Plan National d'Adaptation au Changement Climatique (PNA) Haïti 2022-2030

Plan National d'Adaptation au Changement Climatique (PNA) Haïti 2022-2030

Gouvernement d'Haïti 2022 92 pages
Resume — Le Plan National d'Adaptation (PNA) d'Haïti pour 2022-2030 présente une stratégie globale pour faire face aux impacts du changement climatique dans les secteurs prioritaires incluant l'agriculture, la santé, les infrastructures et les ressources en eau.
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Le Plan National d'Adaptation aux Changements Climatiques (PNA) d'Haïti 2022-2030 représente une réponse globale à l'extrême vulnérabilité du pays aux impacts du changement climatique. Haïti fait face à des défis considérables liés aux températures élevées, aux précipitations erratiques, à la sécheresse, à la hausse du niveau marin et aux événements météorologiques extrêmes, les ouragans causant des dommages dépassant 20% du PIB national. Le plan a été développé à travers un processus inclusif et participatif impliquant les institutions gouvernementales, le secteur privé, la société civile, les collectivités territoriales et les universités. Le PNA couvre une période de neuf ans (2022-2030) et se concentre sur quatre secteurs prioritaires choisis pour leur importance socio-économique et leur vulnérabilité climatique : l'agriculture, la santé, les infrastructures et les ressources en eau. Le plan s'ancre dans une vision d'un pays de plus en plus résilient aux changements climatiques où le renforcement des capacités adaptatives et l'adaptation climatique sont au centre des processus de planification du développement national. Le document comprend 340 actions d'adaptation à l'échelle nationale, incluant 21 actions hautement prioritaires portant sur l'agriculture climato-intelligente, les infrastructures d'irrigation, la gestion intégrée des ressources en eau, la reforestation et l'agroforesterie, l'aménagement des bassins versants et le renforcement des capacités. Le plan s'aligne sur les documents stratégiques nationaux clés incluant le Plan Stratégique de Développement d'Haïti (PSDH), la Contribution Déterminée au niveau National (CDN) et la Politique Nationale de lutte contre les Changements Climatiques (PNCC).
Sujets
ÉconomieEnvironnementRéduction des risquesÉnergie
Geographie
National
Mots-cles
climate adaptation, national adaptation plan, haiti, climate change, resilience, agriculture, water resources, infrastructure, health
Entites
République d'Haïti, Fonds Vert pour le Climat, Programme des Nations Unies pour le Développement, PNUD, NAP Global Network, Institut International du Développement Durable, IISD, Bureau des Affaires étrangères du Commonwealth et du Développement, FCDO, Royaume-Uni, MARNDR, MTPTC-DINEPA, MCFDF, MSPP, UHM, DGPC, Ministère de l'Environnement, MDE, Ministère de la Planification et Coopération Externe, MPCE, Groupe Intergouvernemental d'Expert sur l'Évolution du Climat, GIEC, Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques, CCNUCC, Accord de Paris, James CADET, Ricard PIERRE, Port-au-Prince, Cap-Haïtien, Yves Bernard REMARAIS, Kénel Délusca, Karnauskas, YVIO GEORGES
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RÉPUBLIQUE D’HAÏTI Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) HAÏTI / 2022 - 2030 CREDIT : Yves Bernard REMARAIS REMERCIEMENTS Nous tenons à remercier les partenaires et institutions sans lesquels ce travail n’aurait pas vu le jour. Il s’agit notamment : Du Fonds Vert pour le Climat (FVC) pour leur appui financier dans l’élaboration du processus PNA en Haïti ; Du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) pour leur appui technique ; Du Secrétariat du Réseau Mondial de PNA (NAP Global Network) et l'Institut International du Développement Durable (IISD) pour leur appui via le soutien financier du Bureau des Affaires étrangères, du Commonwealth et du Développement (FCDO) du Royaume-Uni ; Des institutions nationales qui ont aidé dans la collecte et la vérification des données: MARNDR, MTPTC-DINEPA, MCFDF, MSPP, UHM, DGPC, Universités et la société civile en général ; Des Directions Départementales des Ministères de l’Environnement (MDE) et de la Planification et Coopération Externe (MPCE) pour leur soutien dans la planification des ateliers de consultations régionales ; Des participants qui ont pris part et contribué aux différents ateliers, aux consultations sectorielles et bilatérales ; Des consultants nationaux et internationaux qui ont conduit le processus d’élaboration de ce document. PAGE 3 Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) TABLE DES MATIÈRES REMERCIEMENTS 3 MOT DES MINISTRES 10 RÉSUMÉ EXÉCUTIF 13 EXECUTIVE SUMMARY 15 LISTE DES ABRÉVIATIONS 17 INTRODUCTION 19 I. CIRCONSTANCES NATIONALES ET PROJECTIONS 22 1.1 Géographie et population 23 1.2 Climat passé et aléas naturels d’origine climatique 25 1.3 Risques naturels de nature géologique 34 1.4 Milieu biophysique 35 1.5 Contexte économique 35 1.6 Changements climatiques projetés 36 II. IMPACTS, VULNÉRABILITÉS ET RISQUES 42 III. CADRE LÉGAL ET RÉGLEMENTAIRE, POLITIQUES ET ARRANGEMENTS INSTITUTIONNELS POUR L’ADAPTATION 47 3.1. Cadre légal et réglementaire en lien avec l’adaptation aux changements climatiques 48 3.2. Politiques et arrangements institutionnels pour l’adaptation aux changements climatiques 49 IV. APPROCHE MÉTHODOLOGIQUE POUR L’ÉLABORATION DU PNA 52 V. PRINCIPES DIRECTEURS, VISION ET OBJECTIFS DU PNA 59 VI. PRIORITÉS D’ADAPTATION 62 VII. STRATÉGIE DE MISE EN ŒUVRE ET DE FINANCEMENT DES PRIORITÉS D’ADAPTATION 69 VIII. CADRE DE SUIVI ÉVALUATION ET RAPPORTAGE 74 IX. ACTUALISATION DU PNA ET PERSPECTIVES POUR UN PNA EFFECTIF 77 CONCLUSION 80 BIBLIOGRAPHIE 82 ANNEXES 85 Annexe 1 Projections futures pour quelques paramètres et indicateurs climatiques d’importance à l’aide des scénarios récents d’émission de GES 86 LISTE DES TABLEAUX 33 Tableau 1 Épisodes de sécheresse dans le pays de 1968 à 2016 46 Tableau 2 Synthèse des impacts, vulnérabilités et risques pour les secteurs du PNA 63 Tableau 3 Nombre d’actions d’adaptation aux changements climatiques par département 64 Tableau 4 Répartition des actions d’adaptation aux changements climatiques par secteur du PNA 68 Tableau 5 Liste des deux premières actions d’adaptation prioritaires par département 72 Tableau 6 Estimation des coûts de mise en œuvre des deux premières actions prioritaires par département PAGE 7 Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) LISTE DES FIGURES 23 Figure 1 Carte de localisation de la République d’Haïti 24 Figure 2 Carte des divisions administratives de la République d’Haïti (PNUD, 2022) 26 Figure 3 Carte de la température moyenne annuelle (°C) de la République d’Haïti, 2022 (source : base de données Worldclim 1971-2000) 27 Figure 4 Carte des précipitations moyennes annuelles (en mm) de la République d’Haïti, 2022 (source : base de données Worldclim 1971-2000) 28 Figure 5 Carte d’indice de saisonnalité des pluies (sans dimension) de la République d’Haïti 2022 (source : base de données Worldclim 1971-2000) 28 Figure 6 Carte de la température maximale (en °C) du mois le plus chaud (a) et de précipitation du mois le plus sec (en mm) (b) 2022 (source : base de données Worldclim 1971-2000) 30 Figure 7 Anomalies de température moyenne annuelle et de précipitation annuelle par rapport à la période 1970-2000 pour Cap-Haïtien (a) et Port au-Prince (b) (Kénel Délusca, communication personnelle, 2022) 31 Figure 8 Carte de hausse du niveau marin, série temporelle de hausse du niveau marin et tendances pour les différents pixels autour d’Haïti (Karnauskas, 2022) 31 Figure 9 Trajectoire historique des tempêtes tropicales et ouragans majeurs dans un rayon de 500 km d’Haïti au cours de la période 1981-2020 (Karnauskas, 2022) 32 Figure 10 Inondations enregistrées en Haïti de 1980-2020 (World Bank, 2019) 34 Figure 11 Principales failles de la République d’Haïti (PNUD, 2022) Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) PAGE 8 38 Figure 12 Scénarios de changement de température moyenne annuelle pour Port-au-Prince 39 Figure 13 Scénarios Changements de température moyenne mensuelle anticipés pour Port-au-Prince 40 Figure 14 Scénarios de changements de précipitation moyenne annuelle pour Port-au-Prince 41 Figure 15 Scénarios de changements de précipitation moyenne mensuelle pour Port-au-Prince 50 Figure 16 Répartition du financement de l’adaptation en Haiti par type de fonds (en millions USD), graphique produit par le projet PNA à partir de la liste de projets de PANA révisé 2017 57 Figure 18 Déroulement des ateliers de consultations départementaux et du processus d’AMC 71 Figure 19 Aperçu de l’architecture institutionnelle pour la mise en œuvre du PNA PAGE 9 Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) CREDIT : PNUD Haïti MOT DES MINISTRES Force est de constater qu’au fur et à mesure les jours passent, la vulnérabilité du pays s’accroît. Cette vulnérabilité s’intensifie avec les crises socio politiques, socio-économiques interminables à l’échelle du pays. A cela, s’ajoutent des menaces hydro météorologiques à répétition. Celles-ci s’intensifient et du coup, hypothèquent dangereusement, l’espoir de relèvement à l’échelle nationale. Malheureusement, l’ensemble des actions d’adaptation entreprises n’obéit pas souvent à une stratégie cohérente et coordonnée. Ces actions se révèlent alors, peu efficaces en raison des lacunes tant du point de vue de capacités techniques, financières que de celui de ressources humaines dotées de compétences avérées pour pouvoir envisager des mesures concrètes à la dimension de la problématique climatique. Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) PAGE 10 En effet, l’adaptation au changement climatique est une priorité pour le pays. Les deux derniers rapports du Groupe Intergouvernemental d’Expert sur l’Évolution du Climat (GIEC), publiés cette année, ont montré que les événements météorologiques extrêmes ont des impacts néfastes sur divers secteurs, dont l’agriculture, les infrastructures, la biodiversité et la santé des populations. Haïti, en tant que petit insulaire et très vulnérable, est durement affectée par les impacts de ces phénomènes. Il est donc indispensable pour Haïti de réduire sa vulnérabilité aux chocs climatiques en mettant en place des plans d’adaptation cohérents qui prennent en compte les préoccupations nationales. Le processus du Plan National d’Adaptation (PNA) répond à une nécessité pour la République d’Haïti d’identifier les besoins d’adaptation à moyen et à long termes et de mettre en œuvre des stratégies et politiques publiques permettant de faire face aux impacts des changements climatiques. Le PNA constitue à la fois une urgence et une véritable opportunité de mobiliser des ressources dédiées au climat. Il permet d’orienter les politiques publiques d’aménagement du territoire et de développement en promouvant le développement de nouveaux secteurs de l’économie sobres en carbone et de renforcer la résilience du pays aux chocs du changement climatique. Le PNA s’aligne sur les documents stratégiques notamment le Plan Stratégique de Développement d’Haïti (PSDH), la Contribution Déterminée au niveau National (CDN), la Politique Nationale de lutte contre les Changements Climatiques (PNCC), le Plan National de Gestion des Risques de Désastres (PNGRD). Ce document considère aussi les orientations de la version préliminaire du Schéma National d’Aménagement du territoire (SNAT). Ce premier PNA (2022-2030) témoigne de notre engagement dans la lutte pour renforcer la résilience du pays face aux changements climatiques. A cet effet, le PNA s’implante au cœur du cadre global de la planification en Haïti. Le PNA a été élaboré dans le cadre d’un processus participatif, proactif et itératif sous le leadership du Gouvernement. Le processus implique des parties prenantes du secteur privé, des Collectivités Territoriales, de la société civile, des structures territorialement déconcentrées et des Universités. Au cours de ce processus, la consultation d’acteurs a constitué un pilier fondamental qui a facilité l’identification des enjeux et défis de la société liés à la gouvernance climatique en Haïti, la formulation d’une vision de la lutte contre les changements climatiques ainsi que la définition des actions prioritaires. La participation active des citoyens et citoyennes dans le processus est un gage que l’appropriation du PNA par les acteurs du pays ne serait pas un simple vœu mais une réalité en raison même du liant social et institutionnel créé lors de l’étape de co-production des pans entiers dudit PNA. PAGE 11 Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) Le PNA représente un medium aux Pays Moins Avancés (PMA) et aux Petits États insulaires en développement (PIED), dans le cadre de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC), aux fins d’adaptation aux changements climatiques pour accélérer l’action climatique et atteindre certaines cibles précises de l’Accord de Paris. La faiblesse institutionnelle et l’insuffisance de financement peuvent entraver les efforts déployés par le pays pour planifier son développement de manière efficiente tout en s’adaptant aux changements climatiques. La mise en œuvre du PNA repose donc sur l’hypothèse que des efforts doivent être déployés pour mobiliser des ressources financières endogènes et exogènes. Cependant, l’on doit tenir compte des contraintes nationales mais aussi des crises internationales récurrentes qui affectent les finances nationales et mondiales. Nous trouvons, qu’il est stratégique d’activer un nouveau levier de coopération au développement pro-climat au nom du pragmatisme des discours, des politiques et du raffermissement des relations internationales. Dans cette perspective, nous sollicitons auprès des instances de la convention un allègement des mécanismes internationaux et multilatéraux qui facilitera au pays d’accéder aux ressources nécessaires pour la mise en œuvre du PNA 2020/2030 de la République d’Haïti. James CADET Ricard PIERRE Ministre Ministre Ministre de l’Environnement Ministre de la Planification et de la Coopération Externe Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) PAGE 12 CREDIT : YVIO GEORGES RÉSUMÉ EXÉCUTIF La République d’Haïti est un pays vulnérable aux catastrophes naturelles. Au cours des dernières années, les conditions climatiques changeantes caractérisées par les températures élevées, un régime pluviométrique erratique, la sécheresse et la hausse du niveau marin, ont eu des incidences négatives considérables sur l’agriculture et la sécurité alimentaire, les ressources en eau, les écosystèmes marins et côtiers, l’énergie, la santé, les infrastructures et le tourisme pour ne citer que ces secteurs-là. Des épisodes météorologiques extrêmes, comme les ouragans majeurs, s’invitent constamment de la partie, en moyenne 2,8 tempêtes tropicales et 0,8 ouragan majeur par année passant dans un rayon de 500 km d’Haïti, amenant leurs lots de dommages et de pertes dépassant des proportions alarmantes du PIB national (plus de 20%) et faisant ainsi reculer des années de rares progrès socio-économiques effectués. Ces conditions climatiques défavorables observées au cours des dernières années sont appelées à s’amplifier avec l’accélération du processus de réchauffement planétaire. L’État haïtien a bien appréhendé l’urgente nécessité d’y apporter des éléments de solution. Ainsi, il a pu élaborer, au cours des deux (2) dernières décennies, plusieurs documents de politique et mettre en œuvre des actions d’adaptation dans plusieurs régions du pays. Néanmoins, les impacts positifs de celles-ci sur le niveau de résilience climatique globale du pays tardent à se manifester. Pour pallier ce déficit de résultats positifs d’envergure, l’État haïtien a consenti d’énormes efforts pour développer ce Plan national d’adaptation (PNA) tourné vers le moyen et long terme sans ignorer les actions urgentes à court terme. Ce plan crée également un cadre propice à l’intégration des préoccupations liées au réchauffement planétaire dans tous les processus et les systèmes de planification du développement national. PAGE 13 Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) Fruit d’un processus inclusif et participatif, ce PNA, d’une portée temporelle de neuf (9) ans (2022-2030) et couvrant prioritairement les secteurs de l’agriculture, de la santé, des infrastructures et des ressources en eau choisis pour leur importance socio-économique et leur vulnérabilité aux risques climatiques, trouve son ancrage dans la vision suivante : « Un pays de plus en plus résilient aux changements climatiques où le renforcement des capacités adaptatives de toutes les communes et l’adaptation prise dans ses multiples dimensions et alimentée par des données robustes sont au centre des processus de planification et de matérialisation du développement national durable». Dans cette perspective et en adéquation avec les politiques sectorielles nationales, le PNA présente, entre autres, les actions d’adaptation envisagées, renseigne sur la gouvernance à considérer et fournit une estimation des coûts des actions prioritaires ainsi qu’une stratégie de mobilisation de ressources pour la mise en œuvre et le suivi-évaluation de ces actions. Ce PNA est constitué de 340 actions d’adaptation à l’échelle nationale incluant 21 actions considérées comme hautement prioritaires. Ces dernières portent surtout sur l’agriculture climato-intelligente, les infrastructures d’irrigation, la gestion intégrée des ressources en eau, la reforestation et l’agroforesterie, l’aménagement des bassins versants, le renforcement des capacités et la prévention de maladies. Un montant total estimé à 980 millions $ USD mobilisable à travers divers canaux de financement nationaux et internationaux sera nécessaire à la mise en œuvre des 21 actions hautement prioritaires de ce PNA. Afin de prendre en compte les vulnérabilités nouvelles et émergentes, le PNA sera actualisé sur une base régulière selon la feuille de route présentée dans ce document. Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) PAGE 14 CREDIT : PNUD Haïti EXECUTIVE SUMMARY The Republic of Haiti is a country vulnerable to climate change. In recent years, changing climatic conditions characterized by high temperatures, erratic rainfall patterns, drought and rising sea levels have had significant negative impacts on agriculture and food security, water resources, marine and coastal ecosystems, energy, health, infrastructure and tourism, to name a few sectors. Extreme weather events, such as tropical storms and major hurricanes, are frequently recorded, on average 2,1 and 0,8 per year respectively passing within 500 km of Haiti. These weather events result in damages and losses representing alarming proportions of the national GDP (more than 20%), thus setting back years of scarce socio-economic progress. These adverse climatic conditions and their impacts observed in recent years are expected to increase based on further global warming. The Government of Haiti (GoH) understands the urgent need to find solutions. In response, the GoH developed in the last 2 decades several policy documents and implemented climate change adaptation actions in several regions of the country. Nevertheless, the impacts of these actions on improving the country’s overall climate resilience remain intangible on a significant scale. To overcome the lack of tangible, large-scale results, the GoH developed this National Adaptation Plan (NAP), which focuses on necessary medium- and long-term actions without ignoring urgent short-term initiatives. This plan also creates an enabling environment for the integration of climate change issues into all national development planning processes and systems. Resulting from an inclusive and participatory process, the NAP covers the nine-year period from PAGE 15 Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) 2022-2030, and includes the sectors of agriculture, health, infrastructure and water resources, chosen for their socio-economic importance and their vulnerability to climate risks. The NAP is anchored by the vision of “ A country increasingly resilient to climate change where the strengthening of adaptive capacities of all municipalities and adaptation taken in its multiple dimensions and informed by robust data are central to the processes of planning and materializing sustainable national development.” In line with national sectorial policies, the NAP includes adaptation actions envisaged, governance processes to be considered, an estimate of the costs of priority actions, and a strategy for mobilizing resources for implementation and monitoring-evaluation. The NAP is comprised of 340 actions, including 21 actions with the highest priority. These highest priority actions focus on climate-smart agriculture, irrigation infrastructure, integrated water resource management, reforestation and agroforestry, watershed management, capacity-building, and disease prevention. An estimated budget of $980 million USD, which can be mobilized through several national and international funding channels, is required for the implementation of these 21 highest priority actions. In order to take into account new and emerging vulnerabilities, the NAP will be updated on a regular basis according to a roadmap presented in this document. Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) PAGE 16 LISTE DES ABRÉVIATIONS AMCC+ Alliance mondiale contre le changement climatique ASEC Assemblée de la section communale BID Banque inter-américaine de développement CASEC Conseil d’administration de la section communale CCNUCC Convention-cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques CDN Contribution Déterminée au Niveau National CIA Central Intelligence Agency CIAT Comité interministériel d’aménagement du territoire CMEMS Copernicus Marine Environment Monitoring Service CNCC Comité national sur les changements climatiques CRED Centre for Research on the Epidemiology of Disaster CU Climate Research Unit DINEPA Direction nationale de l’eau potable et de l’assainissement FPMA Fonds pour les pays les moins avancés FVC Fonds vert pour le climat GES Gaz-à-effet de serre GDP Gross Domestic Product GIEC Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat GoH Government of Haiti IHSI Institut haïtien de statistique et d’informatique IPCC Inter-governmental Panel on Climate Change ISO International Organization for Standardization IUCN International Union for Conservation of Nature MARNDR Ministère de l’agriculture des ressources naturelles et du développement rural MDE Ministère de l’environnement MEF Ministère de l’économie et des finances NAP National Adaptation Plan NOAA National Oceanic and Atmospheric Administration ODD Objectifs de développement durable OMM Organisation météorologique mondiale PANA Plan d’action national pour l’adaptation PNA Plan national d’adaptation PNCC Politique nationale de lutte contre les changements climatiques PAGE 17 Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) PNRGD Plan national de gestion des risques de désastres PNUD Programme des Nations Unies pour le développement PSRC Programme stratégique de résilience climatique PPCR Pilot Program for Climate Resilience PSDH Plan stratégique de développement d’Haïti PTF Partenaire technique et financier RCP Representative Concentration Pathway SNAT Schéma national d’aménagement du territoire SPCR Strategic Program for Climate Resilience UNFCCC United Nations Framework Convention on Climate Change USAID United States Agency for International Development Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) PAGE 18 CREDIT : MINUSTAH INTRODUCTION PAGE 19 Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) Avec l’augmentation de la concentration atmosphérique en gaz-à-effet de serre (GES) imputable aux activités humaines, notamment la déforestation et l’utilisation abusive des combustibles fossiles, la planète se trouve confrontée à une nouvelle source de pression, un nouveau défi portant préjudices à tous les systèmes socio-écologiques. Les rapports successifs du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) sont sans équivoque à ce sujet. En effet, ils ont présenté plusieurs évidences de la tendance au réchauffement planétaire, de la fonte des glaciers, de la variation des régimes de précipitation, de l’augmentation de la fréquence ou de l’intensité d’événements extrêmes et de la hausse du niveau marin au cours des dernières décennies et ont également démontré avec des niveaux de confiance assez élevés l’influence des activités humaines dans ces déséquilibres climatiques (Hoegh-Guldberg et al., 2018; IPCC, 2019; IPCC, 2013, IPCC 2021). Par ailleurs, ils ont mis en exergue les incidences négatives que les variations climatiques susmentionnées provoquent dans les secteurs socio-économiques de grande importance des pays développés et en développement, notamment les pays les moins avancés (PMA) (Olsson et al., 2019; IPCC, 2014). La situation est particulièrement critique pour ces derniers qui, malgré leur faible contribution au phénomène des changements climatiques, se trouvent parmi les plus touchés du fait qu’ils accusent généralement une faible capacité de réponse. Indépendamment des scénarios d’émission de GES considérés, tous les modèles climatiques anticipent une augmentation de la température globale au cours des prochaines décennies tout au moins. Le 6ème rapport d’évaluation du groupe de travail # 1 du GIEC projette une augmentation de température plus rapide que prévue; celle-ci devrait atteindre voire dépasser le seuil critique de 1.5°C au cours de la décennie 2030-2040 si des mesures urgentes et drastiques de réduction des émissions de GES ne sont pas mises en œuvre (IPCC, 2021). Une telle augmentation de température viendrait aggraver les conséquences désastreuses pour le développement socio-économique de tous les pays, plus particulièrement celui des petits États insulaires comme Haïti dont les économies sont largement dépendantes et sensibles au climat (Hoegh-Guldberg et al., 2018). À la lumière de différentes évaluations scientifiques, les pays parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) ont reconnu, à travers le cadre de l’adaptation de Cancun et la Décision 5/CP.17 adoptée lors de la COP17 à Durban en Afrique du Sud renforcés par l’Accord de Paris, l’impérieuse nécessité d’élaborer et de mettre en œuvre des plans nationaux d’adaptation (PNA). Ceux-ci permettraient notamment d’aborder les enjeux liés à l’adaptation dans un contexte plus stratégique et plus intégré de développement durable en basant les processus décisionnels sur des données robustes issues d’exercices d’évaluation de risques et de vulnérabilités et en intégrant systématiquement les risques liés aux changements climatiques dans les systèmes de planification du développement. Ainsi, deux principaux objectifs sont poursuivis à travers les PNA : i) « Réduire la vulnérabilité aux incidences des changements climatiques en renforçant la capacité d’adaptation, la réduction des risques de catastrophes et la résilience, et Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) PAGE 20 ii) intégrer de manière cohérente l’adaptation aux changements climatiques dans les politiques, les programmes et les travaux pertinents, nouveaux ou en cours, en particulier les processus et les stratégies de planification du développement durable, dans tous les secteurs concernés et à différents niveaux, selon qu’il convient.» (UNFCCC, 2020). C’est dans ce contexte que la République d’Haïti a jugé opportun d’élaborer ce premier PNA. Celui ci se veut être un cadre général à moyen et long termes pour les efforts nationaux d’adaptation aux changements climatiques dans un contexte d’autres sources de pression socio-économiques dans les secteurs de l’agriculture, de la santé, des infrastructures et des ressources en eau retenus pour leur importance socio-économique et leur grande vulnérabilité aux conditions climatiques adverses. L’accent mis sur ces secteurs dans ce PNA n’exclut pas pour autant leur interdépendance et les relations avec les autres systèmes socio-écologiques importants pour le pays. Ce PNA précise pour les neuf années à venir, un ensemble d’actions d’adaptation à mettre en œuvre et servira de référence aux éventuels plans d’adaptation départementaux ou communaux et sectoriels aux changements climatiques. De plus, il décrit les stratégies à privilégier pour adresser les différentes priorités d’adaptation, d’analyse et de gestion des risques et formule des recommandations sur le cadre de suivi-évaluation susceptible d’alimenter le rapportage sous le cadre de transparence renforcé établi par l’Accord de Paris. Ce PNA est constitué de 9 chapitres structurés comme suit : • Le premier chapitre présente les circonstances nationales, notamment les caractéristiques socio économiques et environnementales du pays ; • Le deuxième chapitre synthétise les évaluations d’impacts, de vulnérabilités et de risques liés aux changements climatiques notamment dans les quatre (4) secteurs retenus; • Le troisième chapitre dresse les arrangements institutionnels ainsi que le cadre légal pour l’adaptation; • Le quatrième chapitre décrit le processus d’élaboration du PNA, y compris la méthodologie utilisée pour identifier et hiérarchiser les options d’adaptation; • Le cinquième chapitre porte sur les principes directeurs, la vision et les objectifs du PNA; • Le sixième chapitre indique et analyse les priorités d’adaptation; • Le septième chapitre présente les stratégies de mise en œuvre envisagées pour le PNA, y compris la mobilisation des moyens financiers; • Le huitième chapitre fait état du cadre de suivi-évaluation et de rapportage sur la mise en œuvre du PNA ainsi que les informations relatives au processus de sa révision; • Le neuvième chapitre propose une séquence pour la mise à jour du PNA. PAGE 21 Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) CREDIT : RUVENS BOYER I. CIRCONSTANCES NATIONALES ET PROJECTIONS Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) PAGE 22 Afin de mieux cerner la portée de ce PNA, notamment les actions à mettre en œuvre, ce chapitre fournit un aperçu ciblé des principales caractéristiques biophysiques et socio économiques de la République d’Haïti. Il met surtout l’accent sur les informations ayant une certaine pertinence pour le processus d’adaptation. Pour de plus amples détails sur les différents sujets couverts, il est recommandé de consulter les principaux documents élaborés par les institutions nationales et internationales de référence. 1.1 GÉOGRAPHIE ET POPULATION D’une superficie de 27,750 km², d’un littoral long de plus de 1700 km et occupant le tiers occidental de l’île d’Hispaniola, la République d’Haïti est située, comme indiqué à la Figure 1, en plein milieu du bassin caribéen et à moins de 2 heures à vol d’oiseau des côtes floridiennes des États-Unis d’Amérique. Figure 1 Carte de localisation de la République d’Haïti PAGE 23 Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) La République d’Haïti est peuplée d’environ 11 millions d’âmes et affiche un taux de croissance de 1.81%. De façon générale, les femmes constituent environ 51.4% de cette population contre 48.6% d’hommes, soit un ratio de masculinité de 95 hommes pour 100 femmes (IHSI, 2020 ; IHSI, 2014). La sous-représentation des hommes serait plus marquée en milieu urbain où l’on aurait 85 hommes pour 100 femmes. Plus de 40% de la population haïtienne est âgé de moins de 18 ans (IHSI, 2020). La majeure partie de cette population vit actuellement en milieu urbain. En effet, la population urbaine du pays n’a cessé de croître avec le temps. Dans l’espace d’une décennie, soit de 2000 à 2010, elle est passée d’un peu plus de 3 millions à plus de 6 millions (World Statistic Data, 2020). Si cette tendance se maintient, la population urbaine d’Haïti devrait presqu’atteindre sa population actuelle de 11 millions d’ici 2050 (Worldometer, 2022). Bien que la densité de population du pays soit estimée à 403 habitants par km² en 2018 (World Bank, 2020), il n’en reste pas moins vrai que la majeure partie de la population est concentrée dans la Capitale du pays, Port-au-Prince, et ses bidonvilles qui comptent plus de 2,5 millions d’habitants et dans certains grands centres urbains côtiers comme le Cap-Haïtien, les Cayes et les Gonaïves. D’ici 2030 et 2050, cette densité passerait respectivement à 462 habitants/km² et 540 habitants/ km² (Worldometer, 2022). Sur le plan administratif, Haïti, dont la frontière avec la République Dominicaine s’évalue à 386 km, est constituée de 10 départements, 41 arrondissements, 146 communes et 571 sections communales (voir Figure 2). Figure 2 Carte des divisions administratives de la République d’Haïti (PNUD, 2022) Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) PAGE 24 1.2 CLIMAT PASSÉ ET ALÉAS NATURELS D’ORIGINE CLIMATIQUE Généralement, Haïti jouit d’un climat tropical chaud et humide. Les moyennes mensuelles maximales et minimales pour le pays sont respectivement de 29,10C et 18,50C. Quant aux précipitations, la moyenne annuelle est de 1545 mm. Les mois les plus chauds sont généralement juin, juillet et août et on distingue deux saisons de pluies, la première entre mars et mai et la seconde entre août et octobre. Toutefois, les caractéristiques morphologiques du pays lui confèrent plusieurs microclimats avec des régimes de température et de pluie très hétérogènes. Dans des zones de haute altitude, les températures minimales moyennes peuvent être de 16,60C comme à Seguin et les pluies annuelles moyennes de 2318 mm comme à Vallières, tandis que dans les zones de plaine ou de plateau, les températures maximales moyennes dépassent les 330C comme aux Gonaïves et à Mirebalais et les pluies moyennes annuelles enregistrées sont inférieures à 483 mm comme à Jean Rabel (MDE, 2011). Les cartes ci-dessous (Kénel Délusca, communication personnelle, 2022), réalisées à partir de Worldclim, une base de données climatiques mondiales à haute résolution spatiale, indiquent pour une résolution spatiale d’environ 1 km², les variations spatiales des températures en degré Celsius, des précipitations moyennes mensuelles en millimètre (mm) et des indicateurs basés sur les données historiques réanalysées pour la période 1971-2000 (Fick et Hijmans, 2017). L’analyse de la carte de température moyenne annuelle (Figure 3) indique clairement la présence de microclimats, principalement dans une bonne partie du Sud-est ainsi que dans une portion des départements du Sud et de la Grande-Anse. À un moindre degré, ces microclimats sont également présents dans les départements du Nord, Nord-Est et du Centre. Ces zones sont généralement le lieu de températures moyennes mensuelles relativement faibles et très différentes par rapport au reste du pays. PAGE 25 Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) Figure 3 Carte de la température moyenne annuelle (°C) de la République d’Haïti, 2022 (source : base de données Worldclim 1971-2000) Par ailleurs, la carte des pluies moyennes annuelles (Figure 4) révèle également les grandes variations spatiales à l’échelle du pays. En effet, l’abondance des pluies dans les départements du Sud et de la Grande-Anse est évidente et est très contrastante par rapport aux pluies enregistrées dans les départements du Nord-Ouest, du Nord-Est, et dans une moindre mesure dans quelques endroits des départements de l’Artibonite et du Sud-est. Dans plusieurs endroits des départements du Sud et de la Grande-Anse, les précipitations moyennes annuelles dépassent les 2500 mm et se rapprochent des 3000 mm. Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) PAGE 26 Figure 4 Carte des précipitations moyennes annuelles (en mm) de la République d’Haïti, 2022 (source : base de données Worldclim 1971-2000) La Figure 5 ci-dessous présente, pour la période 1970-2000, une carte d’indice de saisonnalité des pluies (sans dimension) pour l’ensemble du territoire haïtien. Ce paramètre est lié à la distribution mensuelle des précipitations et renseigne sur la distribution temporelle des précipitations et par conséquent sur les risques de sécheresse. Plus la valeur de l’indice est élevée, plus grandes sont la variabilité et le manque de ressources en eau au cours de l’année et plus exposées à la désertification sont les zones concernées. Une faible valeur de cet indice (inférieur à 0.19) renvoie à une distribution temporelle régulière des précipitations, donc moins d’exposition à la sécheresse. Une bonne partie des départements de l’Artibonite, du Centre, du Sud-est et la côte ouest du département du Nord-Ouest sont le lieu de saisons de pluies séparées par une longue période de sécheresse. Cette situation est moins marquée dans les autres régions du pays qui ont un indice de saisonnalité de pluie moins élevé. En effet, quelques zones des départements du Nord, la partie septentrionale du département du Nord-Ouest, de la Grande-Anse, du Sud et des Nippes enregistrent des pluies mieux réparties dans le temps. PAGE 27 Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) Figure 5 Carte d’indice de saisonnalité des pluies (sans dimension) de la République d’Haïti 2022 (source : base de données Worldclim 1971-2000) La situation des extrêmes de température et de précipitations enregistrées dans le pays est présentée ci-dessous à la Figure 6. La partie (a) indique la distribution spatiale des températures maximales au cours du mois le plus chaud, tandis que la (b) met en relief la répartition spatiale des pluies accumulées au cours du mois le plus sec (entre décembre et février). Des températures maximales dépassant les 35°C ont été enregistrés dans plusieurs départements du pays, notamment certaines parties du Grand Nord, le Centre, la pointe sud du département du Sud, notamment l’Île-à-Vache, la portion nord-ouest du département de l’Artibonite et une partie de la portion orientale du département de l’Ouest. En ce qui a trait aux déficits extrêmes de pluie, à l’exception d’une petite partie du département du Nord et une bonne partie des départements du Sud et de la Grande-Anse, les autres départements du pays font face à des déficits énormes de précipitation au cours du mois le plus sec pour le pays. En effet, certaines zones ne reçoivent que quelques 20 mm de pluie pendant ledit mois. Figure 6 Carte de la température maximale (en °C) du mois le plus chaud (a) et de précipitation du mois le plus sec (en mm) (b) 2022 (source : base de données Worldclim 1971-2000) Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) PAGE 28 Par ailleurs, une analyse des séries de données climatiques issues de la base de données du Climate Research Unit (CRU) version 4.01 (Harris et al., 2020) pour les villes Cap-Haïtien et Port-au-Prince1 révèle une nette tendance à l’augmentation des températures moyennes et une situation mixte pour les précipitations par rapport aux normales de la période 1970-2000. Par rapport à cette dernière, les augmentations de température au cours des deux dernières décennies avoisinent la barre de 1°C, proche du seuil de 1.5°C évoqué dans l’Accord de Paris (Kénel Délusca, communication personnelle, 2022). Entre 1996 et 2016, à l’exception des années 2008 et 2011, les températures moyennes étaient supérieures aux normales de 1970-2000 pour les deux villes. En 2015, cette anomalie de température était de 1,04°C pour la ville du Cap-Haïtien et de 1°C pour Port-au-Prince. En ce qui concerne les précipitations annuelles, aucun signal clair n’a été détecté (Kénel Délusca, communication personnelle, 2022). Sur les décennies 1996-2006 et 2006-2016, pour la ville du Cap-Haïtien, 4 années sur 10 accusaient des précipitations annuelles en-dessous des normales de 1970-2000. Les précipitations annuelles supérieures aux normales ont été également constatées, en moyenne 6 années sur 10 au cours des deux (2) décennies susmentionnées pour la ville du Cap Haïtien. Les années 2003, 2007 et 2016 ont été particulièrement pluvieuses au Cap-Haïtien, avec des anomalies supérieures à 1000 mm. Dans le cas de Port-au-Prince, au cours des deux décennies (1996-2006 et 2006-2016), 6 années sur 10 accusaient des précipitations inférieures aux normales de 1970-2000. Les années 2007 et 2016 étaient également parmi les plus pluvieuses. Pour les deux villes, les plus fortes baisses dépassant les 900 mm ont été enregistrées au cours de l’année 1999. D’autres analyses sont nécessaires afin d’apprécier la signification statistique des anomalies constatées au niveau des températures. 1 Les informations similaires pour d’autres villes et zones du pays peuvent être également fournies sur demande. PAGE 29 Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) Figure 7 Anomalies de température moyenne annuelle et de précipitation annuelle par rapport à la période 1970-2000 pour Cap-Haïtien (a) et Port-au-Prince (b) (Kénel Délusca, communication personnelle, 2022) La question de la hausse du niveau marin revêt une grande importance dans le processus de planification de l’adaptation dans un pays insulaire comme Haïti. Généralement, les données marégraphiques font défaut en Haïti. Les séries de données existantes sont relativement courtes, par conséquent leur interprétation et les conclusions associées doivent être effectuées avec prudence. Selon les données altimétriques fournies par le « Copernicus Marine Environment Monitoring Service (CMEMS)» de l’Union européenne, le taux moyen de hausse du niveau marin pour Haïti est estimé à 30,13 mm (+-6,5) par décade (Karnauskas, 2022). La Figure 8 ci-dessous présente une carte de tendance de hausse du niveau marin dans les environs d’Haïti, une série temporelle de hausse du niveau moyen autour d’Haïti et un histogramme des tendances de hausse du niveau marin pour chacun des pixels (0,25° x 0,25°) autour du pays (Ibid. 2022). Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) PAGE 30 Figure 8 Carte de hausse du niveau marin, série temporelle de hausse du niveau marin et tendances pour les différents pixels autour d’Haïti (Karnauskas, 2022) De par sa position dans le bassin caribéen, Haïti se trouve sur la trajectoire privilégiée des cyclones tropicaux. La carte présentée à la Figure 9 indique, selon les données de la NOAA HURDAT2 pour la période 1981-2020, les tempêtes tropicales et ouragans majeurs enregistrés dans un rayon de 500 km de la République d’Haïti. Si l’on considère la période susmentionnée, le pays est frappé, en moyenne, par 2,1 tempêtes tropicales et 0,8 ouragan majeur par année (Karnauskas, 2022), provoquant ainsi des dégâts matériels et des pertes en vies humaines assez importants (CIAT, 2012). Ces situations contribuent généralement à accentuer le processus de paupérisation d’une majorité de la population avec ses principaux corollaires sociaux négatifs pour le pays. Matthew, le dernier ouragan majeur de catégorie 4 à avoir frappé Haïti, notamment le grand Sud du pays au cours de la journée du 4 octobre 2016, a causé la mort de 546 personnes et provoqué des dégâts matériels considérables estimés à 1,9 milliards de dollar américain, soit 22% du PIB national (MEF, 2016). Il fut l’un des plus grands cyclones à avoir frappé Haïti depuis l’ouragan Cleo en 1964 et le troisième depuis le début de la collecte des données sur lesdits systèmes (Rice, 2016). Figure 9 Trajectoire historique des tempêtes tropicales et ouragans majeurs dans un rayon de 500 km d’Haïti au cours de la période 1981-2020 (Karnauskas, 2022) PAGE 31 Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) Les pluies torrentielles ainsi que les marées de tempête accompagnant ces systèmes météorologiques extrêmes provoquent généralement des inondations, notamment dans les zones situées en aval des bassins hydrographiques dégradés du pays. La Figure 10 présente les principales inondations enregistrées au cours de la période 1980-2020 ainsi que le nombre de personnes affectées. Figure 10 Inondations enregistrées en Haïti de 1980-2020 (World Bank, 2019) Avec la dégradation du milieu biophysique haïtien, des épisodes de pluie normaux provoquent des inondations de plus en plus fréquentes dans les grands centres urbains du pays, notamment Port-au-Prince, Cap-Haïtien, Cayes et Gonaïves. À l’intérieur de ces villes, la fréquence des inondations est encore plus prononcée dans les zones marginales, particulièrement les bidonvilles où les infrastructures de drainage sont tout simplement inexistantes. La fréquence des épisodes d’inondation tend à être plus prononcée depuis l’année 2000. Par ailleurs, bien qu’on en parle moins, le pays est également frappé par des épisodes climatiques extrêmes à action lente comme la sécheresse. De 1968 à 2016, le pays a connu neuf (9) épisodes significatifs de sécheresse provoquant des pénuries alimentaires et d’eau ainsi que des pertes d’animaux (CRED, 2020). Le tableau ci-dessous présente la liste desdits épisodes ayant été enregistrés dans certaines régions du pays au cours de la période susmentionnée. La région la plus frappée par ce type d’aléa naturel reste le département du Nord-Ouest. D’autres épisodes de sécheresse récents moins documentés et plus circonscrits ont été également enregistrés dans le pays. Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) PAGE 32 CREDIT : YVIO GEORGES Tableau 1 Épisodes de sécheresse dans le pays de 1968 à 2016 Année Département Catastrophe associée Dommages (millier de US $) 1968 Nord-ouest Non spécifiée 13,60545 1974 Nord-ouest Non spécifiée 19,28687 1977 Tout le pays Pénurie alimentaire 23,70685 1980 Sud-ouest Pénurie d’eau 32,23389 1992 Non spécifié Pénurie alimentaire 54,88464 1993 Artibonite Perte de récolte 56,50465 2003 Nord-ouest Pénurie alimentaire 71,95501 2014 Sud Pénurie alimentaire 92,59898 2016 Grande-Anse Pénurie alimentaire 93,87844 PAGE 33 Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) 1.3 RISQUES NATURELS DE NATURE GÉOLOGIQUE Outre les risques naturels d’ordre climatique, Haïti fait également face aux risques d’ordre géodynamique externe, notamment les séismes et les mouvements de terrain. Sa position géographique la place dans une zone tectonique très active située à la limite de deux plaques, en l’occurrence la plaque tectonique caribéenne et la plaque tectonique nord-américaine. Les déplacements de ces deux plaques se traduisent par des phénomènes sismiques localisés principalement dans les deux zones de failles actives majeures dont le système de faille Septentrional et celui d’Enriquillo, comme indiqué à la Figure 11 ci-dessous. Le pays a déjà connu plusieurs tremblements de terre majeurs, les plus récents sont les séismes dévastateurs et meurtriers de janvier 2010 et d’août 2021 qui ont causé des dégâts matériels incommensurables et coûté la vie à plusieurs milliers de personnes notamment à Port-au-Prince et dans le grand Sud du pays, plus précisément dans la ville des Cayes. Figure 11 Principales failles de la République d’Haïti (PNUD, 2022) Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) PAGE 34 1.4 MILIEU BIOPHYSIQUE Le milieu biophysique haïtien est souvent caractérisé par son processus de dégradation continu. Rares sont les indicateurs environnementaux qui ont connu une certaine amélioration au cours des dernières années. En effet, le couvert forestier national est parmi les plus faibles de la région (entre 4% et 32% selon les sources, Churches et al., 2014) et le processus de déboisement ne fait qu’accélérer, favorisant ainsi une accélération du processus d’érosion hydrique des sols dont le rythme dépasse celui de la formation des sols (Délusca, 1998). Sur les 33 grands bassins versants du pays, plus de 25 se trouvent dans un état de dégradation alarmant (Swartley et Toussaint, 2006; MARNDR, 2016). La diversité biologique et les ressources en eau subissent les conséquences négatives de la dégradation des sols et des forêts. En effet, des évidences paléontologiques ont révélé qu’une grande partie de la diversité des mammifères du pays principalement représentés par des espèce de musaraignes, de singes et de rongeurs a été anéantie (Woods and Ottenwader, 1992). Plus d’une centaine de taxa représentant 31 familles de plantes sont en voie de disparition (IUCN, 2020). CREDIT : PNUD Haïti 1.5 CONTEXTE ÉCONOMIQUE Basée sur la libre circulation des biens, l’économie d’Haïti est surtout caractérisée par une main d’œuvre bon marché et peu qualifiée, une croissance relativement faible, le revenu per capita le plus faible de la région, un niveau de chômage élevé de plus de 40% et un taux d’extrême pauvreté pour plus de 60% de population (CIA, 2020). Après une augmentation de près de deux chiffres en 1995, la croissance économique du pays s’est contractée de près de 1% en 2019. Selon des estimations effectuées en 2017 (Ibid.), le secteur des services constitue le principal moteur PAGE 35 Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNA) économique du pays avec une contribution de 58% au PIB national, suivi de l’agriculture avec 22% et de l’industrie avec 20%. Bien que l’agriculture continue à fournir de l’emploi à près de 29% de la population haïtienne (World Bank, 2020), son poids économique ne cesse de diminuer avec le temps. Son déclin s’explique notamment par des politiques agricoles qui n’arrivent pas à adresser de façon appropriée les questions liées au foncier, au crédit agricole, aux mesures douanières, à l’accès à l’information, à l’adoption de technologies et pratiques modernes et aux conditions climatiques défavorables, y compris les ouragans et les épisodes de sécheresse. Pour combler le vide laissé par le déclin du secteur agricole, l’État haïtien entend favoriser la relance de secteurs clés comme le tourisme. Florissant jusqu’à la fin des années 1980, le secteur touristique haïtien peine à renaître en dépit des patrimoines culturel, historique et naturel attrayant du pays. Depuis au moins les dix dernières années, Haïti, à cause d’une instabilité politique récurrente et de dégâts issus d’aléas naturels, accueille la plus faible quantité de touristes par année dans la région caribéenne (Ministère du Tourisme, 2011, CTO, 2014). À la suite des crises politiques des années 2018 et 2019, ce secteur a connu une vraie descente aux enfers qui s’est aggravée avec la situation économique désastreuse causée par la nouvelle pandémie du coronavirus. De façon générale, le manque d’infrastructures et surtout l’instabilité socio-politique constante du pays sont les principaux facteurs qui entravent la relance du secteur touristique haïtien. En ce sens, l’État doit consentir d’énormes efforts s’il veut remettre le pays sur la carte des destinations touristiques de la région caribéenne. 1.6 CHANGEMENTS CLIMATIQUES PROJETÉS Les variabilités spatio-temporelles du régime climatique, la fréquence et l’intensité des conditions climatiques défavorables sont appelées à s’accentuer avec les changements climatiques d’origine anthropique. En effet, par rapport à la période de référence 1995-2014, il est anticipé, pour la période 2020-2039 (un avenir proche correspondant à la portée temporelle de ce PNA), une hausse de la température moyenne variant entre 0,7ºC et près de 1ºC (World Bank, 2019). D’ici 2050, la hausse de la température moyenne du pays, par rapport à la période 1986-2005, pourrait dépasser les 2ºC de la température moyenne du pays (USAID, 2017). Sur un horizon temporel plus lointain (2090-2100), cette augmentation pourrait atteindre les 4,7 ºC. Toutefois, elle ne sera pas homogène. Les régions situées au centre et un peu à l’est enregistreront une augmentation plus prononcée comparativement à celles situées à proximité des côtes (PNUD, 2014). Cette augmentation de température se traduira également par une augmentation du nombre de jours et de nuits chauds. La fréquence des jours et nuits chauds augmentera de 100% d’ici 2060 (PNUD, 2014). Contrairement aux températures, il est difficile de dégager une tendance gén