadelle Henry et les fortifications des Ramiers. Le PNH constitue également un cadre naturel préservé et une réserve importante de biodiversité. La côte offre aussi de belles possibilités d’escapa des : plage de Labadie à l’Ouest du Cap-Haïtien, mangroves de Caracol, Baie de Fort-Liberté, Lagon aux Bœufs, embouchure de la Rivière Massacre et vue sur le Morro de Monte Cristi. Protéger le patrimoine historique et conserver les écosystèmesremarquables L’héritage du passé est aussi important que les paysages et les écosystèmes diversifiés. Mais que ce soit le patrimoine historique ou la nature, ces trésors ont en commun leur fragilité. Ils nécessitent une attention particulière pour les préserver pour les générations futures et les mettre en valeur pour les générations présentes. A court terme, un budget doit être consacré à leur marquage et leur préservation. A long terme, le développement d’un tourisme durable doit permettre d’en assurer la mise en valeur. Points d’ancrage et opportunités Le Nord / Nord-Est jouit d’une situation particu lière. Si le tourisme reste encore extrêmement limité dans les autres zones du pays, le Nord / Nord Couloir Cap - Ouanaminthe / Diagnostic régional Est reçoit chaque année au terminal de Labadie plus de 600 000 croisiéristes. Ce potentiel de visiteurs mérite d’être exploité en développant l’offre d’excursion à la journée du terminal de croisière vers le Parc National Historique ou le Parc National des Trois Baies. De même, la proximité de la République Dominicaine, destination prisée des tours opérateurs européens, peut profiter au développement du tourisme dans le Nord / Nord Est. Le Parc National des Trois Baies peut prolonger la découverte de la côte Caraïbe initiée au Parc National de Monte Cristi des visiteurs et vacanciers installés en République Dominicaine. Autre atout du Nord / Nord-Est pour le dévelop pement touristique : la possibilité de liaison directe à partir de l’aéroport international de Cap-Haïtien, porte d’entrée directe sur la Citadelle et possibilité d’arrivée ou d’évacuation des croisiéristes. Objectifs et projets de développement Pour concrétiser le potentiel touristique du Nord / Nord-Est, il est nécessaire de développer l’offre. Dans un premier temps, l’offre d’excursions à la journée, peut se développer à destination des croisiéristes ; puis rapidement, une offre moyen de gamme pourra se développer pour attirer des séjours plus longs. Le littoral entre Pepillo Salcedo et la baie de Fort Liberté pourrait constituer un endroit favorable à l’implantation de resorts, sur le modèle de ceux développés en République Dominicaine, du côté de Punta Cana par exemple. 19 Sites proposés pour l’implantation de centres urbains modernes ZONES À RISQUES, SOLS À FORT POTENTIEL AGRICOLE ET SITES PROPOSÉS POUR L’IMPLANTATION DE CENTRES URBAINS NOUVEAUX CIAT - plan d’aménagement du Nord / Nord-Est 20 DÉFI 6 : RÉDUIRE LES VULNÉRABILITÉS Inondations / Village de Caracol Zone aride / Abords du Fort Labouque Mornes / Sainte Suzanne Même si le territoire du Nord / Nord-Est jouit en Haïti d’une situation plutôt favorable, il n’est pas à l’abri des caprices de la nature : le risque sismique y est fort, les inondations peuvent être importantes comme en novembre 2012, la sécheresse est récurrente… Mais les vulnérabilités peuvent être réduites en fixant les règles à suivre et en s’y tenant. Inondations Le régime pluviométrique et la configuration du terrain entraînent des inondations récurrentes. • Agir en amontsur les bassins-versants : ‐ Contenir la pression démographique sur les mornes en offrant des opportunités dans la plaine. ‐ Soutenir les projets de reforestation et d’agroforesterie. ‐ Créer une zone protégée dans les hauteurs de Vallières, château d’eau pour six bassins versants. • Déployer des systèmes d’assainissement : ‐ Compenser l’imperméabilisation des terres par un système de drainage efficace. ‐ Collecter les déchets solides. ‐ Curer régulièrement les canaux. • Protéger les zones densément habitées : ‐ Définir des zones tampons autour des rivières (plaines inondables). ‐ Construire des digues de protection. ‐ Surélever les maisons, collecter l’eau de pluie et conserver des espaces perméables(jardins). Cyclones Le risque est plus faible que dans le reste du pays. Il convient néanmoins de le prendre en compte dans Couloir Cap - Ouanaminthe / Diagnostic régional les normes de construction et les mesures d’alerte et de protection de la population. Sécheresses La zone Nord Est du département du Nord-Est est plus aride mais la ressource en eau est disponible. • Avoir un usage du sol raisonné en conservant les meilleurs sols pour l’agriculture et en densifiant les points de développement urbain. • Développer les accès à l’eau et l’irrigation. Glissements de terrain / Érosion Des risques importants touchent les quartiers précaires de Cap-Haïtien. Des risques modérés sont à prendre en compte dans les mornes et notamment à Sainte Suzanne. • Lutter contre l’érosion dans le cadre de la gestion intégrée des bassins-versants avec création de vergers (agrumes et goyaves). • Appliquer strictement les prescrits du décret de lotissement de 1982 dans les zones de pente supérieure à 15%. Tremblements de terre / Tsunamis Le couloir Cap - Ouanaminthe est situé à proximité de la faille septentrionale qui passe au Nord de l’île d’Hispaniola. • Définir des normes de construction : ‐ Renforcer le code de la construction. ‐ Améliorer la formation des professionnels de la construction. • Créer des zones de repli et de secours : ‐ Construire des terrains de sport dotés d’instal lations sanitaires. 21 RELIEF, HYDROGRAPHIE ET BASSINS-VERSANTS CIAT - plan d’aménagement du Nord / Nord-Est 22 DÉFI 7 : ASSURER UNE BONNE GESTION DE L’ENSEMBLE Faille septentrionale et système tectonique caribéen Quartier précaire / Cap-Haïtien Pentes cultivées au-dessus de Sainte Suzanne Restaurer la confiance La réduction des vulnérabilités environnementales et la structuration de l’urbanisation de demain, nécessaire pour sortir du cercle vicieux des catastrophes et de l’urgence, nécessitent d’un côté l’exercice de planification, dont ce dossier constitue l’échelle régionale pour le couloir Cap - Ouanaminthe, et de l’autre le renforcement de l’État et des structures administratives. Renforcer l’État, c’est restaurer sa capacité à jouer le rôle d’arbitre, à fixer les règles, les partager avec tous et les faire respecter. C’est également restaurer la confiance de tous et recréer les conditions de l’investissement de chacun dans les terres qu’il exploite, dans la maison qu’il construit, dans la ville qu’il habite, dans l’entreprise qu’il crée, et plus globalement dans son pays. Sécuriser le foncier Restaurer la confiance est un processus de long terme dont la sécurisation foncière constitue une étape essentielle. Le chantier de la sécurisation foncière mobilise aujourd’hui le CIAT qui doit en clarifier les fondements. Localement, des chantiers de cartographie et de cadastre seront mis en place pour mettre à jour les registres et clarifier les droits. La sécurité foncière est une des clefs du développement agricole d’une part, du développement urbain d’autre part. Mobiliser le foncier pour l’urbanisation Au niveau des villes actuelles et futures, il convient de délimiter leur périmètre et d’identifier les zones à structurer, les zones qui peuvent être densifiées, les zones qui doivent être récupérées et protégées. Il faut établir les cartes de risques, en définir la nature et formuler des prescriptions cohérentes : Couloir Cap - Ouanaminthe / Diagnostic régional inconstructibilité ou constructibilité sous réserve de respecter des normes strictes. C’est à ce prix que les vulnérabilités pourront être réduites. Le zonage et plus globalement, l’exercice de planification urbaine, commune par commune, permettront de construire la structure des villes de demain et de développer le cadre de quartiers modernes et sûrs. Pour prévenir les risques d’envolée des prix du foncier, consécutivement à l’organisation de la rareté induite par le zonage et la planification, des réserves foncières devront être constituées par des agences foncières chargées de mettre en œuvre les projets d’extensions et de centres urbains nouveaux. Le zonage s’attachera localement à définir : • Des zones tampons autour des rivières, des ravines et du trait de côte. • Des zones inconstructibles dans les mornes, sur les terrains aux pentes supérieures à 50 %, et aux abords des espaces naturels à préserver. • Des normes de construction antisismique dans les zones de risque associées à l’activité de la faille septentrionale. • Des zones de structuration et de densification des quartiers précaires situés dans des zones à faible risque. • Des zones d’expansion autour des villes et bourgs existant, structurées et limitées. • Des zones d’urbanisation prioritaire et leurs règlements d’urbanisme (COS, alignement, hauteurs, gabarit…). Le foncier sera ainsi mobilisé pour une urbanisation dense, économe et structurée de manière efficace. 23 Centre de santé de Quartier Morin Marché de Dajabon Éclairage solaire et lignes électriques / RN6 Pompe à eau / Sainte Suzanne Campus Roi Henri Christophe / Limonade Riziculture entre Malféty et Carrefour Chevry Patrimoine bâti / Église de Fort-Liberté Centre de stockage des déchets du PIC / Caracol Transport sur la RN6 CIAT - plan d’aménagement du Nord / Nord-Est 24 2 PLAN D’AMÉNAGEMENT ❑ Programmation urbaine ❑ Programmation économique ❑ Organisation spatiale régionale ❑ Modes d’habiter ❑ Milieu rural ❑ Bourgs et villes existantes ❑ Centres urbains modernes ❑ Et accès aux services de base ❑ Eau potable & Assainissement ❑ Énergies ❑ Gestion des déchets ❑ Éducation & Enseignement supérieur ❑ Réseau de santé Couloir Cap - Ouanaminthe / Plan d’aménagement HORIZON 2030 Préparer le territoire Nord / Nord-Est à accueillir un million d’habitants en 2030, tel est l’objet de ce plan d’aménagement. Le diagnostic régional (partie 1 / le lecteur pourra également se reporter au diagnostic détaillé produit par the American Institute of Architects AIA) a révélé les défis que nous devons collectivement relever pour être en mesure d’accueillir dans de bonnes conditions un million d’habitants sur ce territoire à l’horizon 2030. Nous proposons de débuter cette deuxième partie par un exercice de programmation urbaine et économique, qui permette de situer l’ambition du schéma et les objectifs quantitatifs 2030, notamment en matière de logements, d’éducation et d’emploi. Le schéma d’aménagement propose ensuite une organisation spatiale régionale des activités (agriculture, industries, villes, bourgs et villages, marchés, pôles d’échanges et gares routières). Nous détaillons enfin les principes d’accès de la population aux services de base pour les trois types de terroirs habités : le milieu rural, les bourgs et villes existantes, et les centres urbains modernes à développer. 25 LA QUESTION DE L’HABITAT Les mécanismes de création de logements Les besoins en matière d’habitat sont immenses. L’État ne saura y répondre directement efficacement. Il est en revanche fondamental que l’État et les collectivités locales se préoccupent de la structure urbaine et qu’ils investissent dans la planification, la structuration des quartiers précaires et l’aménagement de centres urbains nouveaux. En matière d’urbanisation, les investissements de l’État devront se concentrer sur : • La constitution d’une réserve foncière. • Le tracé et la construction des rues et des réseaux. • L’aménagement des espaces publics (places et parcs). • La construction des équipements publics programmés. Le plan urbain créera les conditions du développement d’un habitat dense, économe en foncier, efficace en transports, connecté aux aménités urbaines (emplois, éducation, santé), relié aux réseaux urbains (eau, assainissement, collecte des déchets solides, énergie, communication). L’habitat proprement dit fera l’objet de promotion immobilière et d’auto-construction. Le sujet pouvant être laissé pour une large part, – comme aujourd’hui – aux initiatives privées. Mais – contrairement à la situation passée – il devra être encadré et contrôlé strictement. Les constructions devront prendre en compte le cadre fixé par le plan d’aménagement, les plans d’urbanisme, leurs règlements et les normes de construction applicables. 26 Les principes à appliquer pour l’habitat On évitera en général de développer des quartiers résidentiels monofonctionnels. On préfèrera développer des quartiers urbains denses et mixtes. La densité est une nécessité. Elle répond aux objectifs : • D’économie du foncier. • De rationalité des transports et des réseaux déployés. • De proximité et d’accès aux aménités (emplois, éducation, santé). La densité sans structure (qu’on observe dans les quartiers précaires) est par contre une source de danger : • Elle rend la ville vulnérable aux catastrophes naturelles (séisme, inondations, etc.). • Elle est une source de pollution pour le cadre de vie immédiat (contamination de la nappe phréatique, pollution de l’air, etc.). • Elle propage les épidémies (choléra depuis 2010). Il convient donc de développer la structure urbaine avant même de développer les logements. Un développement urbain dense et intégré suppose de construire en hauteur. Des bâtiments à 3 ou 4 étages comme ceux qui se construisent au Cap, à Fort-Liberté ou à Trou-du-Nord, permettent d’atteindre les densités escomptées. La construction en hauteur nécessite le strict respect des normes de construction. Par ailleurs, la mixité des activités (a minima, logements, commerces et services, ateliers d’artisans, écoles) crée un cadre plus dynamique en termes de vie urbaine et plus efficace en termes de déplacements. CIAT - plan d’aménagement du Nord / Nord-Est a) b) Atelier AIA 2012 a) Réflexion sur la forme des ilots et les parcelles b) L’évolutivité des constructions en question Accueillir un million d’habitants à l’horizon 2030 Être en mesure d’accueillir un million d’habitants à l’horizon 2030, c’est préparer le couloir Cap - Ouanaminthe à recevoir 350 000 habitants supplémentaires. Plusieurs impératifs sont à prendre en compte : • Maintenir l’équilibre dans les sections rurales impose d’envisager la croissance démographique essentiellement dans les villes. • Limiter la consommation de foncier agricole nécessite d’une part de travailler à une structuration et une densification des villes existantes (faire la ville sur la ville), et d’autre part de concevoir des développements urbains denses (10 à 20 000 habitants au km2). • Préserver la plaine du Cap requiert de porter un coup d’arrêt à l’expansion de la tache urbaine et de penser le développement d’autres polarités. Objectifs chiffrés par commune Le tableau ci-contre donne le cadre conceptuel permettant de préparer le couloir Cap - Ouanaminthe à l’objectif du Million d’habitant en 2030 tout en respectant les impératifs explicités plus haut. En grandes masses : • Les villes du Cap et de Ouanaminthe devront par PROGRAMMATION URBAINE Exercice programmatique Pop. 2012 Cadrage 2030 Objectif programmatique Cap-Haïtien 261 864 265 000 Arrêt de l’expansion de la tache urbaine Quartier Morin 26 109 39 000 Quartiers nouveaux à urbaniser Limonade 52 625 71 000 Quartiers nouveaux à urbaniser Arrondissement de Cap-Haïtien 340 598 375 000 Trou-du-Nord 46 695 55 000 Par structuration et densification progressive Terrier Rouge 28 938 35 000 Par structuration et densification progressive Centre urbain nouveau (Champin) 0 120 000 Centre urbain à développer (6000 hab/an) Sainte Suzanne 26 750 27 000 Maintien du caractère et de l’équilibre Caracol 7 362 8 000 Maintien du caractère et de l’équilibre Arrondissement de Trou-du-Nord 109 745 245 000 Fort-Liberté 32 861 37 000 Par structuration et densification progressive Centre urbain nouveau (Chevry) 0 120 000 Centre urbain à développer (6000 hab/an) Ferrier 13 973 18 000 Par structuration et densification progressive Perches 11 028 15 000 Par structuration et densification progressive Arrondissement de Fort-Liberté 57 862 190 000 Ouanaminthe 101 280 140 000 Arrêt de l’expansion de la tache urbaine Capotille 18 496 23 000 Par structuration et densification progressive Mont-Organisé 20 015 27 000 Par structuration et densification progressive Arrondissement de Ouanaminthe 139 791 190 000 Total Couloir Cap - Ouanaminthe 647 996 1 000 000 restructuration progressive et lente densification absorber 12 % de la croissance. • Les villes secondaires (Trou-du-Nord, Fort-Liberté, Terrier Rouge, Ferrier) par structuration des quartiers précaires et développement de nouveaux quartiers absorberont 22 % de la croissance. • Les bourgs et villages ruraux (Caracol, Sainte Suzanne notamment) devront maintenir leur caractère et leur équilibre sans changer significativement d’échelle. • Le gros de la croissance urbaine nécessite la construction de deux centres urbains nouveaux de 120 000 habitants : l’un à Champin pour renforcer le pôle de Trou-du-Nord, l’autre à Carrefour Chevry pour renforcer le pôle de Fort Liberté. Concevoir la ville haïtienne durable Structuration des quartiers précaires, aménagement de nouveaux quartiers et fondation de centres Couloir Cap - Ouanaminthe / Plan d’aménagement urbains nouveaux répondront aux mêmes exigences de développement durable : adaptation au contexte local et gestion de proximité ; utilisation rationnelle des terres (densité, mixité, proximité aux services) ; énergies renouvelables (soleil, vent, eau, biomasse) et gestion des déchets ; qualité des espaces publics et prédominance du végétal ; évolutivité. 27 LES GRANDS PROJETS Le Parc Industriel de Caracol (PIC) Le parc industriel de Caracol emploie déjà 5000 personnes. Le parc qui est opérationnel depuis 2012 devrait créer 37 000 emplois permanents lorsqu’il fonctionnera à pleine capacité. Un projet d’une telle envergure a des effets multiplicateurs dans d’autres domaines tels que la construction, le commerce, le logement, les transports, etc… On estime que le PIC va générer à terme 120 000 emplois directs et indirects. Le PIC a bénéficié des financements de la BID et de l’USAID. Les infrastructures associées Centrale thermique : objectif 34 MW, 10 MW opérationnels pour le PIC et pour les communes voisines (Caracol, Trou-du-Nord, Terrier Rouge, Limonade). Centre de tri et de stockage des déchets. Usine de traitement des eaux rejetées. Les projets de construction de logements L’USAID et la BID construisent des parcs de logement sur différentes communes du Nord / Nord-Est : 2660 unités à Fort-Liberté, 750 unités à Limonade, 540 unités à Quartier Morin. Food for the Poor réalise également de nombreux projets sur l’axe de la RN6. Ces parcs de logement doivent s’intégrer harmonieusement dans le tissu de la région et le cadre de la planification dressé par le présent plan. 28 Le port de marchandises Des investissements doivent permettre de rénover et de désenclaver le port du Cap-Haïtien. La construction d’un pont et d’une nouvelle route reliant le port à la RN6 et au PIC permettra de faciliter le transport des productions destinées à l’exportation. Le port de Cap-Haïtien, sous-utilisé aujourd’hui, possède les capacités suffisantes pour répondre aux besoins du Parc Industriel. Un redéploiement des activités portuaires dans la baie du Cap-Haïtien est envisageable à long terme. Le campus Roi Henry Christophe de l’UEH L’université d’État d’Haïti a réalisé la construction d’un campus universitaire devant recevoir plus de 10 000 étudiants et doté de 72 salles de classes, de salles de réunions, d’une bibliothèque, et des laboratoires. Ce campus universitaire (financé par la République Dominicaine) chevauche les communes de Limonade et Trou-du-Nord sur 60 carreaux de terre. Ce projet va attirer une population estudiantine qui aura besoin de logement et de services adjoints. Le projet tourisme Un grand programme est lancé pour favoriser le développement du tourisme dans la région Nord : mise en valeur du Parc National Historique, route d’Acul du Nord à Milot pour drainer les croisiéristes de Labadie à la Citadelle Henry, protection des restes du village Taïno de Grande Saline, protection du patrimoine historique de Fort-Liberté et de Cap-Haïtien, etc. Ces projets sont financés en partie par la Banque Mondiale et la BID. CIAT - plan d’aménagement du Nord / Nord-Est L’aéroport international de Cap-Haïtien Depuis octobre 2012, l’aéroport de Cap-Haïtien est en capacité de recevoir des avions gros porteurs en provenance des États-Unis ou d’Europe : sa piste a été allongée à 2600 m et elle sera encore prochainement allongée pour atteindre 3000 m. Parallèlement, les travaux de construction d’un hall d’aéroport (en parti