Régénération caféière en Haïti : le dispositif de crédit et de conseil KOREJADEN (fiche « Les expériences innovantes d'AVSF », 2017): texte intégral
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© AVSF - Florian Coat
RAXIS
les expériences
Pays
Haïti
Titre du projet
KOREJADEN - Renforcement
des capacités pour la
relance de la caféiculture à
Thiotte et Baptiste
Bénéficiaires directs
200 caféiculteurs, membres
des coopératives COOPCAB
et UCOCAB
Partenaires locaux
Union des Coopératives
Caféières de Baptiste
(UCOCAB), Coopération de
Coopératives des Planteurs
de Café de l’Arrondissement
de Belle Anse (COOPCAB),
ISA Université de la
République Dominicaine et
INCAH (Institut National de la
Caféiculture en Haïti)
Période
2015 - 2017
Régénération
caféière en Haïti
Coût total
Principaux bailleurs
AFD, Plan Sierra (ONG
République Dominicaine)
Développer un outil financier innovant, adapté
aux producteurs haïtiens, pour la régénération
des jardins caféiers
Le café est stratégique pour Haïti
En Haïti, le café est stratégique depuis le 18ème siècle.
Jusqu’aux années 80, cette filière a pourtant fait l’objet d’un
traitement de type "minier" : les paysans haïtiens ont fait historiquement l’objet de prélèvements majeurs et d’une extorsion permanente de la valeur ajoutée produite, de la part de
l’Etat pour financer son fonctionnement, et d’exportateurs
en position monopolistique. La filière n’a que peu bénéficié
des politiques publiques d’investissement et de développement agricole.
La caféiculture haïtienne demeure cependant la base d’un
véritable système agroforestier dans les zones de montagne.
Dans le contexte de crise écologique, économique et
sociale que traverse le pays, elle contribue à l’équilibre écologique des bassins versants, au maintien de petites exploitations agricoles familiales et à leur sécurité alimentaire. Le
café d’Haïti est actuellement produit par plus de 200 000
familles, reparties dans neuf des dix départements du pays.
Les principaux bassins de production sont Thiotte, Baptiste,
Beaumont, Dondon, Mont Organisé et Carice.
Depuis vingt ans, la filière est en déclin. Les raisons en sont
multiples. Un climat de plus en plus contrasté alternant
1
sècheresses prolongées et pluies intenses, l’augmentation
de la pression des bio-agresseurs (rouille, scolyte…), enfin
le vieillissement des plantations affectent la production. La
baisse des cours sur le marché mondial a entrainé le retrait
de la plupart des grands exportateurs traditionnels.
La filière café dispose pourtant d’un atout majeur par rapport aux autres filières agricoles : la structuration de son
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450 000 euros
Pour que les Hommes vivent de la Terre durablement
les expériences
tissu social à travers tout le pays. Citons les coopératives
de producteurs, les réseaux de coopératives, la Plateforme nationale des producteurs et l’Institut National du
Café (INCAH).
Une urgence pour la relance de la
filière : la régénération des jardins
caféiers
Malgré les faiblesses propres à ces entités de la filière café,
plusieurs grands projets nationaux ont été formulés avec
l’appui technique et financier des bailleurs internationaux
(AFD, BID, USAID, JICA…) pour lever, avec ces acteurs, les
contraintes ci-dessus mentionnées1, améliorer la qualité
du produit et aider Haïti à retrouver sa place sur la carte
caféière mondiale. Or, force est constater que ces projets
n’ont eu que peu d’incidence positive sur la production
du café, les volumes exportés ne cessant de diminuer2. Les
caféiculteurs eux-mêmes soulignent que les précédents
projets engagés par l’Etat et la coopération internationale
n’ont pas suffisamment soutenu la relance de la production
de café.
Le projet KOREKAFE, mis en œuvre par AVSF de 2012 à 2014,
a tenté de répondre à cette demande. Ses objectifs étaient
d’améliorer la gestion de la filière café et les services aux producteurs des coopératives caféières haïtiennes, développer
des méthodes de transfert de technologie et de diffusion de
techniques d’intensification agroécologique du jardin créole
caféier, enfin d’améliorer la gouvernance interprofessionnelle
de la filière café. Dans le cadre de ce projet, les producteurs,
et leurs coopératives, ont fait remonter la demande à AVSF
et aux représentants des bailleurs de mettre à leur disposition
un outil d’investissement pour la régénération des jardins à
base de café, axé essentiellement sur l’augmentation de la
production.
Ainsi est venue l’idée de créer le dispositif "KOREJADEN",
dont l’objet principal est d’investir dans la régénération des
anciennes plantations caféières, en vue d’augmenter la production.
KOREJADEN : un outil
d’investissement ...
➜ Prêt accordé sur une période de 5 ans.
➜ Le projet verse le montant des prêts aux différents réseaux
de coopératives, sous forme de subvention.
➜ Les réseaux accordent ensuite les prêts aux producteurs
par l’entremise des coopératives.
➜ Les producteurs sont sélectionnés sur la base de la fidélité
à leur coopérative ainsi que sur d’autres critères relatifs à
leurs compétences techniques et de gestion.
➜ Ces producteurs, en plus de s’engager à rembourser le
crédit sur une base contractuelle auprès des coopératives et des réseaux, s’engagent à suivre une formation
technique, prendre en compte les recommandations des
techniciens des réseaux et fournir leurs données technicoéconomiques (pour la compilation et l’analyse des données, grâce à un cahier technique qui leur est fourni).
➜ Montant moyen du crédit : 1.500 US$ - Superficie moyenne
régénérée : 0.7 hectare
Korejaden a touché, à partir de 2013, environ 200 caféiculteurs de trois réseaux : UCOCAB, COOPCAB et APKAB. Le
suivi a porté essentiellement sur la gestion du crédit, notamment sur la capacité des réseaux de coopératives à porter
une telle initiative et la motivation des caféiculteurs.
Ayant constaté l’intérêt des caféiculteurs pour le dispositif,
AVSF a décidé, de concert avec les réseaux, de répéter
l’expérience pour tester la robustesse de cette innovation,
en mettant en place le projet "Korejaden 2" sous le nom de
"Renforcement des capacités pour la relance de la caféiculture en Haïti" (2015-2017).
Réalisé en collaboration avec deux partenaires de République Dominicaine, l’Université ISA et l’ONG Plan Sierra, et
avec le soutien financier de l’AFD, il s’agissait en 18 mois de
continuer de tester ce système d’investissement, en portant
l’effort sur la formation des cadres qui opèrent dans la filière
et l’établissement d’un système d’échange entre les caféiculteurs (sur les méthodes de sélection de semences de
qualité, la mise en place de pépinières communautaires, la
gestion de la fertilité et des bio-agresseurs).
Un système de crédit a ainsi été mis en place selon les modalités suivantes :
KOREJADEN 2 : un dispositif
financier devenu aussi un outil de
conseil technique
1 Comme les projets PACHA ou KOREKAFE (2012-2014, projet mis en œuvre par
AVSF financé par l’AFD et la BID)
2 Les exportations formelles (hors exportation informelle via la frontière dominicaine) sont passées de plus de 400.000 sacs en 1984 à moins de 30.000 sacs
aujourd’hui.
Pour atteindre l’objectif principal du projet - régénérer
133 ha de café - et pour cela, renforcer ce mécanisme de
financement propre à la filière, les deux réseaux partenaires
(UCOCAB et COOPCAB) ont sélectionné 200 caféiculteurs,
2
Régénération caféière en Haïti
© AVSF - Jean Denis Sardou
les expériences
dont certains déjà bénéficiaires de la 1ère phase de ce projet expérimental. Korejaden 2 a ajouté à l’outil financier une
unité d’appui-conseil aux producteurs.
ailleurs aux réseaux, son appui dans le montage de la formation, la conception des outils de gestion du crédit, de suivi et
d’accompagnement des producteurs.
Pour la régénération des anciennes plantations caféières et
pour l’établissement de nouvelles plantations, KOREJADEN
agit maintenant avec deux bras : un "bras financier" avec
des fonds de crédit directement gérés par les réseaux des
coopératives et un "bras technique" : le Service Conseil.
Le dispositif KOREJADEN travaille sur la base d’un calendrier
d’intervention auprès des producteurs, adapté à l’altitude à
laquelle ils se trouvent et produisent. Un contrat, rédigé en
créole, lie le producteur, la coopérative et son réseau. KOREJADEN s’est également doté de matériels achetés et utilisés
en commun par les producteurs au sein d’un "Comité pour
l’utilisation commune des outils liés à la régénération" (analogue aux CUMA françaises). Enfin, un outil important est le
"cahier producteur", qui permet de faire le suivi des activités
et de mesurer la performance agronomique et économique
des parcelles dont la régénération est financée.
Créé dans les réseaux de coopératives partenaires, le Service Conseil est constitué de techniciens et d’agronomes
(formés par ISA) apportant un accompagnement de proximité aux caféiculteurs utilisant le dispositif de crédit, dans la
gestion technique et financière des jardins. AVSF apporte par
3
Régénération caféière en Haïti
les expériences
KOREJADEN : des résultats
probants
Au 30 mars 2017, plus de 133 hectares ont d’ores et déjà pu
être régénérés, ce qui a permis d’augmenter le volume de
café exportable par les coopératives.
60 000
40 000
41 000
20 000
Q. collectée
24 000
35 000
19 000
18 000
2014-2015
2015-2016
0
2012-2013
2013-2014
2016-2017
Volume de café collecté pour l’exportation sur les 5 dernières années (en nombre de marmites)
Source : UCOCAB, 2017. Avec ratio cerise/café exportable
de 1,2 livres (soit 0,54 kg) pour une marmite de cerises.
Si le nouveau dispositif KOREJADEN 2 a entraîné une légère
augmentation du coût de régénération d’un hectare de
jardin caféier - de 1000 USD antérieurement à 1300 USD
aujourd’hui -, force est de constater qu’il présente de nombreux avantages :
n réduisant le nombre d’intermédiaires et d’intervenants, ce dispositif financier et de conseil technique est
plus accessible aux producteurs et aux productrices que
d’autres dispositifs de crédit actuellement existant.
➜ Il permet plus de proximité entre chaque réseau et ses
membres, une plus grande fidélisation de ses membres et
indirectement le renforcement des réseaux existants (légitimité, service pertinent, ...).
➜ Il simplifie également les mécanismes de décaissement,
qui sont en adéquation avec le cycle cultural, avec une
meilleure compréhension et adaptation à des cas de
force majeure (sècheresse, cyclone).
➜ Enfin, le dispositif garantit que les fonds disponibles sont bel
et bien utilisés pour la production caféière.
Bien que fondamental, il ne s’agit pas là du seul résultat à
retenir de cette expérience : un modèle de crédits et de subventions spécifiques à la filière café a également été renforcé
dans les deux réseaux de coopératives. Ce mécanisme de
financement est contrôlé et géré par ces réseaux. A date,
il a permis d’investir environ 173.000 USD dans la régénération des parcelles de 200 caféiculteurs membres des coopératives. Ce mécanisme permet d’augmenter également
le fonds de roulement des coopératives pour la collecte du
café.
© AVSF - Florian Coat
Photos : parcelle non régénérée ci-dessus et ci-dessous parcelle régénérée.
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Un groupe de 200 producteurs a été formé à la gestion technique et financière des jardins créoles café régénérés. Pour
KOREJADEN 1, le taux de recouvrement de 2016 variait entre
80 à 90 % ; en 2017, il est prévu un taux de remboursement
de l’ordre de 90 %.
Régénération caféière en Haïti
les expériences
Neuf jardins ont été transformés en « jardins modèles » et font
l’objet de visites par d’autres producteurs. Ce sont des lieux
adaptés pour diffuser de nouvelles pratiques culturales telles
que la taille, le contrôle de la densité, le contrôle des bourgeons et la gestion de la fertilité entre les producteurs.
son efficacité : quand les fonds sont gérés directement par
les réseaux des coopératives et que ceux-ci s’adressent à
un nombre restreint de producteurs, ces réseaux peuvent les
suivre et les contrôler facilement et obtenir un taux de recouvrement important.
Le changement d’échelle de ce dispositif financier et sa
pérennité passeront maintenant par l’intégration d’institutions financières dans le mécanisme de financement et la
gestion des fonds, tout en maintenant un rôle, déterminant,
des réseaux de coopératives dans la sélection des producteurs, la médiation financière et le conseil technique.
Photo : cadre du Service-Conseil dans un jardin modèle
Pour régénérer les plantations, quatre pépinières communautaires ont également été installées pour produire plus de
50,000 plantules tolérantes à la rouille, une maladie fongique
qui affecte gravement les caféiers.
Il s’agit donc de mettre en place avec ces institutions, des
lignes de crédit qui prennent en compte les conditions socioéconomiques des producteurs caféiers, comme l’a proposé
avec succès KOREJADEN, en précisant les rôles respectifs
et complémentaires des Institutions Financières (IF) et des
réseaux. Ces derniers assureront l’interface entre les IF, les
producteurs membres des coopératives et les producteurs
individuels. Ils assureront également l’identification et la
sélection des producteurs, ce qui rendra les coopératives
encore attractives et les confortera dans leur rôle d’appui
technique. Les producteurs pourront rembourser le crédit en
café ou en espèce.
Pour les institutions financières en Haïti, il s’agit de se positionner sur un créneau important et porteur, puisqu’aucune
d’entre-elles n’a encore développé de produits financiers
pour cette filière café, alors que l’expérience KOREJADEN
montre pourtant la pertinence et la rentabilité d’un tel dispositif financier sur une filière à haut potentiel pour l’économie
haïtienne.
Bailleurs
Photo : jardin régénéré à Baptiste
Enfin, quinze professionnels (agronomes, techniciens, vulgarisateurs) ont bénéficié de formations spécifiques, adaptées à
leurs fonctions, dans le secteur du café ; ils constituent actuellement le Service-Conseil des réseaux de coopératives.
Le défi : pérenniser le dispositif
Pour permettre à la filière de conserver les acquis du projet,
le défi est en premier lieu de pérenniser le Service-Conseil des
réseaux. Pour cela, il convient de prolonger un appui externe
et le soutien financier de bailleurs, jusqu’à ce que les réseaux
atteignent une rentabilité qui leur permettra de prendre en
charge le coût de ce "bras technique".
Soutien technique
Développement produit
Institutions Financières
Gestion du crédit
Conseil technique
Réseau de coop.
Conseil technique
Médiation financière
Sélection des AE
Producteurs coop.
Le dispositif financier de KOREJADEN a d’ores et déjà montré
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Régénération caféière en Haïti
agricoles (présence
d’un jeune)
Fonds de garantie
Subvention
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© AVSF - Jean Denis Sardou
les expériences
Le renforcement du dispositif devrait permettre à terme de
limiter l’appui d’un intervenant externe comme AVSF auprès
des gestionnaires des coopératives, qui est resté jusqu’à présent rapproché et déterminant, alors qu’il ne peut normalement être que provisoire.
Juin 2017
Pour en savoir plus :
Sardou Jean-Denis
s.jean-denis@avsf.org
Katia Roesch
k.roesch@avsf.org
Agronomes et
Vétérinaires Sans
Frontières
Lyon
Avec l’appui de l’Agence française de développement
14 F bis, av. Berthelot - 69007 Lyon
Tél. : 04 78 69 79 59
Nogent-sur-Marne
45 bis av. de la Belle Gabrielle
94736 Nogent-sur-Marne
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www.avsf.org/fr/editionruralter